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Ecran noir en Grèce

 

Nous avons abordé à plusieurs reprises la situation très préoccupante de la démocratie en Hongrie. S’agissait-il d’une exception, ou d’une manifestation très virulente d’un virus européen ?

En Grèce, le Gouvernement a annoncé mardi soir la fermeture de la télévision publique… mardi soir. Et effectivement, les chaines publiques ont cessé d’émettre quelques heures après.

Officiellement, il s’agit de restructurer la télévision publique, qui est un monument de gabegie, pour tenir compte des demandes de la Troika. L’annonce a d’ailleurs été faite au moment de la réunion de la Troika à Athène, ce qui n’est bien entendu pas un hasard. Elle a le dos très large compte tenu de ses responsabilités dans la crise économique grecque, mais a du mal à accepter ce fardeau. Dans un style très diplomatique, la Commission refuse la paternité du bébé et rappelle qu’un secteur audiovisuel public est un facteur de démocratie important.

Difficile de douter qu’il s’agisse d’un coup politique pour se positionner face aux demandes de réductions budgétaires de l’Europe. En particulier, l’impact budgétaire de cette mesure est faible (moins de 3.000 emplois publics) et permet simplement de remplir le quota de suppression d’emplois du moi de juin, à comparer avec le choc démocratique que cela induit. La méthode est également très remarquable : la décision a été prise par ordonnance du gouvernement, en urgence et sans aucun débat ni annonce préalable.

La conséquence immédiate est que seules émettent en Grèce aujourd’hui les télévisions privées, dont les standards d’indépendance et de qualité de l’information ne sont pas les mêmes que la télévision publique et qui – surprise – sont possédées par des conglomérats économiques très liés au gouvernement conservateur en place. Imaginons un instant Nicolas Sarkozy fermant les chaines publiques pour confier un monopole d’information de fait au TF1 de son ami Bouygues, ou Silvio Berlusconi agissant de même pour les chaines qui lui appartiennent directement.

Fantasme ? La TNT grecque devait s’enrichir cette année de sa première chaîne d’information en continu, Euronews Grèce. A l’initiative du gouvernement précédent, le projet avait été monté en coopération avec la télévision publique grecque, actionnaire, et financé par l’Union Européenne. Changement de gouvernement : les chaînes privées indiquent qu’elles ne souhaitent pas voir arriver ce concurrent, Euronews refuse d’embaucher les journalistes qui lui sont suggérés par le pouvoir et surprise, à un mois du début des émissions la télévision publique se retire du projet, jugeant qu’il n’est finalement pas intéressant. Euronews émet donc en grec dans le monde entier, mais pas en Grèce.

Or il y a une place pour une information indépendante en Grèce. Le Gouvernement se dédouane de l’ensemble de son action sur les diktats de la Troika, mais refuse d’assumer ses choix. Or il fait des choix clairs. En particulier, il s’est refusé à mettre en place une politique de lutte contre la fraude fiscale. Les gouvernements français, allemands, italiens l’ont fait entre autres, et ont trouvé ainsi des sommes très importantes. Le gouvernement grec préfère baisser la rémunération des fonctionnaires.

Cette dérive, où l’affairisme, l’indulgence à l’égard de la fraude et de la corruption sont monnaie courante, intervient sur un terrain propice. Mi-2011, un sondage révélait que les grecs n’étaient que 40% à croire qu’un régime démocratique leur permettrait de sortir de la crise, et 23% étaient favorable à l’arrivée d’un « homme fort » qui ne soit pas responsable devant le parlement. De telles expressions ont un sens très concret dans un pays qui vivait encore sous la dictature il y a tout juste 40 ans.

L’Europe a été construite pour la paix. Puis pour la prospérité économique. De plus en plus, il semble qu’une de ses missions essentielles dans les années qui viennent sera celle de gardien de la démocratie et des libertés publiques.

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • Niceia Pappamikail

    Le gouvernement grec est certes indulgent envers l’affairisme et la fraude fiscale, mais il me semble que vous dédouanez un peu vite la Commission de ses responsabilités. La Commission n’a pas pris clairement position contre l’action antidémocratique du gouvernement grec.

  • stan

    La tv publique était l’exemple même de la dérive de la société grecque. Tous les défauts antidémocratiques y étaient, il n’y a pas que les grands patrons à fustiger, chacun y trouvait son petit profit en même temps que le mépris de l’intérêt général était devenu la règle. Il faut balayer devant sa porte et virer les curés.

  • Oui Bof, TF1 en France à part les séries américaines dont la plupart sont policières et violentes. Peut-on dire que la chaîne soit indépendante ?
    Serait-ce une perte ?
    pour cela il faudrait un peu plus de culture et de pédagogie, en France il y a certainement des personnes intéressantes et surtout dynamiques et heureuses qui feraient plaisir à entendre et à regarder notamment à cette époque, dans ce monde de brutes et de désillusion.

  • Pingback: Misère et grandeur de la télévision publique | Dis quand même...()

  • Yannis Chryssoverghis

    Il est difficile de commenter ce que nous sommes en train de vivre en Grèce, il y a une semaine.
    La télévision publique, n’était, certes, pas un ange mais, malgré ses defauts, elle présentait les meuilleurs téléjournaux, elle avait, dépuis trois ans, des profits, elle finançait des productions cinématographiques indépendantes, elle dispose de trois orchestres et une chorale, parmi les meuilleurs du pays.
    Depuis une semaine le Premier Ministre bat tous les records de l’arrogance, de manque de respect à ses alliés au gouvernement et aux règles de la démocratie.
    Dans un discours prononcé le mercredi dernier aux représentants des entrepreneurs grecs, le Premier Ministre a accusé la télévision publique « de ne pas avoir promu ses efforts personels à redresser le pays.
    Dernière signe d’arrogance et de menque de respect à la lois, des inconnus sont intervenus dans les profils de dizaines de fonctiommaires de la télévision publique, remplaçant le statut « employé à la télévision publique », avec « ex-employé à la télévision publique »:
    La ferméture de la télévision publique a été perçue par la majorité du peuple – 65% selon deux sondages d’opinion rendus publiques le samedi 15 de juin – comme une offense à la démoctratie. Et pour cause…
    Ceux qui profiteront de la diparition de la télévision publique son les propiétaires des télévision publique qui sont tels que l’article les décrit.
    Et on peut se demander si l’objectif du premier ministre ne soit, dès le début, proclamer des éléctions anticipées avec la télévision publique fermée.

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