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Lorenzo Consoli : « Keynes est de retour en Europe ! »

 

Lorenzo Consoli est le correspondant à Bruxelles de l’agence de presse italienne ASKANEWS et « visiting lecturer » à l’IHECS Bruxelles. Il est l’ancien président de l’association internationale de la presse à Bruxelles. Henri Lastenouse est secrétaire général de Sauvons l’Europe.

Comment faut-il comprendre la « souplesse » des récentes décisions de la Commission Européenne en matière de contrôles des budgets nationaux ?

La Commission commence de vider le pacte de stabilité de ses éléments les plus absurdes, qui en avaient fait un pacte d’austérité. C’est une accélération du virage de janvier 2015, quand elle avait introduit des clauses de flexibilité dans le pacte de stabilité. Cette décision est aussi en ligne avec celle prise en 2014 de sortir les investissements publics liés au plan Juncker du calcul des déficits publics.

Est-ce donc une révolution de palais à Bruxelles ?

Il faut souligner le rôle de Juncker qui répète qu’il faut tenir compte du contexte en Europe. Donc, aujourd’hui, pour réduire la dette, il faut pousser la croissance avec des politiques keynésiennes d’investissements publiques, c’est à dire le contraire de la réduction de la dépense publique à n’importe quel coût qui est l’obsession des politiques d’austérité

Cette décision est aussi dans la droite ligne du deal Juncker-Schulz passé suite aux élections européenne de 2014. La raison même pour laquelle la majorité des socialistes européens ont soutenu la commission Juncker, c’était bien sur la base d’un accord pour mettre fin à l’austérité.

Manifestement, le contexte politique européen commence à peser plus lourd que les marchés financiers ?

Comme le résume le premier ministre italien Matteo Renzi, pourquoi faire perdre les élections à des gouvernements « pro-européens » par des politiques économiques sans grands résultats pour mettre au pouvoir des gouvernements populistes et anti-européens ?

Par ailleurs, la question des déficits n’est plus la préoccupation n°1 de Madame Merkel, qui est maintenant plus occupée par la question des migrants et de la montée des populismes en Europe (et dans son propre pays…). Son agenda diverge maintenant des obsessions bien connues de Monsieur Schauble, de plus en plus autiste et résolu à nier les démonstrations même de la réalité.

Comment résumer ce nouvel état d’esprit ?

La gouvernance politique en Europe s’est trop longtemps identifiée à l’art de faire des économies, et non à celui d’utiliser l’argent pour l’intérêt public.

Nous en avons un exemple ici en Belgique avec la polémique sur le manque de moyens pour surveiller les islamistes qui avaient pourtant été signalés, avant de se faire sauter dans l’aéroport et dans le métro.

Il s’agit en fait d’un retour aux origines car – petit rappel historique – à l’origine, les fameux 3% de déficit/PNB venait du calcul de la moyenne européenne sur les derniers 20 ans des déficits publics destinés aux investissements productifs…

Dans ces conditions, quelle doit être la réaction des Européens à l’issue du référendum britannique ?

Dans les semaines à venir, le Brexit sera bien la seule actualité. Même en cas de vote positif, des problèmes vont surgir, car certains « ex pays de l’Est » voudront des arrangements individuels sur le modèle anglais. L’on risque de voir naître« de facto » une Europe à deux vitesses.

Mais, avant tout, l’Europe est face à une véritable crise de légitimité.

Même en Italie, un pays traditionnellement très favorable à l’intégration, le consensus vis-à-vis de l’Union Européenne est passé de 70% en 1994 et encore 60% en 2008, puis à 39-40% en 2012-13 et enfin à 27% aujourd’hui. Les italiens seraient 44% à souhaiter la tenue d’un référendum sur un possible Italixit » sur le modèle du Royaume Uni.

Les ministres des affaires étrangère des pays fondateurs se sont vus récemment pour préparer l’anniversaire du traité de Rome en 2017. Quelles pistes d’actions leur suggérer pour « remonter la pente » ?

Mon analyse est que certains en Europe, et particulièrement en Allemagne n’ont pas compris que parler de « plus d’intégration » aujourd’hui demande, au préalable, de se faire « pardonner » 8 ans de crise et d’austérité.

Après la crise « américaine » de 2008-2009 et ensuite plus de 6 ans de crise qu’elle s’est « infligée » à elle même, l’Europe apparaît comme une « cage » qui empêche la reprise en interne et qui reste ouverte à la « mauvaise mondialisation ».

Par « mauvaise mondialisation » j’entends celle des délocalisations, du dumping social, de l’évasion fiscale et de la financiarisation de l’économie…

Dernier exemple, en date, le TTIP qui risque de sacrifier le modèle européen de protection des consommateurs et de l’environnement ….

L’Europe doit trouver un nouvel équilibre entre « solidarité et contrainte ».

À propos Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire
  • jlcatalan

    et voici à nouveau Keynes mis à contribution pour accroitre la dépense publique!
    Puis-je rappeler que Keynes a valorisé la dépense publique (les grands travaux) pour réduire aux USA les effets de la crise de 1929,
    puis a conçu les accords dits de Bretton Wood en 1944, fondés sur les parités monétaires fixes et les monnaies indexées sur l’or.

    Aujourd’hui l’or n’est plus un index, les monnaies pratiquent la dévaluation compétitive, et les effets de la mondialisation s’exercent partout.
    Les grands travaux de 1929 étaient des investissements (barrages, voies, etc..) pas des dépenses de fonctionnement!

    L’investissement public , Etat et collectivités, participe à la croissance.
    La partie des dépenses publiques qui finance le fonctionnement est un tueur de croissance.

    Dans l’acception socialiste, les dépenses publiques sont « keynesiennes » donc vertueuses, ce qui est un contre-sens économique.
    Le plan Junker doit concerner les investissements, donc induire le retour sur investissements, certainement pas financer le puits sans fond des strates administratives.

    Si les adorateurs de Keynes lisaient les livres au lieu de contempler les couvertures (…) ils gagneraient en pertinence et réaliseraient la réalité économique au lieu de la travestir.

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