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1er bilan : le Macron de 2018 n’est plus tout à fait celui de 2017

Une première année qui s’éloigne du macronisme originel.

Un an. Ce n’est pas un quinquennat, mais une première borne sur le chemin, l’occasion de se retourner un instant et d’observer la trace de ses pas pour vérifier que l’on n’a pas dérivé de sa trajectoire.

 

Il y a un an, Sauvons l’Europe appelait à voter Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle. Confrontés à l’effondrement de la gauche modérée, au durcissement de la droite et aux colères instrumentalisées par les populistes, il nous apparaissait nécessaire de soutenir un candidat jetant un pont entre progressistes et libéraux, et dont les ambitions européennes étaient fermes et réalistes. Par ailleurs, les faits ont confirmé notre analyse qui voyait 2017 comme une césure démocratique pareille à 1958 et 1981. De nouveaux enjeux, telle la question générationnelle, interrogeaient des familles politiques à bout de souffle et particulièrement une social-démocratie ayant troqué toute ambition de transformation sociale pour des objectifs de bons gestionnaires, avec des conséquences électorales similaires aux cas grec, espagnol, et plus récemment italien. Aujourd’hui encore, il serait si cruel de faire le bilan de l’année écoulée côté Parti socialiste ou Les Républicains…

Mais revenons à l’élection d’Emmanuel Macron. Où en sommes-nous un an après ?

La réalité est toujours moins belle que les promesses, même si nous n’oublions pas l’Hymne à la joie du soir de la victoire, prémices d’un engagement européen constant depuis un an… Dans l’épisode du Louvre s’écrivait aussi une réelle capacité à habiter la fonction présidentielle.

Dans le sillage présidentiel, le Gouvernement a également « oser gouverner » et a pris ces 12 derniers mois des mesures, pour certaines courageuses, qui vont dans le bon sens. Citons au fil de l’eau le dédoublement des classes de CP-CE1 dans les zones d’éducation prioritaires, la limitation de la vitesse sur les routes secondaires, la mise en place d’une solidarité fiscale intergénérationnelle, la disparition des mutuelles étudiantes, la réforme de l’accès aux études supérieures, etc.

Cela ne doit pas empêcher un premier regard sur la réalité pratique du « En même temps ». Cette doctrine, qui ménage les intérêts antagonistes de la société, doit, pour s’incarner, trouver un dépassement des impératifs contraires ou à tout le moins incarner un « juste milieu ». Or le constat général est que, dans la mise en œuvre, l’un des temps est effectivement privilégié, tandis que l’autre ne reçoit qu’une reconnaissance symbolique. A moins que nous n’ayons pas compris l’essence première du macronisme, ni sa conception du progrès. Mais nous risquons de ne pas être les seuls…

 

C’est le cas en matière de démocratie.

Emmanuel Macron arrivait porté par une vague de rejet de la classe politique en place, exprimée d’abord lors des primaires puis au premier tour de l’élection présidentielle.

D’ailleurs, la mise en place d’une équipe de techniciens devait lui permettre d’assumer plus clairement ses décisions et d’oublier l’amateurisme autrefois constaté, tout comme les déchirements ministériels masquant mal les querelles d’égos du précédent quinquennat.

Certes… mais, avec le temps, nous observons la prédilection d’Emmanuel Macron pour une construction solitaire de ses choix politiques, sans débat réel avec les parlementaires, associations et syndicats. Il affirme ainsi ouvertement une vision réduisant les corps intermédiaires et la société civile à leur fonction d’animation de terrain, en leur refusant le crédit d’une capacité à participer à l’organisation de la société.

A l’heure où la création de valeur est partout recherchée dans des processus horizontaux, et cela jusqu’à la caricature, c’est la pertinence d’une politique élaborée par une seule personne qui nous interpelle, bien au-delà d’une incarnation jupitérienne de la Vème République.

 

Sur la sécurité et les migrants ensuite.

Emmanuel Macron avait fait campagne sur une plus forte sensibilité aux problématiques de liberté et de solidarité. L’état d’urgence a été incorporé au droit commun du quotidien, y compris des possibilités inutilisées par nos forces de l’ordre, et donc inutiles. Devant les évêques de France, Emmanuel Macron parlait de la « tension éthique permanente » qui est la sienne face aux migrations, et se fixait un cap « d’humanisme réaliste ». Mais où est l’humanisme lorsque nous accueillons moins de 20 000 réfugiés sur les 5 millions de Syriens en dehors de leur pays ? Où est même le réalisme lorsque nous enfermons des enfants par commodité de traitement ?

On voit que sur ces questions, l’équipe Macron a choisi de tirer comme leçon des expériences allemandes et italiennes que l’humanisme ne peut être de saison sous peine de se voir submerger par l’extrême-droite. Il donne ainsi raison, sur le fond, aux xénophobes qui voient une invasion migratoire, en espérant préserver les autres acquis démocratiques. Dangereux calculs que de maltraiter des êtres humains, victimes des guerres et de la misère, pour répondre aux angoisses de la foule… Nous nous souvenons que Macron avait repris notre projet d’un « Erasmus Euromed » dans son programme de campagne, où en est-on ?

 

Concernant le domaine économique et social, enfin.

Pour l’heure, l’essentiel de l’effort de redistribution du nouveau Gouvernement vise les personnes aisées, élevées au rang de « premiers de cordée ». Mais pour séduisante qu’elle est, l’image est fausse. Les personnes aisées ont déjà réalisé leur fortune, ou l’ont héritée. S’ils ont un jour ouvert la voie, tiré les autres, ce temps est révolu pour nombre d’entre eux. Les premiers de cordée qui, quotidiennement, font tenir ensemble notre pays, par exemple, dans les écoles ou les hôpitaux, ne reçoivent pas la même attention.

 

Soyons sincères, nous sommes troublés.

Au-delà des capacités et compétences d’un homme, se pose la capacité de bâtir une force politique centrale et durable en France autour du mantra « et en même temps ». Or, le volontarisme réel et réaffirmé sur les sujets européens ne peut occulter les doutes soulevés par la traduction pratique, au jour le jour, de la dite formule. Comment être crédible et audible dans la promotion d’une Europe qui protège, quand au niveau national le bilan nous rappelle étrangement un néo-giscardisme triomphant ?

 

Un an, ce n’est pas un quinquennat, mais il ne faudrait pas que l’on dérive trop…

À propos Fabien Chevalier

Fabien Chevalier est président de Sauvons l'Europe
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