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CC Joseph SARDIN

L’Europe et le jeu d’échecs catalans

 

 

À l’issue d’un simili-référendum, dont le taux de participation (42,3%) est le même que celui des élections européennes de 2014 (42,6%), les dirigeants européens ont quasi majoritairement choisi d’imiter les trois petits singes de la sagesse chinoise : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire… Cette attitude risque de se révéler un peu faiblarde au vu des derniers coups joués par chacun des deux camps ; une accélération du calendrier électoral côté madrilène et le déplacement par les Catalans de leur pièce maîtresse sur la case bruxelloise de l’échiquier. À cela s’ajoute le label « prisonnier politique» maintenant porté fièrement par l’ensemble des ministres du gouvernement catalan incarcérés, et la reddition dominicale quasi triomphale de M.Puigdemont dans un commissariat belge.

Combien de temps encore la Commission européenne restera-t-elle quasi muette face à la presse, refusant le moindre commentaire sur ce qui est devenu le sujet phare de l’actualité européenne ? La conférence de presse de Puigdemont à Bruxelles aura été l’événement de la semaine bruxelloise passée, dépassant en intensité et présence journalistique la dernière référence en date, celle de Barack Obama. En occupant la case Europe, le leader catalan réussi à reconquérir la une de la presse européenne. Un coup manifestement plus efficace que la reprise en main initiée par Mariano Rajoy sur le terrain catalan. Certes, la Commission européenne était bien dans son rôle en rappelant la « doctrine Prodi », selon laquelle un État né d’une sécession au sein de l’Union européenne ne serait pas automatiquement considéré comme membre de l’Union, mais serait, dans un premier temps, traité comme un pays tiers. Par contre, il est pour le moins étonnant de voir les présidents de la Commission et du Parlement européen – tous deux membres du Parti populaire européen comme M. Rajoy – faire preuve sur la question catalane d’un suivisme étroit au service d’un de leurs pairs. Ne faut-il pas craindre de voir l’Europe et ses dirigeants anticiper un scénario qui n’est pas encore tout à fait écrit ?

D’une part, l’hypothèse de voir les élections du 21 décembre 2017 confirmer le vote test d’octobre dernier ne saurait être écartée. Dans ce cas, il faudra se plier à l’article 49 des traités, qui stipule que « tout État européen qui respecte [ses] valeurs […] peut demander à devenir membre de l’Union ».

D’autre part, la justice belge, maintenant saisie du mandat d’arrêt européen lancé contre M. Puigdemont, va statuer sur le devenir de cet encombrant justiciable et de ses amis. Un avis indépendant qui s’imposera au gouvernement. Toute autre décision qu’un renvoi en Espagne sera de facto mise au crédit des nationalistes catalans et ne pourra qu’interpeller l’Europe sur la situation des ministres incarcérés en Espagne.

Sans préjuger de l’issue de cette partie d’échecs, un constat s’impose : une fois encore, le grand « chamboule tout » qui traverse nos démocraties occidentales depuis le Brexit dévoile l’aveuglement des élites en place face à leurs adversaires et leur incapacité à distinguer les menaces. Les trois petits singes…

Article initialement publié dans Témoignage chrétien du 9 novembre 2017

À propos de l'Auteur

Henri Lastenouse, Secrétaire général de Sauvons l’Europe

 

À propos Sauvons lEurope

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