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Italie, Espagne, la potion amère de l’austérité

 

Si la situation critique de la Grèce attire le feu des projecteurs, la péninsule Hellénique n’est malheureusement pas le seul pays de la zone euro à connaître des difficultés dues à sa dette publique. L’Italie et l’Espagne font aussi face à de grandes difficultés, et les politiques jusqu’alors mises en places se sont révélées au mieux parfaitement inutiles, au pire néfastes pour l’économie et pour la qualité de vie des citoyens.

En Italie, le remplacement de Guignol par Super Mario n’a pas sorti le pays de la crise

L’Italie est la troisième économie européenne, et la septième mondiale, en termes de PIB, mais, malgré cela, elle est aussi victime d’attaques spéculatives sur sa dette, fragilisant son économie et mettant celle de la zone euro en danger.

C’est à partir de mars 2011 que les premières craintes sur la dette italienne apparaissent. L’Union Européenne, déjà aux prises avec la crise grecque, impose une cure d’austérité à l’Italie afin d’empêcher la contagion de la crise à l’ensemble de la zone euro. Les raisons de ces craintes, tout du moins celles avancées par le milieu de la finance, sont au nombre de trois. Tout d’abord il y a la faiblesse des banques italiennes suite à la crise économique de 2008. En effet, même si elles disposent de fonds propres importants, elles possèdent aussi de nombreux produits financiers toxiques qui menacent leurs bénéfices. Ensuite, était avancée la dette de l’Italie qui représente 120% de son PIB, quand la moyenne en Europe est de 84%. Enfin, les marchés pointent l’instabilité politique d’une l’Italie gouvernée par un Silvio Berlusconi en fin de règne soutenu par une majorité de plus en plus fragile dans un pays excédé par ses frasques.

Le Cavaliere cède alors devant les pressions européennes et annonce un premier plan destiné à réduire les dépenses de l’Etat de 24 milliards d’euros. Si cette annonce réduit la pression des marchés sur l’Italie, l’accalmie ne sera malheureusement que de courte durée. Un autre plan, de 40 milliards cette fois-ci, est alors voté en juillet. Mais rien n’y fait, les craintes persistent, et Silvio Berlusconi est alors contraint à démissionner en novembre 2011. Il est remplacé par le très libéral Mario Monti, auréolé de ses combats contre les actes anticoncurrentiels des grandes multinationales telles que Microsoft et la Général Electric.

Mario Monti, ou, comme les italiens le surnomment, super Mario, va continuer la politique d’austérité entreprise par son prédécesseur. De même, un troisième plan de réduction des déficits de 30 milliards va être entrepris en décembre, prévoyant notamment la retraite à 66 ans, une nouvelle augmentation de la TVA et un blocage des pensions des retraités. Toutes ces mesures vont se révéler aussi contreproductives que les précédentes.

Le plan général de réduction des déficits publics prévoit un retour à l’équilibre budgétaire pour 2013. Le hic, c’est que cette prévision repose sur un taux de croissance du PIB de 0,6% en 2012. Le gouvernement a d’ores et déjà fait marche arrière en repoussant cet objectif à 2014 au milieu du mois d’avril. En effet, l’Italie est entrée en récession depuis le dernier trimestre 2011, avec -0,7% de croissance et des prévisions pour 2012 qui ne sont pas meilleures avec -1,2%. A cela il faut ajouter une augmentation significative du chômage, qui est passé de 8,9 à 9,2% de la population active (30,1% pour les moins de 25 ans) et les taux d’emprunt sur les marchés qui ne cessent d’augmenter. Dans ces conditions l’objectif du retour à l’équilibre semble illusoire, et persister dans l’austérité semble dangereux.

L’Espagne, pas de AAA pour le bon élève

Dans un article de juin 2006, le journal Alternatives Economiques titrait « le modèle économique espagnol fait des envieux. Mais il n’est pas exportable et probablement pas durable » (numéro 248, un article de Denis Clerc). L’auteur ne se doutait peut être pas à quel point il avait raison.

L’Espagne post Franquiste s’était lancée dans une transformation tout azimut de son économie afin de sortir de l’économie rurale dans laquelle la dictature l’avait maintenue pendant 40 ans. Ce sera un succès, et en quelques décennies l’Espagne deviendra la huitième économie mondiale. Les ingrédients de ce miracle ? Ce sont un, une libéralisation massive de l’économie espagnole, deux, des grands travaux d’aménagement du territoire grâce, notamment, aux fonds structurels européens, et trois une politique favorisant les prêts immobiliers dans le but de développer le secteur de la construction de logements destinés aux populations locales et au tourisme. Avec un taux d’endettement public de 38% du PIB et un budget excédentaire jusqu’en 2008, l’Espagne faisait figure de bon élève, et les politiques libérales mises en œuvre étaient louées par bon nombre de dirigeants étrangers, dont l’ex Président français Nicolas Sarkozy.

Cependant, en 2008 avec la survenance de la crise des subprimes aux Etats Unis, la bulle immobilière créée par cette politique éclate en Espagne. Cet éclatement va entraîner le pays dans la crise, les faillites vont se multiplier, le chômage va monter en flèche et les banques espagnoles vont faire face à d’importants risques de faillite dus aux grands nombres d’emprunts non remboursés. La crise économique et la nécessité de refinancer les banques vont alourdir la dette et creuser le déficit public qui a atteint 11,9% du PIB en 2009.

Le premier ministre socialiste José Luis Zapatero entreprendra une politique de rigueur afin de réduire ce déficit. En janvier 2010 il annonce un plan de réduction des dépenses publiques de 50 milliards d’euros qui comprend notamment le passage de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans. En mai 2010 s’ajoute un second plan d’austérité avec une réduction de 5% des salaires des fonctionnaires. Le premier ministre de droite élu lors des élections anticipées de novembre 2011 accélérera cette politique d’austérité et libéralisera de plus en plus le marché du travail.

Pour quel résultat ? En 2011 le déficit du budget de l’Etat était de 8,5% du PIB au lieu des 6% prévus, le chômage est de 25% de la population active et de 50% chez les moins de 25 ans. Pour l’année 2012 le taux de croissance de l’Espagne devrait être de -1,8% et l’agence de notation Standard and Poor’s a abaissé sa note en janvier 2012 de A à BBB+, et ce alors que le gouvernement endette le pays pour soutenir un secteur bancaire connaissant de grandes difficultés au détriment des services publiques, et donc des citoyens.

Les médecins de Molière au chevet des pays européens en crise

L’Europe fait face à une croissance anémique qui plombe les budgets de ses Etats membres, le manque de solidarité et la lenteur des réactions de l’Union Européenne ont renforcé les positions des spéculateurs qui se sont attaqués aux dettes souveraines. Face à cela, les dirigeants européens faisant fi de tout pragmatisme ont inversé la cause et le résultat. Les montants toujours plus élevés de dettes, et les attaques spéculatives des marchés contre ces mêmes dettes, ne sont pas la cause de cette crise mais le résultat, d’une part, des interventions des Etats au chevet d’une finance inconséquente, et, de l’autre, de l’absence de croissance.

Les méthodes des dirigeants européens font penser à ces médecins détestés par Molière, qui, face à la détérioration de l’état de santé de leur patient suite à leurs soins, s’entêtaient à prodiguer encore et encore le même remède, tuant ainsi plus sûrement le malade que la maladie elle-même. « …[I]l ne faut jamais dire: « Une telle personne est morte d’une fièvre et d’une fluxion sur la poitrine », mais: « Elle est morte de quatre médecins et de deux apothicaires. » » (Molière, « L’avare », Acte 2 Scène 1). Cette phrase s’applique tristement bien à la situation économique européenne.

Les croyances des dirigeants qui ont guidé la politique européenne jusque-là sont plus fortes que la raison et les amènent à refuser l’évidence, entraînant l’Europe toute entière dans une crise économique gravissime renforçant ainsi les discours des extrêmes et augmentant le sentiment antieuropéen au sein de peuples européens. Il est temps que cesse cette politique destructrice et que l’Europe reprenne le chemin de la croissance seule possibilité pour les pays d’améliorer la vie de leurs citoyens et de réduire significativement leur endettement. Pour cela une politique de croissance européenne est indispensable, avec des actions coordonnées entre les pays européens. Cette crise aura eu au moins pour vertu de montrer aux européens qu’ils partagent un même destin économique, maintenant il ne nous reste qu’à en tirer les conséquences.

 

Leo Fradet

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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