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Billet d’humeur européen

 

1. Au fil de la crise grecque. Papandréou a obtenu près de 90 milliards supplémentaires qui s’ajoutent au 110 milliards déjà prêtés.

 

2. Toujours plus loin dans l’austérité. En échange il promet de diminuer encore les salaires publics de 8%, le nombre de fonctionnaires et de faire passer la TVA de 13% à 23%. Il privatise le port d’Athènes-le Pirée. Là où s’est quand même inventée la démocratie. Bonjour l’humiliation !

 

3. La pression est maintenue sur ces Grecs fainéants et qui vivent à crédit. Mais au fait, sont-ils si fainéants ces Grecs ? La durée annuelle moyenne du travail d’un Allemand (1.390 heures) est beaucoup plus faible que celle d’un Grec (2.119 heures), d’un Italien (1.773 heures), d’un Portugais (1.719 heures), d’un Espagnol (1.654 heures) ou d’un Français (1.554 heures), attestent les chiffres publiés en 2010 par l’OCDE.

 

4. Alors cherchez alors du côté de la productivité ? Eh bien non ! Patrick Artus, professeur à polytechnique et chef économiste chez Natixis, ajoute que « La performance de productivité par tête de l’Allemagne est dans la moyenne des pays du sud de l’Europe »

 

5. Mais bien sûr Mme Merkel, c’est l’âge de la retraite ! « Il faudrait que dans des pays comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal, on ne parte pas à la retraite plus tôt qu’en Allemagne, que tous fassent un peu les mêmes efforts, c’est important », avait dit Mme Merkel, mi-mai. Encore raté ! L’âge légal de départ à la retraite en Allemagne est de 65 ans, bientôt 67, mais l’âge réel est 62,2. Le même qu’au Portugal et plus tôt qu’en Espagne (62,3). La Grèce n’est pas loin derrière (61,5 ans).

 

6. C’est quoi alors la différence avec l’Allemagne ? La performance économique de l’Allemagne (outre un modèle égoïste fondé sur l’exportation) est due, selon Artus, à son effort d’innovation et de spécialisation dans l’industrie haut de gamme, à l’épargne élevée de son secteur privé et à sa main d’œuvre très qualifiée par rapport à ses voisins du sud. Berlin dépense par exemple plus que l’Espagne et le Portugal réunis dans la recherche: 2,82% de son produit intérieur brut (PIB), contre 1,38% à Madrid et 1,38% à Lisbonne. Les résultats ne se font d’ailleurs pas attendre: l’Allemagne dépose 70 fois plus de brevets que l’Espagne, le Portugal et la Grèce réunis. Sauf que vue la cure d’austérité, la Grèce ne se relèvera pas. Impossible d’aller chercher des brevets, et de devenir compétitive. De toute manière, son appareil industriel est dérisoire.

7. A quoi jouent-ils tous ? En 2009, Angela Merkel a fait mine de ne pas vouloir aider la Grèce. Depuis, l’Allemagne entretient continuellement le doute, ce même doute qui n’inspire pas confiance aux marchés et fait monter les taux d’intérêt, tant est si bien que les difficultés s’aggravent. Mais peut-être que certains y trouvent leur intérêt : Deutsche Telekom va racheter 10% de l’opérateur grec OTE. C’est peut-être cela, l’Europe de droite, une Europe qui s’arrête aux gages électoraux donnés aux siens. Mais ce serait un peu léger de faire porter la faute aux méchants Allemands. Car pendant que l’on fustige l’Allemagne, les Grecs ne payent pas leurs impôts dans un pays fort sympathique au demeurant, mais où l’État n’existe pas. Et ce n’est pas fini, il y en a en fait pour tout le monde. Car quand les Allemands mettent un peu de bonne volonté et acceptent une restructuration de la dette, la BCE fait obstacle. Mais il ne faut pas s’en faire, parce que Nicolas Sarkozy a sauvé l’Europe en portant à bout de bras le traité de Lisbonne… Pour quoi faire ensuite ? Faire nommer un président de l’UE sans charisme ni moyens, un fantôme en costume. A moins d’un an de son terme, la présidence Sarkozy n’aura pas été brillante pour l’Europe : tentations atlantistes, flirt solitaire avec la Russie (tout aussi solitaire d’ailleurs que le flirt des Allemands avec ces mêmes Russes), accord militaire franco-britannique.

 

8. Mais pas de panique, le couple franco-allemand fonctionne… Sarkozy et Merkel font des sourires sur les mêmes photos et déclarent qu’ils sont PRO-européen ! Et pour le répéter, ils le répètent, comme s’ils avaient besoin de s’en convaincre eux-mêmes. C’est tout, ça s’arrête là. L’Europe ne tient plus que par le papier peint. Derrière, les murs sont effondrés. Au fond de tout cela, il y a deux choses : la divergence profonde des intérêts économiques et géopolitiques de la France et de l’Allemagne, que l’élargissement de 2004 a mis au centre de gravité de l’Europe et qui joue désormais une partition de soliste. La deuxième chose, c’est que Sarkozy ne comprend vraiment rien à l’Europe (ou ne veut pas comprendre). Quand, au sommet de Fribourg de décembre 2010, il repousse la proposition de Juncker et de l’Italie de la création d’eurobonds gérés par une Agence européenne de la dette, afin de ne plus permettre aux marchés de spéculer sur un Etat en particulier, il fait une erreur majeure. Il y avait là de quoi prendre un virage, prendre la tête de l’Europe du sud et peut-être constituer un autre moteur.

 

 

9. Que va-t-il se passer ? Le PIB grec va chuter, la Grèce ne pourra pas rembourser. Soit. Et après ? Immédiatement, les autres Etats fragiles seront mis sur la sellette car les créanciers se diront que si un Etat peut faire défaut, les autres aussi. Moody’s vient d’ailleurs de dégrader la note du Portugal. Les créanciers tenteront alors de fuir et les taux d’intérêts monteront brutalement. Deuxième conséquence, un impact difficile à mesurer sur les banques européennes qui détiennent une partie de la dette.

 

Mais alors que fait-on ?

10. L’Europe a l’occasion d’être vraiment utile aux peuples en desserrant l’étau des marchés. Cela veut dire qu’il faut rééchelonner ou restructurer (abandonner une partie des créances) la dette grecque.

 

11. Concrètement, la BCE et le Mécanisme Européen de Stabilité (qui prend la suite du FESF) doivent racheter la dette grecque. Ce rachat se ferait non pas au cours actuel du « marché » mais à un taux inférieur de 30% (une décote), ce que les créanciers peuvent supporter. La Grèce verrait immédiatement chuter le taux moyen appliqué à sa dette souveraine et les délais de remboursement seraient repoussés. Les peuples ont pris leur part de la crise. Les banques doivent prendre la leur, d’autant qu’elles prêtent de l’argent à la Grèce qu’elles empruntent presque gratuitement auprès de la BCE.

 

12. Hors de question, c’est trop favorable à la Grèce ! Bien sûr que non. Il ne s’agit pas d’annuler la dette grecque, des sacrifices sont encore à faire, mais ils ne seront acceptables et couronnés de succès que si les créanciers en font aussi. Il s’agit en quelque sorte de se donner une chance d’assainir la situation et de construire un compromis en Grèce pour le faire, ce que l’incertitude actuelle empêche complètement. Des échéances de remboursement assouplies, des taux d’intérêts abaissés, et un créancier unique et bienveillant (la BCE) sont le cadre de ce redressement que la pression spéculative annihile.

 

13. Mais non, t’es bête, l’Allemagne ne l’acceptera jamais. Encore faux, car il y a une contrepartie : l’Union européenne en profiterait pour renforcer la supervision et la coordination « préventive » des politiques macro-économiques et budgétaires, jusqu’à l’établissement d’un Conseil des Ministres des Finances doté d’un véritable droit de veto sur certaines décisions de politique économique nationale.

 

14. Il faudrait même aller plus loin et envisager le rachat du surplus de dette dû à la crise, dans tous les Etats, et l’émission d’une dette publique européenne financée par des eurobonds.

15. Attendez, je vous arrête tout de suite, le gouffre entre les pays d’Europe est devenu trop grand. Pour sauver l’Europe, laissons la Grèce faire faillite et sortir de l’euro. Voilà une mauvaise idée ! Et de toute manière cette analyse est fausse, c’est Trichet qui le dit ! « Il n’y a pas plus de différence entre la Grèce et l’Allemagne qu’entre le Michigan et le New Jersey ». La bulle économique connue par la Floride ou la Californie ressemble à celle de l’Irlande et de la l’Espagne ; les difficultés structurelles des Etats des Grands Lacs rappellent ceux du Portugal et de la Grèce. « Quant au coût du travail, il est aussi variable aux États-Unis que dans la zone euro, certains États américains dépassant de 20 % la moyenne américaine… ». Mais, mais, mais… sans gouvernance économique ni budget fédéral, l’Europe ne peut pas remédier à ses faiblesses !

16. C’est clair, non : l’austérité tue l’Europe à petit feu. Et tue la gauche par la même occasion. Socrates a explosé en vol, Zapatero n’en est pas loin. Papandréou fait ce qu’il peut, mais il est contraint de mener une politique à rebours de ses convictions et qui consiste en une vente à la découpe de la Grèce. Tant que la gauche appliquera les règles du jeu inventées par d’autres, elle perdra sans discontinuer. Et plus on martyrise les peuples et plus on aiguise le ressentiment.

 

17. Peut-être qu’il est temps de faire l’effort de penser autrement, non ? Il restera ensuite à s’attaquer au pouvoir des banques qui mordent aujourd’hui la main des Etats qui les ont secourues pendant la crise financière qu’elles ont elles-mêmes causée. Il restera aussi à s’attaquer aux paradis fiscaux, car pendant que l’austérité s’abat sur la Grèce, les fortunes locales ont discrètement placé leurs avoirs en Suisse. 50 milliards d’euros en provenance de Grèce ont passé la frontière helvète ces 18 derniers mois.

 

Conclusion : c’est maintenant que les peuples ont besoin d’Europe, et pas d’une Europe cosmétique.

 

FXP

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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