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Europe 2014: persévérer avec Schuman mais aussi savoir réinventer !

 

 

Paul Collowald a été journaliste à Strasbourg et premier correspondant du journal « Le Monde » auprès des institutions européennes. Il fut ensuite porte-parole auprès des Vice-présidents français de la Commission européenne R.Marjolin et R.Barre, avant de rejoindre le Parlement européen comme directeur général de l’Information.

Henri Lastenouse est Secrétaire général de Sauvons l’Europe.

 
Henri Lastenouse: Quelle a été votre relation personnelle avec Robert Schuman ?

Paul Collowald: Pour faire simple, disons que je rencontre Robert Schuman pour la première fois en aout 1949 à Strasbourg et je le « quitte » en 1958, lorsque j’abandonne mon job de Journaliste au journal « le Monde » pour rejoindre les premières équipes en charge de faire vivre les institutions issues des traités européens.

 

Vous avez donc couvert en tant que journaliste cette décennie des années 50 qui a « accouché » de l’Europe que nous connaissons ?

Oui, cette histoire débute, mi 1949, alors que l’Allemagne en tant qu’Etat n’existe pas !

Lorsque je rencontre Robert Schuman pour la première fois, c’est le vendredi 12 août, soit à 48h des premières élections libres en Allemagne et déjà je sens que la « question allemande » est au centre de ses préoccupations. Alors que nous marchons dans Strasbourg, Il s’interroge devant moi sur le résultat à attendre du scrutin allemand. Pour lui, ce scrutin est une pièce essentielle en vue d’un règlement de la paix en Europe qui passe par « la question allemande ».

En tant que députés de Moselle, il connaît l’aspiration d’une majorité de ses compatriotes à une paix durable. En tant que Ministre des affaires étrangères, il doit composer avec un quai d’Orsay encore majoritairement inspiré par l’idée d’une Allemagne à diviser et affaiblir autant que possible. Pour faire court, une tradition inspirée par Richelieu et Clémenceau et qui avait accouché du Traité de Versailles.

Revenir sur cette tradition sera l’enjeu de la décennie.

 

Et, mission accomplie… ?

Dix ans plus tard, alors que je commence mon travail au sein des institutions européennes (nées du traité de Rome signé l’année précédente), il devient le premier président de l’assemblée parlementaire qui deviendra ensuite le Parlement Européen, qu’il quitte deux ans plus tard, en 1960 pour des raisons de santé

La logique du traité de Versailles est alors derrière nous.

 

Comment en l’espace d’une décennie, un honnête député de Moselle (il le sera de 1919 à 1962) se métamorphose t il comme l’un « des père de L’Europe » ?

Schuman, c’est un destin sur le tard, mais très cohérent. Il devient pour la première fois ministre des finances en 1946 (Il a déjà 60 ans), puis président du Conseil durant les grèves de l’hiver 1947, avant de réussir « l’exploit » d’occuper pendant presque 5 ans le poste de ministre des affaires étrangères jusqu’en 1953.

Manifestement en France et à l’étranger, dans le contexte très particulier de l’immédiat après guerre, il inspire confiance; il sait garder son calme. C’est le bon profil. Pourtant, ce n’est ni un tribun, ni un leader charismatique !

Enfin, l’idée est assez répandue chez nos alliés anglo-saxon – Churchill l’évoque également dans son discours de Zurich – que c’est à la France de prendre une initiative sur la question allemande. Schuman – avec son histoire propre – saura saisir cette occasion.

 

Robert Schuman semble « ancré » dans l’histoire comme l’homme d’un seul événement. La déclaration du 9 mai 1950 vous semble-t-elle l’affaire d’un seul homme ?

Certainement pas !

Le 9 mai 1950 est une histoire de confiance, d’innovation politique, de circonstances… et in fine de courage politique.

D’abord, il y a trois hommes Schuman, Monnet, Adenauer. Pendant la guerre, avant même de se fréquenter, ils ont mené séparément une réflexion parallèle sur l’Europe de l’après guerre. Leur conclusion est celle de l’absolue nécessité d’une réconciliation franco-allemande, première étape pour reconstruite l’Europe de l’après guerre.

 

Mais qu’entendez vous par innovation politique ?

C’est l’apport « novateur » de Jean Monnet et de son équipe jeune et transdisciplinaire. Au titre de Commissaire au Plan, Monnet est directement impliqué dans les questions liées aux enjeux du charbon et de l’acier en France et en Allemagne occupée. Il est lui aussi confronté à des choix concrets comme le démontage des usines. Cela nourrit une autre vision de la question allemande qui se retrouve très clairement dans le Mémoire qu’il adresse fin avril 1950 à Schuman.

 

Et quid des circonstances ?

Il y a un agenda qui n’est pas seulement français. Il y a un 9 mai 1950 parce qu’il y a un 10 mai 1950 ! Schuman doit ce jour là présenter à l’anglais Bevin et à l’américain Dean Acheson un proposition pour « régler » le problème allemand. Lorsque le gouvernement français se réunit le 9 mai au matin pour écouter la proposition de Schuman, c’est avant tout pour harmoniser une position française à présenter aux alliés anglo-saxon le lendemain à Londres.

Mais, reste « in fine » le choix et le courage de Schuman qui arbitre en faveur de la proposition Monnet sans tenir compte de la position traditionnelle et encore majoritaire de sa propre administration quant à la question allemande.

 

Comment définir le deal politique proposé par le couple Schuman / Monnet ?

Il y a une vision, celle d’une fédération européenne comme projet politique pour les états européens de l’après guerre.

Il y a un contenu très pragmatique, celui du charbon et de l’acier, mais avec un caractère très symbolique vu leur usage en temps de guerre.

Enfin, il y a un volant juridique original avec des propositions institutionnelles pour intégrer l’Allemagne sur un pied d’égalité au travers d’un processus supranational.

 
Que dire de l’opinion publique, des citoyens à l’époque ?

Quand j’entends dire aujourd’hui que tout cela s’est fait en « catimini », c’est que vous oubliez la violence des débats de l’époque. D’ailleurs, à propos de la CED, Raymond Aron a pu parlé d’une nouvelle « affaire Dreyfus » !!. Je me souviens avoir participé à l’époque à des débats plutôt « musclés » du côté de la place Kleber à Strasbourg !

Pour revenir au traité CECA, Il y pourtant eu une majorité à l’assemblée nationale pour voter le traité CECA : la quasi majorité des députés MRP, les deux tiers des députés SFIO et un tiers des radicaux. Et cela pour avaliser un choix qui opérait un virage à 180° avec la position traditionnelle du « Vae Victis ».

Au fond, si Schuman doit être avant tout salué, c’est comme un homme politique qui au pouvoir a pris ses responsabilités. Par son choix et sa capacité à trouver une majorité, il a fait passer le projet européen du rêve à la réalité.

 
Mais vous parlez vous même de circonstances favorables…

C’est certain. Regardez le projet de traité CED, né dans la foulée du projet CECA. Si vous me permettez l’expression, il est lancé par « la dynamique de la guerre de Corée ». L’invasion soviétique est à nos portes… Pourtant ce sera un échec en 1954. Je serais tenté de dire que la CED ne s’est jamais tout à fait remise de la mort de Staline. D’un coup, la peur d’une « invasion soviétique » était moins présente et la nécessité d’une CED un peu moins absolue….

 

2014, les élections européennes. Sauvons l’Europe vient de publier une proposition de Six Pack Europrogressiste. Quant à vous, quel est votre sentiment sur les mois à venir ?

L’actualité des mois à venir peut se charger de donner à ces élections un enjeu qu’il nous faudra rapidement clarifier.

Mais, ces quelques mois devrait pour moi se conjuguer au travers des verbes : « persévérer » et « réinventer ».

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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