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Kaliningrad, fenêtre russe sur l’Europe

Peu de personnes connaissent finalement Kaliningrad, la petite fenêtre russe avec vue sur l’Europe. Un des 89 sujets de la Fédération de Russie, oblast perdu au sein de l’Union Européenne, cet ancien territoire de la Prusse orientale pendant 700 ans est devenu russe en 1945. Tout symbole du militarisme allemand fut soigneusement retiré.

Königsberg, ville renommée où le philosophe Emmanuel Kant repose, s’appelle à présent Kaliningrad d’après Mikhail Kalinine, président du Soviet suprême. La fin de l’URSS n’a pas gommé ce nom. Alors que Leningrad et Stalingrad ont disparu des cartes, Kaliningrad est restée Kaliningrad. En 1991, la population de cette « petite Russie » a souhaité garder le nom et reste attachée à Moscou. Sans aucune représentation diplomatique étrangère ni pouvoirs autonomes, Kaliningrad a l’apparence d’une terre russe typique. 78% de la population est russe, descendant bien souvent de militaires soviétiques et l’immigration est la même que celle de la Grande Russie.

La décision de rester Russe a été majeure pour ce territoire qui depuis connaît une position instable et peu enviable. En effet, pour rejoindre Kaliningrad depuis la Grande Russie, il faut passer deux frontières. Il y a plus de mille kilomètres pour atteindre Moscou ou Bruxelles. Le taux de chômage y est faible en comparaison des pays européens alentour, mais la qualité de vie à Kaliningrad est réduite, le PNB ne représente qu’1/40ème de celui de la moyenne européenne et la criminalité transfrontalière et les trafics d’armes, de drogue et de prostitution se développent et touchent bien entendu les voisins européens. Enfin, tout comme en Grande Russie, Kaliningrad connaît une recrudescence du Sida et de la tuberculose. Durant les années 90, la syphilis touchait 100 fois plus d’individus qu’en Allemagne.

Ce constat est encore plus alarmant dès qu’on aborde l’évolution récente de la position diplomatique de cette Petite Russie. Depuis l’entrée de la Lituanie au sein de l’Union Européenne en mai 2004, Kaliningrad est devenue une île russe encore plus isolée de la Grande Russie. Seule la Lituanie permet le trafic routier et ferré entre les deux Russie. Situation embarrassante à la fois pour l’Union Européenne (tourmentée entre la libre circulation des populations Russes et le respect des accords de Schengen) et pour la Russie (qui, éloignée géographiquement de Kaliningrad, espère éviter toute tentative de scission au sein de de l’oblast de Kaliningrad).

Le coût de la vie étant plus faible, les voisins européens en tirent des profits. Le « tourisme dit de l’essence » s’est développé au bénéfice des Polonais et Lituaniens. Le phénomène s’intensifie avec des situations assez surréalistes. Toute voiture polonaise peut traverser la frontière un nombre de fois illimité, donc, les familles polonaises peuvent venir à Kaliningrad plusieurs fois par jour, un parent le matin, un autre l’après-midi.

La crise ukrainienne n’a pas amélioré la situation de cet avant-poste russe. Souffrant de l’embargo de l’Union européenne notamment alimentaire, la Petite Russie s’est tournée vers son voisin biélorusse qui en a profité pour augmenter les prix.

Avec ce caractère de périphérie entre deux blocs aujourd’hui en froid, Kaliningrad connaît maintenant une situation peu souhaitable.  A la fois Russe, ne bénéficiant que de peu d’autonomie et enfermée au sein de l’Union Européenne, l’oblast passe pour être un territoire isolé.

Pourtant, Kaliningrad n’est pas seulement une enclave, elle est aussi un territoire avec des ressources peu exploitées.  Autrefois immense port militaire soviétique, la ville de Kaliningrad reste la deuxième flotte de pêche de toute la Russie. Le pétrole est exploité sur terre et sur mer. Les ressources en bois ne sont pas non plus négligeables lorsque l’Union européenne voit ses zones boisées réduites. Géographiquement, Kaliningrad est aussi un carrefour qui se doit de devenir incontournable.

Les états scandinaves et baltes se tournent peu à peu vers ce voisin petit mais russe. L’amélioration des relations entre l’Union européenne et la Russie est un objectif de longue durée et Kaliningrad a le devoir d’être le pont entre les deux parties. Historiquement Européen et aujourd’hui Russe, Kaliningrad doit devenir un solide carrefour des relations culturelles, économiques et commerciales. Les entreprises européennes doivent percevoir l’oblast comme un tremplin vers le marché intérieur russe. Les investissements européens auraient par conséquent tout intérêt de miser sur cette île russe qui souhaiterait tant devenir un « Hong-Kong sur la Baltique ».

brieuc.cudennec

        Brieuc Cudennec

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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