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Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à l'ouverture du sommet européen à Bruxelle jeudi 21 juin 2007 REUTERS/THIERRY ROGE

Le couple franco-allemand, moteur à explosion

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à l’ouverture du sommet européen à Bruxelle jeudi 21 juin 2007 REUTERS/THIERRY ROGE

 

On le voit depuis deux ans, la gouvernance européenne se réduit de plus en plus à un tête à tête Sarkozy – Merkel, qui sont couramment surnommés Merkozy. La Commission européenne a été fermement écartée des débats, au point que le discours volontariste de Barroso sur l’Etat de l’Union a été salué par des moqueries. Les Etats membres de l’Euro s’irritent de jouer les utilités, les pays candidats s’inquiètent de ne plus savoir dans quel espace économique ils s’engagent et quand la Grande-Bretagne souhaite pouvoir discuter de la réglementation financière de la zone Euro, Nicolas Sarkozy lui répond qu’il a perdu une bonne occasion de se taire (ça lui apprendra à ne pas mettre au pot de garantie, en même temps). Dans ce concert de grincements au Conseil de dimanche, l’Italie a été publiquement sermonnée en la personne de Silvio Berlusconi, appelé – pas moins ! – à présenter un nouveau plan économique mercredi.

Par contre, à chaque échéance, Merkozy se rencontre, détermine une position commune qui devient la position européenne, et c’es ainsi que la crise a été freinée très rapidement. Ou aurait pu, car le tandem ne tire pas dans la même direction. Il y a incompatibilité personnelle, sans doute, entre une Merkel un peu terne et un Sarkozy flamboyant. Une profonde différence de latitude politique, entre une allemande engoncée dans une majorité parlementaire rétive qui doit négocier chaque pas et un un français tout puissant en politique étrangère qui ne s’est pas encore donné la peine en deux ans d’expliquer son action européenne à qui que ce soit.

 

Les différences de fond sont énormes:

Angela Merkel, ou ses soutiens, craignent l’Europe fédérale dans les circonstances présentes parce qu’elle consisterait à demander aux allemands, coeur économique de l’Europe, de régler la facture de la crise sans mot dire sur la gouvernance future des pays qui reçoivent leurs financement. Il leur est ainsi politiquement inimaginable que la facture soit entièrement payées par les Etats (c’est à dire eux) et que les banques privées ne soient pas appelées à contribuer. Ils n’ont pas tort, disons le immédiatement, même si les déficits publics et privés du sud, dans une zone intégrée, sont nécessairement la conséquence des excédents du Nord. Et donc vu de France, les allemands cherchent de manière insupportable à conserver leurs excédents commerciaux sans participer au refinancement de ce système commercial.

 

Nicolas Sarkozy est président d’un pays intermédiaire entre le nord et le sud et donc un des noeuds de ce circuit de financement européen. Il s’inquiète donc que la participation des banques au festin des dettes ne fasse exploser le système bancaire européen (et français). Il a naturellement parfaitement raison sur le fond, mais comment pourrait-il être audible sur le sujet? Après avoir placé ses fidèles à la tête de banques qu’ils ont conduit à la faillite (NATIXIS, DEXIA), avoir été le seul en Europe à ne demander aucune contrepartie réelle à son aide aux banques, avoir été le chantre de la lutte contre le capitalisme crapuleux aux G20 mais ne pas avoir suivi l’Allemagne dans l’interdiction des ventes à découvert, comment serait-il écouté quand il demande la protection des banques? Surtout si il s’agit de faire racheter l’ensemble des titres pourris des banques européennes par la BCE, à prix d’ami et sans contrepartie …

 

Difficile donc d’arriver à un accord commun sur un plan d’action. Alors qu’il est désormais acquis pour tous que la Grèce ne remboursera pas ses dettes et que les fonds du FESF seront vidés par cet évènement( cf le rapport de la troïka), les menaces sur l’Italie font peser un risque d’éclatement du système. Tant que rien n’est décidé, il faut qu’elle règle ses problèmes seule, d’où l’humiliation publique de Silvio Berlusconi au Conseil de dimanche.

 

Dans ce contexte, l’indécision du couple franco-allemand est dramatique. Rappelons simplement que la dette grecque a presque doublé depuis 2008, en partie à cause des taux d’intérêts scandaleux qui lui sont imposés, ce qui n’était absolument pas nécessaire. Que la contagion italienne vient largement de l’absence de décision dans un sens ou dans l’autre. La situation en est au point que Merkel, qui considère avoir beaucoup rabattu sur ses positions initiales dans un contexte politique difficile pour elle, enrage de ne pas voir Sarkozy évoluer et annonce désormais quasi-pubiquement qu’elle attend son départ pour pouvoir reprendre le dialogue avec le gouvernement français.

 

En aura-t-elle le temps?

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • Bellenger Pierre

    Il n’y a pas de solution au problème tant que nous sous entêterons à coustruire l’Europe avec un système écponomique (la Pensée-Unique) qui est incompatible avec la Démocratie. Il faut au moins revenir au système économique d’avant Maastricht, ce que l’on appelait le « Capitalisme amendé ». Les états avaient encore la primauté du pouvoir, et tenait la Finance en respect. Hélas, tout les amis du Général de Gaulle ont trahi le Général pour adopter la Pensée-Unique. Et,par la suite le Parti Socialiste a abandonné sa valeur de base
    , la Primauté du Politique, pour adopter aussi la Pensée-Unique. On ne s’en remettra qu’en faisant machine arrière.
    Il faut donc reconquérir la Primauté du Politique, la consolider et reprendre toute la construction Européenne. Y a-t-il encore un citoyen pour comprendre ce langage ? Si non, c’est la fin de l’Europe.

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