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Européennes : un immense gâchis

Voilà, les élections européennes ont eu lieu. Et les résultats, prévisibles, n’en restent pas moins très alarmants. Retour sur une campagne européenne courte et tout sauf intense.

Lors des élections européennes, les citoyens de l’Union devaient choisir entre les programmes et projets de société proposés‎ par les différentes listes. Et la non-adhésion à ces programmes, exprimée par l’abstention, est sortie grande gagnante, à un niveau de 57% en France.

Par ailleurs, ce que tous les observateurs prédisaient s’est produit. Le vote anti-européen progresse en Europe. En France, les partis républicains sont devancés par le Front national qui obtient des scores très élevés chez les jeunes. Mais ce qui inquiète le plus c’est la résignation des partis pro-européens et l’indifférence des citoyens derrière l’indignation passagère.

Une non campagne
A vrai dire on s’y attendait un peu. Tous les ingrédients étaient réunis pour que la campagne des européennes soit un fiasco en France.

Le calendrier tout d’abord. Les élections municipales se sont déroulées il y a un mois à peine. Les commentaires, le remaniement et les votes importants qui ont suivi n’ont pas laissé beaucoup de temps et d’espace médiatique à une campagne qui peinait déjà à démarrer.

Les médias ensuite. Selon une étude du CSA, les grands JT ont consacré 10% de leur durée aux élections européennes, contre 25% pour les présidentielles. Et pourtant, une majorité de Français avoue ne pas connaître le fonctionnement de l’Union européenne. Le débat entre les candidats à la présidence de la Commission a été peu suivi. Il faut dire qu’aucune grande chaîne, pas même celles du service public, n’avait accepté de le diffuser. Parmi les abstentionnistes, nombreux sont ceux qui nous disent qu’il ne votent pas parce qu’ils n’y connaissent rien. A qui la faute ?

Et puis le personnel politique n’est pas non plus pour rien dans cette désaffection. L’Europe actuelle a de nombreux défauts mais elle n’est certainement pas responsable de tous nos maux. Critiquer Bruxelles comme entité, c’est oublier que ce sont avant tout les chefs d’Etat et de gouvernement qui dirigent l’Europe. Et quand ceux-ci la critiquent, cela révèle une profonde hypocrisie, voire une légère schizophrénie.

Un déficit démocratique
D’autres facteurs ont joué. On peut citer la division du territoire en euro-circonscriptions (une aberration qui restreint encore la visibilité et l’intelligibilité du scrutin) ou encore le nombre de listes très élevé. Sur ce second point, l’analyse peut être plus subtile. Les grands Partis ont beau jeu d’identifier le nombre de listes élevé comme une cause de l’abstention, alors que certains l’interprètent comme un signe de vitalité démocratique au niveau européen. En effet, cette profusion de propositions est probablement ce que de nombreux électeurs cherchent aujourd’hui au sein de l’offre politique. Mettre en avant ce dynamisme pourrait donner un intérêt à l’Europe pour nombre de citoyens qui se laissent tenter par l’abstention ou les populismes. Ces listes modestes peuvent servir de réceptacle et ramener les abstentionnistes vers les urnes.

Mais, on le sait, l’inégalité de temps de parole et de traitement médiatique ne permet pas aux plus petites listes, parfois qualifiées de farfelues, d’être aussi connues que les listes dites « mainstream », UMP, PS, UDI, etc… et à présent FN…

De plus, un autre obstacle, touchant au système même de l’élection, subsiste pour celles et ceux qui auraient eu envie de voter pour une « petite liste ». En Ile-de-France dans certains bureaux de vote, au lieu de trouver les 31 bulletins correspondant aux 31 listes, il n’était possible de n’en trouver qu’une petite dizaine. L’absence de ces bulletins fausse la sincérité du vote. Les listes absentes n’ayant pas les moyens de fournir des bulletins partout, il fallait, avant de venir voter, imprimer son bulletin selon des critères de dimensionnement et de grammage de papier tout à fait stricts, au risque de se voir invalider son vote. Sans relancer le débat sur le vote électronique qui n’a pas forcément sa place ici, on peut s’interroger sur l’image qu’aura l’Europe auprès d’un citoyen après que celui-ci soit venu dans un bureau sans pouvoir voter pour la liste de son choix.

Tout ceci n’est peut-être que du détail, mais il est symptomatique d’une situation plus globale : le réenchantement de la politique dont beaucoup parlent ne passe pas uniquement par le fait de crier « réenchantement, réenchantement, réenchantement » sur sa chaise. Il passe par une nouvelle implication des citoyens, une nouvelle communication sur les possibilités démocratiques immenses qu’offre l’Europe. L’originalité est à la source de la démocratie, toutes les sensibilités doivent être représentées. Notre Union a besoin de laisser la place à tous les points de vue pour garder sa vitalité. Et sa vitalité qui est représentée par la participation aux élections, semble aujourd’hui menacée.

Quelques bonnes nouvelles
Malgré cette non campagne, quelques satisfactions sont venues surprendre les observateurs.
Aux Pays-Bas, le net repli du parti anti islam de l’eurosceptique Geert Wilders a surpris tout le monde. Donné favori, il se classe finalement à la quatrième place. Le parti perd ainsi deux sièges. Le scrutin peut ainsi réserver quelques surprises. Même chose en Finlande. Mais ces situations restent des exceptions.
La seconde bonne nouvelle, c’est la timide émergence d’une compétition entre les prétendants à la présidence de la Commission européenne. Polyglottes, ils ont mené campagne dans toute l’Europe, ont débattu à la télévision sur des sujets européens. Loin des caricatures, ils ont permis aux citoyens de comprendre les enjeux du scrutin. Ils ont incarné des visions différentes de l’Europe, mas un engagement et un engouement communs pour la construction européenne. C’est une évolution notable si l’on se souvient de la campagne de 2009. Avec un président de la Commission issu du résultat des élections, on va désormais savoir qui dirige l’Europe, enfin. Et peut-être que dans quelques années, nous voterons d’abord pour le président de la Commission.

Un combat qui s’annonce.
Mais pour cela, il faut rester vigilant. Le choix du futur président de la Commission européenne doit dépendre du résultat des élections. C’est primordial mais ce n’est pas acquis. Nous en saurons plus dans les jours qui viennent mais il y a fort à craindre que les chefs d’Etat et de gouvernement tentent de garder la main sur cette nomination d’autant plus qu’aucune majorité claire ne se dégage au Parlement. Il ne faut donc pas sous-estimer l’importance de la question. C’est la crédibilité de l’Europe qui est en jeu. Comme le souligne Jean Quatremer dans Libération, « selon l’issue de cette bataille, le déficit démocratique dont souffre l’Union sera soit en partie comblé, soit renforcé ».

Gregory Bernard

Gregoire_Potton

 

 

 

Grégoire Potton et Grégory Bernard, adhérents de Sauvons l’Europe.

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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