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Europe : « Les convictions doivent compter plus que les passeports »

Que penser de la nomination acquise de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission?

L’acceptation par les chefs d’État du candidat du parti arrivé en tête aux élections est une victoire démocratique. L’obstruction de David Cameron fut un combat d’arrière-garde. Il souhaitait laisser le pouvoir aux chefs d’État. Cela est contraire à l’histoire de la démocratie qui veut que, à un moment, le Parlement, représentant du peuple, prenne le pouvoir.

Les pays qui l’ont soutenu Junker peuvent-ils obtenir un assouplissement de sa politique ?

Pour être confirmé par le Parlement, le président de la Commission à besoin d’une majorité, dont la droite seule ne dispose pas. Avec le score élevé des europhobes et eurosceptiques, la seule majorité possible est une grande coalition entre la droite pro-européenne et la gauche social-démocrate, à laquelle se sont joints les centristes. La gauche a proposé de soutenir Juncker avec un accord sur le programme qui sera mis en oeuvre. Les sociaux-démocrates, qui ont progressé au Parlement, vont demander un infléchissement : moins d’austérité et plus de solidarité. Si Juncker mène un politique trop libérale, les textes ne seront pas voter. Il sera sur une ligne plus ouverte que José Manuel Barroso. Celui-ci n’a pas fait grand chose, son objectif étant de ne pas fâcher les États. Son mandat a vu un retour en force de l’Europe intergouvernementale, dans laquelle prédominent les intérêts égoïstes des nations. Avec le succès qu’on a vu…

Avec une grande coalition, on peut espérer que l’esprit communautaire soit plus présent et une relance européenne avec davantage de solidarité.

Présidente pour 6 mois, que peut apporter l’Italie de Matteo Renzi ?

À la tête du Parti démocrate italien, fort de ses 40% aux européennes, Renzi se présente comme un moderne qui veut faire des réformes tout de suite, en critiquant les règles d’austérité, et menant une politique de relance. Il va essayer de surfer sur cette dynamique au niveau européen. Sa crédibilité sera mise à l’épreuve avec ses résultats italiens. Si l’Italie réussit, cette ligne sera renforcée. Un souffle nouveau vient d’Italie. Renzi a pris le leadership d’une gauche européenne en ruine, notamment au niveau idéologique. Il est difficile de proposer une alternative crédible au libéralisme et à l’austérité. Renzi semble savoir où il veut aller et il peut réussir.

Qui va remplacer Herman Van Rompuy (président du Conseil) et Catherine Ashton (haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité) ?

Les négociations sont en cours. Il faut un équilibre entre les grandes formations politiques, entre les pays et entre hommes et femmes. D’où la complexité. On parle d’une italienne pour les affaires étrangères. Ce poste n’a pas connu un grand succès. Barroso n’a pas aidé Mme Ashton. Et celle-ci a voulu travailler dans la discrétion, oubliant que la politique s’incarne et que la visibilité est très importante. Cela peut s’améliorer si président de la commission et les chefs d’État le souhaitent. Certains considèrent que l’Europe, à petits pas, peut prendre en charge les domaines régaliens. D’autres pensent que le fédéralisme est une illusion et veulent se recentrer sur des sujets de coopération possible, supprimant l’aspect diplomatique. L’Europe est un combat permanent.

Quel rôle peut jouer le commissaire représentant la France ?

Avec cette question, nous sommes toujours dans une logique intergouvernementale. Un commissaire par Etat, c’est comme si on disait en France que chaque région devait avoir un ministre ! La France aura donc son commissaire européen, socialiste, car proposé par le président Hollande. On parle de Pierre Moscovici, Élisabeth Guigou, Pascal Lamy…. Traditionnellement, la France reçoit un portefeuille important. Mais pourquoi en recevrait-elle forcément un plus important que Malte ? La nomination de Juncker est une avancée, mais nous ne sommes pas arrivés au bout du processus. Finalement, les citoyens n’ont pas d’influence directe sur la composition de la commission. Cette logique ne correspond pas à une bonne gouvernance de l’Union.

Que préconise votre mouvement « Sauvons l’Europe » ?

Aujourd’hui, le passeport apparaît souvent plus important que les convictions. Nous proposons que la composition de la Commission se fasse au regard du résultat des élections. Ici, que les postes les plus importants échoient aux conservateurs puisqu’ils ont gagné les élections. Ce qui compte, c’est la cohérence du gouvernement européen, même de grande coalition, sur des questions idéologiques et programmatiques. La démocratie européenne se construira avec des majorités, des oppositions et des alternances. Etre démocrate, c’est accepté d’être un jour minoritaire.

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@fabienchevalier

 

 

Interview de Fabien Chevalier, président de Sauvons l’Europe dans Témoignage chrétien du 10 juillet 2014. Propos recueillis par Philippe Clanché

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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