Accueil » Actualités » Le casse-tête chinois du vote des Français de l’étranger aux élections européennes

Le casse-tête chinois du vote des Français de l’étranger aux élections européennes

 

Français établis hors de France, on vous le répète : aux urnes pour les européennes citoyens ! Aux urnes, certes… Mais lesquelles ? Où ? Comment ?

C’est là que le casse-tête français commence (pourquoi serait-il l’apanage des Asiatiques après tout ?), avec pour conséquence une brusque montée de tension chez nos 2 millions de compatriotes installés hors du territoire métropolitain.

Pour les scrutins nationaux, à l’exemple des européennes du 25 mai dernier, deux cas se présentent pour les Français de l’étranger.

1. Ils n’habitent pas dans un pays de l’Union européenne. Ils doivent :

S’inscrire sur la Liste Electorale Consulaire (LEC) auprès de l’ambassade ou du poste consulaire de leur pays de résidence… Mais il fallait le faire avant le dernier jour ouvrable de Décembre 2013

Voter « à l’urne » (au consulat de leur pays de résidence) pour un député européen français de la circonscription Ile de France

Voter personnellement en France s’ils sont inscrits auprès d’une « commune de rattachement » avant le 31 décembre 2013

Voter « par procuration » en France ou dans le pays de résidence

 2. Ils habitent dans un pays de l’Union européenne. Ils peuvent :

S’inscrire sur la liste électorale locale et voter pour un député local (exemple : un Français habitant en Allemagne peut voter pour le député européen allemand de son choix, dans sa circonscription)

OU

S’inscrire sur la LEC, sous les mêmes conditions que précédemment, et voter « à l’urne et / ou par procuration » pour un député européen français de la circonscription Ile de France. En résumé, nos compatriotes expatriés peuvent choisir de voter pour des députés d’Ile de France, des députés de leur région d’appartenance ou des députés de leur pays de résidence.

Il n’y a donc plus qu’à espérer qu’ils avaient tous anticipé 5 mois en avance, au minimum, le scrutin du 25 mai !

Notons également que la France n’autorise pas le vote par internet pour les élections européennes, contrairement à l’Italie ou à la Suisse… Question innocente : tous les ressortissants français établis hors de France habitent-ils près de l’ambassade ou du poste consulaire ? Tous les pays font-ils la taille du Luxembourg ?…

Enfin, pour avoir procuration, il faut que le mandant et le mandataire soient inscrits sur la même liste électorale avant le 31 décembre 2013, dans le cas des Français résidant dans l’UE, ou bien être inscrits sur la même LEC, dans le cas des Français résidant hors de l’UE.

On voudrait les décourager de voter qu’on ne ferait pas mieux…

Résultat : Le taux d’abstention des Français de l’étranger ne cesse d’augmenter pour ce type de scrutin, frôlant parfois les 80 % ! Et le 25 mai, seuls 10% de ces citoyens se sont déplacés pour voter en ambassade ou consulat.

Loin de se désintéresser de la politique européenne, la plupart d’entre eux peuvent se sentir « laissés de côté », incompris. Imaginez : vous vous sentez citoyen européen et voulez faire entendre votre voix, mais vous devez faire 400 kilomètres aller-retour pour aller voter ? Outre le coût temporel, il y a les frais d’essence, voire d’une nuit d’hôtel sur place…

Afin de remédier à cette situation dramatique, plusieurs sénateurs représentant les Français de l’étranger ont proposé une loi tendant à autoriser le vote par internet pour les scrutins nationaux. Examinée en Janvier dernier, cette loi a été appliquée pour l’élection des conseillers consulaires, mais pas pour celle des députés européens.

A l’heure où chacun s’interroge sur le désintérêt croissant des Français pour les enjeux européens, avec les résultats que l’on connaît, il est plus que temps de s’interroger sur la modalité des scrutins pour les ressortissants français de l’étranger ! Population investie pour son pays, qui se sent non seulement française mais, voire surtout, européenne, elle n’a pas les moyens matériels de pouvoir se faire entendre. A quand le vote électronique (qui fonctionne) pour les scrutins nationaux ?…

Sulena

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • CANDAU

    Bonjour,

    Même si le vote par internet semble séduisant, moderne, efficace. Il déroge totalement à la règle : un homme, un bulletin, un isoloir, un secret.
    En effet, il est impossible de s’assurer que, loin sur le réseau, le vote n’est pas collectif ou contraint.
    Il est également impossible de s’assurer que l’électeur ne réalise pas une copie afin de monnayer son vote.

    La procuration est le seul système permettant à des personnes, dans l’incapacité matérielle de voter, d’effectuer leur devoir citoyen.
    Il est nécessaire à l’évidence d’adapter la règle de la procuration.
    L’internet peut être efficace pour prouver l’existence d’une personne. La cryptologie des preuves d’existence peuvent et devraient être utilisés.

    Laissons à l’internet sa place de moyen de communication extraordinaire et gardons à l’esprit la règle d’une démocratie insoupçonnable : un homme, un bulletin, un isoloir, un secret.

    Cordialement
    Gilles

  • gerard v

    Etant moi-même un Français établi hors de France, je partage la pertinence de votre analyse. Toutefois, un exemple concomit

    • gerard vernier

      Etant moi-même un Français établi hors de France, je partage la pertinence de votre analyse. Toutefois, un exemple concomitant au scrutin qui s’est tenu ce dimanche en France appelle à la plus grande prudence. Il s’agit du vote électronique pratiqué en Belgique pour des élections à la fois régionales, nationales et européennes.
      Selon l

  • gerard vernier

    (Paradoxe: je rencontre moi-même un problème d’informatique mal maîtrisée !)
    Je reprends donc: selon la législation belge, le vote doit se clôturer en début d’après-midi. Or, à la suite d’une panne informatique, à 23 h ce dimanche, il manquait encore les résultats de plus de la moitié des bureaux bruxellois et environ 20% des bureaux wallons (en Flandre, il semble que ça ait mieux fonctionné !). Interrogés sur cet incident, les présidents du PS, des libéraux, des centristes et des écolos ont unanimement déclaré qu’ils étaient en faveur du retour généralisé au vote papier. Donc: priorité la fiabilité technique avant de franchir le grand pas que vous préconisez.

  • Stephanie

    Dans le calcul de l’abstention, est ce que vous avez un moyen de compter les résidents en Europe qui ont (comme moi en Écosse) voté pour des députés locaux? je pense avoir été comptée comme abstentionniste alors que ce n’est pas le cas.
    Nous avons récemment voté par internet pour les conseillers consulaires, et bien que je comprenne le côté pratique, je n’ai pas été emballée. Je n’ai pas eu l’impression de « voter » mais plus l’impression de taper des codes secrets en espérant arriver au bout de la procédure….. sur 5 ordinateurs à la maison, un seul nous a permis de voter, les autres ne marchaient pas malgré « un test de configuration » réussi….. je préfère le papier, même si je comprends que pour certains, c’est un peu loin d’aller au consultat.

x

A lire aussi

CCRen12

De la présidence Maltaise à la présidence Estonienne

Depuis le 1er juillet la présidence semestrielle de l’Union européenne est assurée ...