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Brexit : Hold-up sur la démocratie ?

Nous avons déjà écrit sur la confiscation des principes démocratiques les plus élémentaires au Royaume-Uni depuis le référendum sur le Brexit car la volonté du peuple exprimée à un ou deux pourcents de plus sur la foi d’un tissu de mensonge est un nouveau Graal démocratique qui ne peut souffrir aucune souillure. Par conséquent, le Parlement devait être tenu hors du coup, les rapports officiels sur les effets du Brexit ne peuvent être rendus publics et le Gouvernement de sa Majesté demande à l’opposition de sa Majesté de sanctionner les députés d’opposition qui ne soutiennent pas la position du Gouvernement.

Via notre ami Jean-Guy Giraud, nous découvrons que plus de la moitié des contributions à la campagne du Leave, près de 15 millions de livres, ont été versées par cinq personnes seulement (dont le trésorier du parti conservateur). Ceci est tout a fait légal au Royaume-Uni, mais devrait conduire tout démocrate sincère à s’interroger sur le sens d’une démocratie où cinq individus peuvent, à eux seuls, financer l’essentiel d’une campagne électorale. En toute rigueur, il faudrait y ajouter 250.000 livres dépensées par le DUP, parti unioniste d’Irlande du Nord désormais fameux, dont les donataires sont inconnus en raison de dispositions liées aux « événements » locaux, et qui représentent le triple de sa plus grande campagne jusqu’ici. Détail coquasse, ce quart de million a été principalement consacré à l’achat de pages pro-leave dans Metro, qui n’est… pas distribué en Irlande du Nord.

Côté dépenses, les choses sont également surprenantes. A rebours d’une campagne électorale classique le camp Leave a confié plus de la moitié de son budget de campagne à Aggregate IQ et Cambridge Analytica, pour la mise en place d’argumentaires ciblés selon des profils individuels collectés sur les réseaux sociaux, à l’époque où Facebook autorisait encore cette pratique. L’essentiel de cette campagne ne visait pas à convaincre des électeurs, mais à motiver les Leavers probables et à pousser les Remainers probables à l’abstention en les bombardant de nouvelles démoralisantes sur le système politique britannique. L’incroyable taux d’abstention des jeunes, très majoritairement pro-européens et grands consommateurs de réseaux sociaux, montre que cette stratégie a eu un impact réel. Pour mémoire, le directeur général de Cambridge Analytica était alors Steve Bannon, devenu ensuite conseiller spécial de Trump à la Maison Blanche. Ce qui ne signifie pas bien entendu que les Russes n’aient pas cherché à interférer dans ce scrutin.

Enfin, un certain nombre de donataires important du camp Leave et du parti conservateurs font désormais monter la pression pour un Hard Brexit, sans accord. L’idée implicite, et parfois explicite, est alors de transformer le Royaume-Uni en un paradis fiscal et financier aux portes de l’Union, comme une sorte d’énorme Hong-Kong avec du Stilton

On est de plus en plus surpris que ce vote, dont le camp anti-européen était largement financé par une poignée de ploutocrates anglais et étrangers ayant à l’esprit une transformation profonde de l’économie du pays en faveur d’une finance opaque, et qui a eu recours à des méthodes de manipulation de masse pour l’emporter, soit encore présenté ici et là comme un sommet de la démocratie moderne.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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