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©Gouvernement Français
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Faut-il soutenir Emmanuel Macron dès aujourd’hui ?

Emmanuel Macron traverse cette campagne comme un OVNI, hors des partis classiques. Nombreux sont ceux qui s’interrogent et nous devons immédiatement reconnaître au moins trois mérites à Emmanuel Macron.

  • Tout d’abord, il a mis l’Europe au cœur de sa démarche. Il ne s’agit pas de notre part d’un réflexe d’européistes transis, mais nous notons sur ce point un minimum de lucidité et de courage… ou d’opportunisme. En effet, à force de critiquer du matin au soir « l’Europe de Bruxelles » dont ils font partie, nos médias et responsables politiques semblent avoir oublié que le camp pro-européen, dans sa diversité, reste majoritaire en France et orphelin d’un leader politique.
  • Ensuite, il a pris la défense de la politique d’accueil de Merkel envers les réfugiés, démontrant ainsi que pour un Français, il n’est pas nécessaire d’être un affreux gauchiste pour être un minimum humain.
  • Enfin, il a compris que la démocratie de la rente élective était un poison lent pour notre pays. Rente aussi bien économique que politique, on le voit… Quelle crédibilité peut avoir un Premier secrétaire du Parti socialiste qui annonce la fin de l’entre-soi au PS tout en briguant un sixième mandat de député ?

Pour autant, cela suffit-il à entraîner notre adhésion ? Notre bienveillance, c’est certain. Notre enthousiasme, c’est moins évident. Nous sommes inquiets du fossé qui se creuse entre les deux gauches, qui ne peuvent parvenir au pouvoir séparément. Nous regardons également avec attention Benoît Hamon tenter de recréer un pôle autour d’une dynamique de gauche plurielle en espérant que son joint ne soit pas le rejet de l’expérience de gouvernement, comme aux belles heures du molettisme.

Pour Macron, au-delà de déclarations d’intentions très générales, nous sommes comme beaucoup dans l’attente d’un peu de chair programmatique à nous mettre sous la dent. Sauvons l’Europe a depuis longtemps largement publié sa vision et ses idées. Elles ont fait récemment l’objet d’une synthèse pour 2017 et nous invitons bien sur « ceux d’En Marche » à s’en inspirer puisque les propositions ne semblent pas encore tout à fait fixées. Ouvrons donc le débat sur quelques enjeux essentiels que son futur programme ne peut fuir :

1. Concernant l’Europe, la question posée par Paul Magnette est centrale et conditionne tout : L’Europe doit cesser de toute urgence de pousser au détricotage au niveau national sans offrir de nouvelles garanties au niveau européen. Sauvons l’Europe posait déjà cette exigence il y a deux ans dans une lettre ouverte à la nouvelle présidence Juncker sur sa capacité à faire de l’Europe le garant de dernier ressort des pactes sociaux de l’après-guerre. A une Union monétaire gérée par des votes à la majorité ne peut répondre une Europe sociale et fiscale gérée à l’unanimité. C’est un enjeu dont les équipes autour de Benoît Hamon se sont saisies au Parlement européen.

2. L’espoir d’un jeu gagnant-gagnant naturel de la mondialisation a vécu. Le Brexit est bien l’enfant caché du Blairisme et la vision d’une troisième voie où une élite mondialisée tirait les classes moyennes européennes a politiquement échoué. La recomposition mondiale des chaînes de production, si elle se traduit par un progrès général incontestable, se paye du naufrage d’industries, de portions de la population et de régions entières que la redistribution des gains ne parvient pas à combler contrairement au modèle espéré. Sauvons l’Europe travaille depuis assez longtemps sur le revenu universel et des possibilités réalistes de sa mise en place pour considérer avec réserve les propositions de Benoît Hamon en la matière, mais répondre à cette question par une simple posture de valorisation du « travail » risque de ne pas suffire face à la litanie des fermetures d’usines annonée par les populistes. Que le chômage soit élevé ou que le mauvais travail se lise en miroir dans les taux de pauvreté, personne a ce jour n’a trouvé comment enrayer la lente et inexorable baisse de travail décent disponible pour les classes populaires en Europe.

3. Le sujet des migrants impose celui d’un accord politique historique avec le sud de la Méditerranée, que nous avons proposé de construire autour d’une citoyenneté économique méditerranéenne et de droits sociaux à partager. Cette région va vers des bouleversements majeurs et a besoin d’un ancrage européen le plus fort possible.

4. La question générationnelle est celle du défi de faire vivre ensemble les générations d’avant « la décennie Thatcher » et celles née postérieurement à une « révolution » aux conséquences profondes sur l’organisation de nos sociétés et les valeurs qui les font vivre. Génération d’après, la génération Y a surtout connu le délitement de nos solidarités et le déclassement des classes moyennes. Sa recherche d’horizontalité est le reflet d’une expérience dans laquelle les pactes sociaux de 1945 sont « vides de promesse » et qui conçoit autrement la solidarité, au travers d’écoystèmes entre pairs. Politiquement, elle subit le Yalta suivant : « la flexi-précarité pour les juniors, le patrimoine pour les seniors ».

5. Tout projet politique doit d’appuyer sur une majorité pour le mettre en œuvre. C’est cet axiome qui nous a privé d’une présidence Delors en 1995, ce que la France paie encore aujourd’hui ! Or, pour l’instant, nous restons dans la brume. Sauf erreur de notre part, nous ne savons pas avec qui Emmanuel Macron souhaite s’allier au niveau européen. Avec les sociaux-démocrates ? Les centristes et libéraux ? Les écologistes ? Reconnaissons au moins que François Bayrou était plus avancé dans la constitution de son cercle de la raison puisque lui au moins savait où il habitait.

Bien sûr, il reste encore un peu de temps avant l’élection présidentielle et nous espérons que le progressisme revendiqué de Macron ne sera pas un social-libéralisme relooké, le même qui a montré ses limites au siècle dernier au Royaume-Uni et réussi à ramener l’extrême-droite au cœur de la politique en Allemagne.

À propos Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire
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