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Jupiter d’asile

« Le devoir de l’Europe est d’offrir l’asile à ceux qui sont persécutés et demandent sa protection […] Dans ce contexte, la France doit prendre sa juste part dans l’accueil des réfugiés ». Ces mots sont extraits, non pas d’une déclaration d’un militant « gauchiste » et/ou « droit de l’hommiste » (étrange paradoxe que ces termes soient aujourd’hui considérés comme une injure), mais du site du mouvement En Marche, à la rubrique « Immigration et asile ».

Le nouveau Président français a placé l’idée d’une Europe solidaire au cœur de son programme tout au long de la campagne présidentielle, s’engageant ouvertement en faveur d’un accueil digne des réfugiés, respectueux des droits humains. C’est d’ailleurs pourquoi Pierre Henry, directeur général de l’association France Terre d’Asile, l’avait publiquement soutenu.

Or, l’espoir suscité semble douché par la réalité de la situation constatée à Calais, situation qu’Emmanuel Macron avait appelée très récemment à considérer avec « la plus grande humanité ». De nombreux migrants (personnes en situation irrégulière, ayant ou non fait une demande d’asile en France afin d’obtenir le statut de réfugié) ne peuvent plus se rendre aux distributions de repas organisées par le Secours catholique, l’Auberge des migrants et les autres associations sur place. En effet, les distributions d’eau et de nourriture sont empêchées, en pleine canicule, par les policiers et gendarmes. Certes, ces derniers sont malmenés, leur profession caricaturée et de là à glisser dans le stéréotype des « méchantes » forces de l’ordre face aux « gentils » bénévoles, il n’y a qu’un pas. Toutefois, rappelons que l’accès à l’eau est un droit fondamental, tout comme le respect d’un logement, aussi précaire soit-il. Les brefs moments de convivialité que sont le partage d’un repas représentent un gage de survie pour ces hommes (il y a très peu, voire pas, de femmes) ayant vécu des épreuves dont une infime partie enverrait la plupart des Français chez un psychologue pour un bon bout de temps.

Les bénévoles ne trouvent plus les mots pour qualifier cette situation : « dramatique », « inacceptable », « scandaleuse »… Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a même dénoncé des « atteintes aux droits fondamentaux » des migrants, qui seraient « d’une exceptionnelle et inédite gravité ». Face à la dénonciation de ce « harcèlement » policier (destruction de tentes, couvertures aspergées de gaz lacrymogène, coups portés sur les migrants…) par les associations, le Ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, s’est rendu à Calais vendredi 23 juin. Il s’est contenté d’annoncer l’envoi de policiers et gendarmes supplémentaires dans le secteur, afin d’éviter que Calais ne redevienne un « abcès de fixation », douce image médicale renvoyant si subtilement les migrants au rang de parasites. L’essentiel pour le gouvernement est donc d’éviter la reformation d’un campement, 8 mois après le démantèlement de la jungle. Or, d’autres alternatives sont proposées : augmenter le nombre de places dans les centres d’accueil et d’orientation, simplifier les démarches administratives, renforcer les effectifs dans les préfectures… Certes, les délais d’instruction des demandes d’asile sont très longues – l’engagement du Président de les réduire à 6 mois va prendre du temps, et cela s’entend – mais cela justifie-t-il de tels comportements, ce grand écart avec les promesses de campagne ? Le chef de l’Etat et celui du gouvernement ne seraient-ils pas sur la même longueur d’onde, ou bien se seraient-ils répartis les rôles (celui de la bienveillance et celui de la fermeté) ?

M. Macron, cette schizophrénie n’est pas tenable. Vous dont les députés parsèment leurs discours de « bienveillance », de « renouveau » et d’ « humanité » (ce que l’on ne peut qu’approuver !), la majorité des Français ayant voté aux élections présidentielle et législative vous a fait confiance. Ils ont voté pour vos propositions, la teneur des propos, et non pour ceux de votre adversaire au second tour.

Il est grand temps de mettre en application ces belles valeurs de solidarité et de respect : si vous leur devez, en partie, votre place aujourd’hui, d’autres personnes n’attendent que ces valeurs pour trouver leur propre place, notamment à Calais.

À propos Solen

Solen est notre chargée de plaidoyer. Ses dadas sont le codéveloppement et les libertés.
  • mareau

    Quand vous parlez de schizophrénie, n’êtes-vous pas dans l’exagération ?

    La schizophrénie est une saine dualité qui a mal tourné. En physique fondamentale comme dans la vie sociétale, particulière, biologique, philosophique, etc…, la dualité est une règle fondamentale de symétrie. Sa bonne gestion est saine (symétrie) et sa mauvaise gestion rend fou.

    Un exemple simple se trouve dans le lien indéfectible entre « droit / devoir ». Ici les migrants (de statut indéterminé dans un premier temps) ont le droit d’être d’être accueillis mais « en même temps » ils ont le devoir de suivre les règles à la lettre.

    Donc « humanité et fermeté » matérialisent la saine dualité comportementale d’un gouvernement (ou d’une personne).

    Il y a également d’autres facteurs délicats à gérer comme par exemple :

    1/ plus de 20% de la population est plutôt encline à l’exclusion. Ce n’est pas bien mais ce sont des français comme les autres qui demandent pour le moins, plus de fermeté.

    2/ il faut prendre conscience du phénomène « d’appel d’air ».

    Macron a compris la clé de la dualité « en même temps », applicable en toutes choses. C’est la voie de la raison. Est-il parfait ? Bien sûr que non.

    En revanche, Sarkozy a mal négocié la parité territoriale des contrôles d’immigration concernant les anglais.

    Bien à vous.

    • munstead

      L’exemple de Calais n’est pas le bon. Ces migrants, pour de multiples raisons, souvent familiales, ne veulent pas rester en France mais partir au Royaume-Uni. Ils sont en transit et le R-U ne veut pas d’eux. Les accords du Touquet sont à revoir et auraient dû l’être par Hollande. Maintenant, avec lela menace du Brexit, tout est encore plus difficile. Ceci dit l’humanité, la compassion, la « bienveillance » souvent citée, consisteraient, pour le moins, à permettre à ces gens de se nourrir, de se soigner, de se laver, de s’abriter de la pluie, de la canicule, du froid.
      Il faut mettre publiquement, internationalement, May devant ses responsabilités.

      • Danielle Foucaut Dinis

        Exactement! Et n’oublions pas que l’Italie ne sait plus où donner de la tête face á ce qui est en train de se passer sur ses côtes…

      • mareau

        Oui la bienveillance d’abord mais avec son dual, la fermeté.

    • Solen

      Bonjour,
      Merci pour votre commentaire.
      A défaut de trouver la schizophrénie « saine », que ce soit en psychiatrie ou en politique (cette dernière pouvant parfois confiner à l’hypocrisie), ne pourrait-on pas parler d’un équilibre délicat à trouver plutôt que de « dualité » ? Les migrants, en grande majorité, ne refusent pas de suivre les règles, encore faut-il leur en donner les moyens. En prenant le temps d’échanger avec eux, partager un minimum leur quotidien, la réalité d’un quotidien dramatique, où ils sont livrés à eux-mêmes, est malheureusement criante. Humanité et fermeté sont certes compatibles, mais l’écart de discours entre le Président et le Premier Ministre est aujourd’hui difficilement tenable.
      Si 20 % des Français sont enclins à l’exclusion, cela signifie que 80 % d’entre-eux ne le sont pas ou, du moins, ne se prononcent pas, ce qui est plutôt positif. Quant au phénomène d’appel d’air, tout dépend de la situation qui est reconstruite sur place…
      Bien à vous,

      • mareau

        J’insiste sur le mot clé universel qu’est la dualité. Elle génère (dans tous les domaines) une quintessence par 5 inductions dont l’équilibre (ou la symétrie). Les états binaires étant irréalisables, le cinquième état est analogique.

        Il est toujours simpliste de raisonner sans prendre en compte les inductions de la dualité.

        Bien à vous

        Tout est là : http://www.cosmologie-oscar.com/index.php

      • André Landesman

        Si les vues européennes de Macron ont des côtés positifs, et ont au moins le mérite d’exister, tout simplement, ce qui n’était pas le cas de ses trois prédecesseurs, on y retrouve le côté « premier consul » dont je crains que les préférences aillent à une Europe plus intergouvernementale que je ne le souhaite

  • Europanto

    Je suis comme Solen écoeuré.
    Il y en a marre de la SOUS-FRANCE qui applique systématiquement les thèses xénophobes et racistes.
    NOUS VOULONS ACCUEILLIR. Des milliers de personnes (bénévoles ou non) sont actuellement engagées dans toute la France pour venir en aides aux migrants. Nous sommes le pays des droits humains oui ou non ?
    Si non… La France n’a plus rien à dire au reste du Monde. C’est un pays comme un autre…
    M Macron il faut assumer. L’accueil des migrants et la suppression de la pauvreté pour les Français et les autres vivant en France doivent être les priorités… Or pour l’instant on voit bien que d’autres choix ont été fait.

  • braunstein eddy

    Une fois encore les biens qui gouvernent et la France qui ne dit mot, laissent les ONG se dépatouiller avec des situations dramatiques. Quitte à faire hurler, on peut se demander si ces dernières ne devraient pas de temps à autre cesser leur action de soutien aux démunis qu’ils soient ou non immigrants pour nous placer devant nos responsabilités et surtout nos gouvernants pour qu’ils cessent de les utiliser comme arme politique. Dans ce domaine notre monarque éclaire ne déroge pas à la règle. Certaines personnes ont voté pour un changement et un renouvellement. IL y en a un lié aux têtes ma

  • Raphaël 78

    Ayant beaucoup travaillé dans les pays en voie de développement, je sais qu’ils sont des centaines de milliers voir des millions à rêver d’une vie meilleure et que l’Europe porte, à tort ou à raison, un énorme espoir. Comment gérer cela, voilà une question qui fait tourner en rond nos gouvernements depuis un sacré bout de temps. Ouvrir les portes en grand serait irresponsable et les fermer complètement serait idiot.
    Où trouver l’équilibre, c’est bien là la question. L’émigration choisie fonctionne mais elle ne représente qu’une petite partie du problème. Distinguer l’émigration dite économique de l’émigration en provenance de pays en guerre est plus théorique que pratique. Les seuls moyens de masse actuellement en place sont de payer certains pays à bloquer leurs frontières et de garder les émigrants chez eux (Turquie, Maroc, …) et de faire risquer leur vie aux obstinés afin de limiter leur nombre. C’est amoral mais c’est bien la situation actuelle. Je pense que l’Europe n’est pas prête à faire comme le Liban ou la Jordanie, à savoir voir sa population augmenter de manière explosive en les parquant dans des camps.

  • braunstein eddy

    Comment croire que l’UE et par conséquent la France peut avoir une démarche de coopération et de solidarité vis à vis des pays émergents lorsque l’on enfonce dans la crise et la détresse la population grecque ?
    Notons qu’en matière de politique européenne, notre nouveau président s’est aligné sur la position de l’Allemagne concernant la Grèce et qu’il a en outre obtenu le report de la directive sur la taxation des transactions financières. Sans doute s’agit-il là d’une tactique de haut niveau qui s’inscrit dans une démarche Euro progressiste trop complexe pour qu’elle soit comprise par tous les français.

  • ROUSSET Gérard

    N’existe t’il pas un mot français pour « la jungle » et qui est celui de bidonville! ce terme est plein de sous-entendu. Parler de « jungle » renvoi les émigrés à des animaux sauvages. Bel exemple d’humanisme.

    • Gerard Vernier

      « Jungle », qui est parfois associée au mot « loi », est une appellation qui a toute sa place dans une terminologie censée traduire l’inhumanité de la situation prévalant à Calais. En outre, si l’on se reporte au « Livre de la Jungle », on peut constater que les personnages mis en scène sous des traits animaux reflètent la diversité de la condition humaine elle-même. Ne pourrait-on même aller jusqu’à imaginer que ce qu’a souhaité mettre en évidence l’auteure de cette très intéressante chronique pourrait se résumer en un terme lapidaire : « M’oublie » ?

  • Linglin

    Oui, j’ai été très déçu par les paroles de Mr Collomb à Calais.
    Sans attendre l’Etat une fois de plus, des citoyens peuvent se prendre en main partout, créer une association qui va se positionner en complément de l’existant pour assurer à des migrants tout ce qu’ils n’ont pas par ailleurs : accompagnement administratif, logement, complément financier, scolarisation, cours de Français, intégration dans la vie associative ou autre réseau, et bien sur recherche d’emploi, tout besoin utile sans verser dans l’assistanat. L’argent vient de donateurs privés (les membres de l’association surtout) et autorise un reçu fiscal. J’appartiens à une telle association, ça marche et on apprend en marchant. 5 familles accompagnées depuis un an.
    Petit calcul : Si un village de 1000 hab s’occupe d’une famille de 4 p. et que cela prenne deux ans avant de pouvoir passer à une autre famille, à l’échelle de la France cela donne 130 000 réfugiés par an accueillis dans de bonnes conditions et un million par an à l’échelle de l’Europe.

  • Beaugeard F.

    L’obtention des visas (obtaining visas on the outside of Europe) devrait se faire à l’extérieure de l’Europe (quotas), et les illégaux expulsés directement (contre aide aux développement aux pays d’origines, et aides aux camps de réfugiés limitrophes des zones de conflits). Comme cela, il n’aurait plus de noyés en Méditerranée….
    On les secourt et on les renvoie dans leur pays directement, car ils ne sont pas passe par la case visa (à l’extérieur de l’Europe, c’est à dire au consulat français, italien, grec, etc… de leur pays d’origine). En n’oubliant pas de prendre leur empreintes digitales, car en essayant de venir illégalement, ils perdront pour 10 ans leur droit de demande de visa pour l’Europe. S’ils reviennent ainsi, un an de prison devrait les dissuader. Beaucoup de pays appliquent ces mesures sans problèmes (sauf la dernière/ un temps plus court).

    C’est malheureux, mais nous n’avons pas le choix. Une déstabilisation de l’Europe (guerres civiles larvées ou néo-fascisme), une zone mondiale prospère et stable, ne profiterait à personne. Maintenant, cela aiderait peut être ces pays à régler eux-même leurs propres problèmes….

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