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Lorenzo Consoli: « Au centre du problème, le dogme de la Bundesbank »

Que peut on espérer de l’Union bancaire décidée jeudi et vendredi dernier ? Notamment pour l’Espagne ?

 

Déjà, après le Conseil du 29 juin 2012, on croyait avoir compris que le deal sur le sauvetage des banques espagnoles passait par une recapitalisation directe des banques espagnoles.

Voilà qu’en septembre, trois ministres des finances de la zone euro (Allemagne Finlande et Pays Bas) reviennent sur ce que l’on croyait acquis en précisant que le dispositif valait pour le futur, pas le passé.

Mario Monti parle d’une politique de Pénélope –on défait la nuit ce que l’on a fait le jour.

Bon, le Nobel d’Economie pour l’UE, ce n’est donc pas pour demain !

Partons du dernier rapport du FMI et des commentaires de son économiste en chef Olivier Blanchard. Leur verdict est clair : les politiques d’austérité ont eu un impact sur la croissance trois fois plus grave que prévu.

Bien sûr, les Allemands –comme d’autres- ont raison sur bien des points sur la Grèce. Notamment sur le niveau de sa classe politique à la fois corrompue, et népotiste…

Mais nous nous sommes trompés d’objectif !

On a donné à la Grèce de l’argent pour qu’elle puisse rembourser ses dettes. Aujourd’hui, s’il y a de l’argent dans les caisses de l’Etat, il sert d’abord à rembourser les créditeurs. Une politique de croissance n’est pas la priorité demandée à la Grèce. Elle doit payer ses dettes.

Pour ce faire, l’intervention publique européenne pour convaincre les banques d’abandonner 50% de leurs créances a été très coûteuse pour le public. Elle a coûté 30 milliards d’euro au contribuable européen pour 100 milliards de réduction de dette privée…

Cherchez l’erreur….

Il y a un problème de capacité d’analyse.

Au centre du problème, le dogme de la Bundesbank que les marchés sont des bons juges et que les taux d’intérêt reflètent le juste jugement des marchés. A ce mythe de la confiance dans le fonctionnement harmonieux des marchés, tout a été sacrifié en Europe. Il y a de plus une coloration morale à cette théorie. Les Etats vertueux sont jugés sur leur vertu et les Etats vicieux pour leur vice.

Et s’il existe un différentiel entre le modèle théorique et les réalités grecques, portugaises ou irlandaises, c’est bien la réalité qui se trompe ! Ou alors justement, c’est faute de ne pas avoir administré la potion intégrale !

Si le seul problème était l’endettement des Etats, alors les USA et le Japon devraient être au bord du gouffre. La réalité de nos économies est beaucoup plus complexe…

Sans parler que les sociétés humaines n’obéissent pas aux même règles que les acteurs économiques privés. Pour rappel, le choix politique de Kohl de fonder la réunification allemande sur l’échange égalitaire d’un Mark de l’Est pour un Mark de l’Ouest.

L’Euro manque de leaders politiques à la hauteur du sens de l’histoire. Justement, le prix Nobel est un appel à ne pas oublier le sens du projet européen pour le court terme. Il peut servir à sonner l’urgence d’un retour à la dimension de l’histoire et à la primauté du politique

Avez vous une clef particulière pour comprendre la position si critiquée de l’Allemagne ?

Il ne faut pas sous estimer le poids et même la légitimité historique de la Bundesbank auprès de l’opinion publique allemande. Elle est égale voir bien supérieure à celle de la classe politique allemande.

Pour rappel, le président de la Bundesbank, pourtant nommé par Merkel n’a pas hésité à s’opposer seul aux décisions de la BCE, pourtant soutenues par le membre allemand de cette même BCE.

Cette peur des politiques allemands de se faire tacler devant leur propre opinion publique par la Bundesbank explique largement l’incohérence des positions allemandes, que certains en France qualifient même « d’écran de fumée ». D’un côté des grandes envolées fédéralistes et de l’autre un blocage au niveau des décisions concrètes à prendre au sein de l’Eurogroupe.

Quel rôle positif peut jouer la France dans ce contexte ?

Il existe en France un débat politico-économique très riche qui ose remettre les politiques économiques en question. Notamment sur le terrain du débat néo-keynésien. C’est aussi le cas dans certains cercles anglo-saxon.

L’espoir existe de voir ce même débat arriver au pouvoir en Allemagne et en Italie via la victoire de coalitions progressistes. La France porte donc un débat central sur la question du modèle économique et donc de Europe – C’est sans doute le vrai projet derrière l’élection de François Hollande.

Par ailleurs, si la France est difficile à réformer, c’est uniquement depuis la perspective de la Bundesbank ! Depuis deux siècles, la France est championne de l’auto-réforme via ses propres modèles. Il existe encore un sens de l’Etat, qui n’est qu’embryonnaire en Italie et inexistant en Grèce.

Enfin reconnaissons que les taux d’emprunt français traduisent bien la relation particulière France-Allemagne ! Rappelons nous qu’en 1992 la Bundesbank a décidé de ne sauver qu’une monnaie en Europe et c’était le Franc.

In fine, l’accord franco-allemand repose toujours sur le fait que l’Allemagne ne veut pas être seule en Europe, et la que France se voit t « leveredger » la puissance Allemagne via le projet Européen…

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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