Accueil » Actualités » Enfin, la Commission fait de la politique !

Enfin, la Commission fait de la politique !

Hé bien quelle semaine! C’est un feu d’artifice!

1 L’austérité en prend un coup

La Commission européenne devait cette semaine proposer aux membres du Conseil des mesures sur les déficits de l’Espagne, du Portugal (et de la France?). De notoriété publique, les déficits ne respectaient pas les règles du traité. Nombreux étaient ceux qui soupçonnaient Pierre Moscovici, commissaire en charge du respect du Pacte, de tordre le bras à l’analyse économique et de trouver que  tous comptes faits, la violation n’était pas franchement caractérisée.

Il n’en a rien été. La Commission a reconnu qu’indéniablement, les règles n’avaient pas été respectées. Et a proposé une sanction de… 0€.

Cette décision a été fortement débattue en interne. D’un côté, Juncker et Moscovici, de l’autre Katainen qui suggérait un amende « symbolique » de 100 millions d’euros. L’enjeu est clair, au-delà des considérations immédiates (Brexit, absence de gouvernement en Espagne…): ce qu’on appelle désormais une « application intelligente » du pacte est tout simplement la répudiation de la politique d’austérité. Il est entendu que l’objectif est d’avoir des finances publiques saines (qui serait contre?) mais le sentier forcé à travers les ronces de la crise n’est plus le seul.

2 On ne plaisante plus avec l’Etat de droit

Les facéties du gouvernement conservateur polonais n’amusent plus personne. La Commission vient de faire savoir à la Pologne que malgré certaines avancées (ou reculs pour être plus précis), elle considérait que l’Etat de droit en Pologne était toujours menacé et lui donne trois mois pour mettre en oeuvre ses recommandations. C’est plus ferme que sur les déficits… Chacun s’attendait pourtant à ce que la Commission fasse profil bas: après le Brexit, de nombreux gouvernements ne se sont pas privé de dire à la Commission qu’elle était une empêcheuse de tourner en rond responsable de l’euroscepticisme.

3 On avance sur les droits des travailleurs détachés

Pour bien comprendre le problème des travailleurs détachés, il suffit de comprendre ceci: certains pays essayent de tirer profit du marché unique en faisant du dumping fiscal, d’autres ont recours au dumping social. Ils dont d’abord tenté de le faire chez eux pour attirer les usines, mais au final les délocalisations ont préféré la Chine. Et donc ils ont favorisé un système dans lequel une masse de travailleurs flottants parcourt l’Europe pour être des salariés à bas prix, aux conditions de l’Europe de l’Est. Pour les pays plus riches, c’est comme avoir fait venir chez soi la délocalisation, et l’économie Allemande repose beaucoup sur une dentelle de droits sociaux qui oublie de protéger toute une classe de travailleurs. Lors de la crise, l’Espagne et le Portugal ont vécu un exode des jeunes. Mais beaucoup de ces jeunes venaient déjà d’Europe de l’Est!

La Commission essaye de redresser ce système et s’est vu adresser un carton jaune. Il s’agit d’une saisie par onze parlements nationaux, lui demandant de ne pas mettre en oeuvre un projet. Comprenons bien de quoi nous parlons. Onze parlements nationaux ont demandé, pour le Danemark que son économie puisse continuer à bénéficier d’étrangers sous-payés, mais surtout pour dix pays de l’Est que leurs citoyens puissent continuer à être sous-payés, à ne pas bénéficier de retraite ni de sécurité sociale dans les pays où ils habitent !!! En face, la France menace de ne plus appliquer les directives et d’obliger les travailleurs concernés à… être payés plus.

Là encore dans la tourmente actuelle, on pouvait s’attendre à ce que la Commission plie et se lave les mains de sa réforme, au motif qu’elle ne fait vraiment pas consensus et que la moitié Est de l’Europe s’y oppose fortement. Eh bien non. Elle vient de répondre aux Parlements qui l’ont saisie que leurs arguments ne lui semblent pas justes, et qu’elle va poursuivre sa proposition !

4 Fermeté sur le Brexit

L’un des sujets essentiels de la négociation du Brexit sera l’avenir de la place financière de Londres. Qui Juncker vient-il de nommer pour la mener? Michel Barnier, ancien commissaire au marché unique et surtout aux services financiers. Peu connu en France, il a été un des acteurs de la Commission Barroso et peut être considéré comme le père de l’Union bancaire. Il a surtout été pendant toute cette période la bête noire des britanniques et connaît particulièrement bien les ressorts réels de l’articulation des marchés financiers européens.

On entend beaucoup ces derniers temps la ritournelle que Juncker a trop cru qu’il était un Président élu (ce qui est vrai), qu’il emmerde tout le monde à ne pas être assez obéissant et que Merkel (ou d’autres) aura sa peau. Mais bon, si la Commission traduit enfin en acte politiques le fait qu’elle est issue d’une coalition parlementaire droite-gauche, cela nous va fort bien!

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
x

A lire aussi

Union européenne des territoires : les élus locaux se mobilisent pour redonner son sens au projet européen

Face au développement des mouvements populistes et europhobes au sein de l’Union ...