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La Première Guerre mondiale, une mémoire européenne

Le 11 novembre 1918 est connu comme le jour de la fin des combats de la Première Guerre mondiale celle qui fut espérée comme la Der des Ders. A 5H15 du matin dans le wagon spécial du Généralissime Foch, l’armistice est signé avec les autorités allemandes. Depuis, il est célébré chaque année en France et en Belgique par un jour de congé et de nombreuses cérémonies dans toutes les villes et villages qui ont majoritairement tous perdus un soldat. Commémorée d’une autre manière au Royaume-Uni ou encore en Italie, la Grande Guerre est restée jusqu’à nos jours un traumatisme européen.

Elle a vu les empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman s’effondrer. Une certaine suprématie européenne est tombée. Face à ce chaos, de multiples pays comme la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie ou encore les états baltes sont nés. Que reste-il de nos souvenirs de ce conflit que les Américains appelaient auparavant la « guerre européenne? Au fil des siècles, l’Europe fut le continent de tous les conflits. Religieux, expansionnistes ou encore idéologiques, ils ont dessiné et redessiné la carte européenne sans connaître une fin réelle des hostilités. Bien que présente au Moyen Orient, en Afrique noire ou encore dans le Pacifique, la guerre 14-18 est une guerre avant tout européenne.

Longue de 4 ans, elle a débuté à Sarajevo, elle s’est terminée dans la forêt de Compiègne. En plus du nombre immense de blessés, de destructions sur tous les fronts, plus de 9 millions d’Européens civils et militaires ont été tués (sur les 16 millions de morts au total). Son centenaire approche et pourtant la Première Guerre mondiale reste dans le paysage et dans les pensées. Dans toute l’Europe, il existe un nombre interminable de cimetières, de champs de batailles préservés et de mines et obus toujours intacts et de monuments aux morts. En France, il y a parfois le coq triomphant parfois la mère pleurant ses fils. En Allemagne, certaines statues ont le poing levé plein de vengeance suite au ‘diktat’ de Versailles. La mémoire doit être associée à l’identité. Le piège reste les crispations et des tensions qui peuvent apparaître et provoquer de vifs débats dans la société, voire déboucher sur une guerre des mémoires. Bien entendu, le génocide arménien reste d’actualité et sa non-reconnaissance par le gouvernement turc a été un des principaux motifs de son refus d’entrer dans l’Union européenne. L’intervention de nationalistes irlandais auprès des Britanniques, autrefois ignorée par la République d’Irlande, est peu à peu mise en valeur dans une optique de paix des identités avec le voisin anglais. Comme l’affirme le grand historien Hew Strachan, « nous devons faire plus que nous souvenir », cette Grande Guerre est un passé commun à de nombreuses nations européennes. L’occasion est par conséquent forte pour réaliser un projet en commun. Qu’en est-il en France et en Allemagne ?

L’histoire scolaire s’affirme comme un enjeu de compréhension du monde contemporain. Et que ce soit ici ou outre-Rhin, la question de la mémoire de la Grande Guerre est devenue de nos jours une préoccupation majeure. En Allemagne, les manuels scolaires offrent un enseignement de la Première guerre mondiale axé surtout sur la paix, le traité de Versailles et la fondation de la Ligue des Nations. Mais ce que remarque le chercheur Peter Carrier, c’est la tendance à ne pas nommer la nation allemande, « comme si la guerre lui avait légué une stigmatisation encore vive ». En France, on illustre les témoignages des poilus sur la vie quotidienne dans les tranchées ou bien le rôle des munitionnettes à l’arrière. Bien souvent, la célèbre photo de François Mitterrand et d’Helmut Kohl main dans la main à Verdun est illustrée afin de souligner qu’aujourd’hui c’est le temps de la paix et de l’union.
Alors que nous allons célébrer les 95 ans de l’Armistice et l’année prochaine les 100 ans du début du conflit, il paraît nécessaire à l’Europe de se fédérer au sein de sa propre mémoire. En 1918, cette notion d’union européenne était quasi-inexistante mais l’Europe du XXème siècle s’est construite sur des cendres. La création d’un Manuel franco-allemand venait de l’idée d’écrire une histoire commune mais fut rapidement critiquée notamment par l’historien polonais Wojciech Roszkowski qui rejette la focalisation de ce manuel sur le couple franco-allemand. En effet, les guerres mondiales n’ont pas été limitées à la zone Paris-Berlin. Pouvons-nous élargir notre champ de connaissances en soulignant qu’en 14-18, en Grèce, en Italie, que sur la mer Baltique, qu’à l’Est, les combats étaient tout aussi meurtriers qu’à Verdun ou dans la Somme? L’Allemagne a perpétré des crimes de guerre sur la population belge, les Austro-hongrois ont cantonné leurs prisonniers italiens dans des camps de travail épouvantables. Le rôle des troupes coloniales français, britanniques mais aussi allemandes est injustement oublié.

La création en 2012 de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale  qui prépare les commémorations du centenaire va dans le bon sens car elle tente de rassembler les mémoires plutôt que préférer certaines et exclure les autres. Une importante documentation est mise en place mais il est nécessaire d’aller plus loin. Bien que le gouvernement allemand n’ait prévu aucune commémoration nationale, chaque ville d’Europe, région, devrait s’organiser, collecter le plus de photographies, de souvenirs, d’effets personnels afin de rendre compte de l’ancrage de la guerre dans chaque foyer, dans chaque identité. Nous n’oublions pas certes la fin des combats mais souvenons-nous aussi de leurs origines. La conscience d’être européen se nourrit du partage de la monnaie, du commerce, des capitaux, du savoir mais aussi de la mémoire.

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Brieuc CUDENNEC

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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