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Du Printemps Arabe à l’Automne Européen !

Le sentiment d’unité nationale engendré par l’accession du Roi Philippe, ce 21 juillet, en Belgique, a constitué un moment de solidarité exemplaire qui contraste avec une situation politique, économique et sociale charriant, tant au plan européen que mondial, des contradictions, des similarités et des paradoxes inquiétants.
Enumérons en quelques uns, sans toutefois porter nécessairement un jugement :

Les événements en Egypte où la mise à l’écart du Président Morsi par l’armée soulève la question brulante d’une définition de la démocratie : le verdict des urnes (contesté) prime-t-il sur les démonstrations massives (incontestables) d’une population frustrée de voir « sa » première révolution dévoyée par un pouvoir incompétent et sectaire ? De même, l’attitude incohérente des Etats-Unis et de l’UE qui réclament la mise en liberté de Morsi tout en refusant de condamner l’intervention militaire (pour préserver la paix entre Israël et l’Egypte).

La situation en Syrie où les grands principes des droits de l’homme et la protection des plus faibles, sensés être défendus par l’ONU, sont sacrifiés, au nom du pragmatisme, sur l’autel des intérêts géopolitiques des grandes puissances, rappelant le souvenir des politiques désastreuses d’apaisement des années 1930.

Le « scandale » entourant le programme « Prism » où la condamnation de l’espionnage cybernétique n’empêche pas des plaignants d’interdire le survol de leur territoire à un avion « présidentiel » suspecté de transporter le dénonciateur de ces pratiques ! Le spectacle navrant d’un discours prétendument « musclé » du Président Hollande, voulant – sans succès – différer les négociations d’un traité de libre échange avec les Etats-Unis qui démontre l’incapacité des membres de l’UE à s’accorder. Feindre la surprise relève de l’hypocrisie, alors que pendant 60 ans l’Europe a choisi de vivre sous la « protection militaire » des Etats-Unis pour donner la priorité à la « protection sociale », abandonnant la suprématie « technologique », entre autres du renseignement, à ceux qui assurent notre défense.

Le débat entre l’austérité et la croissance où l’on proclame tout et son contraire : l’unanimité de façade au G20 pour subordonner à court terme la rigueur aux impératifs de la relance fait l’impasse sur les différences structurelles entre pays ; les uns, dotés de leur pleine souveraineté (budgétaire, fiscale et monétaire) comme le Japon, la Chine, les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, où les gouvernements disposent du taux de change et de la maîtrise de la création monétaire comme variables d’ajustement, et les autres, Pays membres de l’UEM, dépourvus de tout moyens « communs » significatifs, disposant seulement des outils budgétaires et fiscaux « nationaux », fortement encadrés par la législation/réglementation européenne librement consentie.

La question de la légitimité démocratique et des transferts de souveraineté au sein de l’UE/UEM. La concrétisation de l’Union bancaire et, à terme, la mise en commun d’autres politiques (défense – représentation internationale – économie de l’UEM etc.) implique un transfert progressif de souveraineté vers les institutions européennes. Il convient d’assurer la légitimité démocratique à chaque niveau de pouvoir car il n’est pas possible de concilier la volonté démocratique exprimée individuellement par 17/28 pays avec la légitimité démocratique de pouvoirs exercés en commun. A cet égard, les tensions communautaires qui ont traversé la Belgique dans sa mutation « fédéraliste », est un cas d’école dont les européens pourraient utilement s’inspirer. Même s’il s’agit de transferts de pouvoirs vers les entités fédérées et non l’inverse comme au sein de l’UE, dans les deux cas, il s’agit bien de « transferts de souveraineté » ainsi que de « transferts des moyens budgétaires » correspondants. La mise en commun de la monnaie dès 1999 au sein de l’UEM rend incontournable la poursuite de l’intégration pour viabiliser l’édifice dont les fondations inachevées se sont révélées impropres à gérer efficacement la crise.

L’augmentation des inégalités et les dangers pour la cohésion sociale : la désaffection des jeunes pour les systèmes en place qui se révèlent incapables de rencontrer leurs aspirations légitimes représente un danger d’autant plus grand que le niveau d’éducation s’élève. Dans les pays arabes il s’agit d’un « printemps » où une population, en pleine explosion démographique, cherche à se libérer des carcans qu’ils soient imposés par les autorités en place souvent corrompues ou sous couvert de mouvements intégristes religieux. En Europe il s’agit d’un « automne » où le vieillissement de la population barre l’horizon des jeunes, confrontés à la perspective de supporter la charge d’un nombre croissant de retraités détenteurs de l’essentiel des richesses et accrochés égoïstement à leurs privilèges et droits acquis.

La deuxième révolution égyptienne, la contestation en Tunisie, les manifestations au Brésil, les « indignés » ou encore les protestations des victimes de l’austérité en Europe, mettent en lumière les similitudes et les divergences de ces mouvements, caractérisés cependant tous par une forme de désespérance. Il serait particulièrement dangereux de croire l’Europe à l’abri de remous sociaux et – in fine – de conflits violents comparables à ceux qui ravagent le monde arabe. Pour éviter d’être pris au dépourvu, il faut dépasser l’horizon du traitement des causes de la crise financière sans quoi toutes ces réformes indispensables seront balayées par des forces bien plus puissantes que celles des marchés financiers tant décriés.

En conclusion, prenons une fois encore inspiration de l’élan souhaité par le Roi Philippe dans son discours du trône, qui fait du microcosme belge un laboratoire grandeur nature. Il démontre le potentiel constructif d’une solidarité nationale et européenne, étayée par des règles transparentes et un respect mutuel. Plus que jamais la devise « l’Union fait la force » est d’application pour surmonter les défis colossaux qui nous attendent.

Paul N. Goldschmidt
Directeur, Commission Européenne (e.r.) ; Membre du Comité Consultatif de l’Institut Thomas More.

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • Bellenger Pierre

    Tout cela commence à peser lourd, et l’Europe ne se fait toujours pas ! Et vous vous entêter à ne pas chercher pourquoi ?
    L’Homme a déjà tendance à être un loup pour l’Homme. Quand en plus de cela, on donne comme règle de vie en société une doctrine systématisée de la loi de le sélection naturelle, on ne fait que pousser les humains dans leur égoïsme et leur méchanceté. Et vous êtes étonnés du résultat.
    On avait inventé un correctif au capitalisme après le crack de 1929. Il nous a donné la sortie de crise, et rétabli par le Général de Gaulle en 1945, il nous a donné les trente glorieuses. Pourquoi avoir détruit ce correctif en 1973 pour le remplacer par le monétarisme. Nous le payons fort cher, et vous ne vous en apercevez pas. Ne serait-ce pas le lobby financier de Bruxelles qui vous financerait ? Vous nous le feriez croire par votre entêtement.
    Très cordialement.

  • On ne trouve pas le salut tout seul, on le sait bien : non seulement il s’échange dans un geste partagé de bienvenue ou de reconnaissance, mais de plus la Diversité soude toute « Union » pour lui donner « la force » fédératrice et créatrice. Saluons donc d’abord avec Paul Goldschmidt et la Belgique « le potentiel constructif d’une solidarité […] européenne, étayée par des règles transparentes et un respect mutuel ».

    Ainsi, d’une saison à l’autre, relevons « les défis colossaux » qui nous appellent. Puisque il est hors de question que l’Europe se « sauve » dans la fuite, souvenons-nous que le COUCHANT qui est le premier sens de notre nom d’Europe laissa la place – quand l’enlèvement des inventions phéniciennes comme Europe (des techniques nautiques et de l’art alphabétique) eut suscité de proche en proche, du Proche-Orient à l’Occident, l’Eur-Ope – à la signification de LARGE-VUE pour la première civilisation ainsi mise au monde dans la sphère hellénique, précisément sur l’île méditerranéenne de Crète d’après les historiens.

    Pas plus que ce printemps n’est révolu, que ces racines ne sont desséchées, que l’automne ou l’hiver ne risquent de les menacer, le Prix Nobel de la Paix 2012 ne peut rester tourné vers le passé. Car l’Europe se doit d’assumer la paix qu’elle a construite au-delà des chaos pour soutenir, ou plutôt pour aider à mettre au point, le processus pacifique et démocratique de son berceau, le Proche-Orient.

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