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Non, M. Tusk, le problème, ce n’est pas l’euro-enthousiasme, mais les mensonges nationalistes

Le 30 mai, à la veille du référendum britannique, M. Tusk, Président du Conseil européen, a publié un discours surprenant lors d’une célébration anniversaire du PPE. Il semblait juste découvrir l’euroscepticisme et, ce qui est plus fort, tenir « l’euro-enthousiasme» pour cause en quelque sorte liée au vote britannique (alors imminent) en faveur de la sortie de l’UE. Les visions d’une Europe fédérale constituant une fausse approche au risque de dislocation et devant être étouffées.

Nous sommes aujourd’hui responsables d’opposer à la réalité toutes sortes d’utopies. Une utopie d’Europe sans les Etats-nations, une utopie d’Europe sans intérêts et ambitions contradictoires, une utopie d’Europe imposant ses propres valeurs au monde extérieur. […] Obsédés par la notion d’intégration instantanée et complète, nous n’avons pas remarqué que les gens ordinaires, les citoyens de l’Europe ne partagent pas notre Euro-enthousiasme.

M. Tusk défendait ainsi la cause de l’« euro-réalisme », comme on dit, sans s’apercevoir que cela pourrait avoir ouvert la voie à une Europe défensive qui prend les décisions à huis clos, multiplie les réunions en promettant chaque fois une percée décisive qui s’avère être trop peu trop tard. Une Europe sans vision qui, malheureusement, ne parvient pas vraiment à protéger ses États membres. La crise grecque a été un exercice douloureux de pédagogie négative sur l’Europe. Sans oublier les populations qui sont au régime depuis si longtemps qu’on oublie depuis quand cela dure exactement.

Une version de l’Europe qui se contente souvent de proposer toujours la même chose et qui se dérobe devant des solutions de bon sens comme une politique budgétaire européenne permettant à l’UE d’investir massivement, comme il se doit lorsque les économies sont déprimées; une politique migratoire européenne juste pour définir des solutions durables pour le partage du « fardeau »; une véritable coordination des marchés du travail ou des politiques fiscales, entre autres, pour mettre un terme à la concurrence dévastatrice entre les territoires qui revient à « une course vers l’abîme ». Cela est une Europe fondée sur des accords entre les gouvernements nationaux où l’unanimité bloque en fait tout progrès de politiques clés telles que la fiscalité et les affaires sociales.

Cette Europe intergouvernementale flatte en fait les critiques de l’Europe qui se sont exprimés au Royaume-Uni, confusément, avec d’autres qui ont tout simplement joué dans un combat de politique intérieure. Se servir de l’Europe comme d’un pion dans une lutte consanguine pour le pouvoir menée par des politiciens égoïstes s’est révélé être un jeu perdant, même si le vrai prix à payer ne sera connu que plus tard. Nous ne devons pas continuer la même erreur de faire de l’Europe l’otage des débats nationaux.

La montée actuelle du nationalisme est suicidaire: l’Europe est confrontée à des défis majeurs qu’aucun pays ne peut résoudre seul. L’UE par ailleurs peine à trouver des outils pour faire face efficacement à ces défis et est souvent bloquée par les gouvernements nationaux dans des domaines aussi importants que la politique budgétaire, la politique étrangère, la gestion des frontières extérieures. Les nonistes sont à l’avant-garde depuis un certain temps sans offrir grand-chose. Cela engendre de la frustration et du ressentiment parmi les populations à qui on dit, dans certains cas, que cela est la faute de  » Bruxelles « . Mais flatter ces frustrations est un jeu très dangereux, comme le référendum britannique vient de démontrer.

Nous voulons au contraire une Union européenne qui répond aux besoins des personnes en prenant des mesures décisives pour établir une Union bancaire (limitant les risques de contagion pour l’avenir, sinon pour le passé, hélas), en adoptant des solutions viables (même si elles sont impopulaires auprès de certains gouvernements) pour gérer réellement la migration, en proposant d’améliorer la gouvernance de la zone euro. Nous attendons avec impatience une révision du cadre financier pluriannuel, dans la crainte, parce que cela a toujours été l’occasion de psychodrames majeurs parmi les États membres. Nous détestons vraiment être les spectateurs de ces combats acharnées entre les gouvernements. Mais il y a des besoins criants …

Le temps est un facteur essentiel. Ce n’est pas vraiment le moment de célébrer « le soixantième anniversaire du Traité de Rome ». Les atermoiements ne sont plus une option. L’heure est à l’action. Il faut clairement une Union fédérale dotée de forces de sécurité extérieure et de défense propres, de protection sociale permettant d’égaliser les conditions dans l’UE, pour le bien de tous les pays, et d’une politique économique de bon sens soutenue par de véritables partis européens et par un Parlement européen vraiment et pleinement associé pour le bien de la démocratie.

Soyons clairs: l’Union européenne n’a pas vocation à être sans États-nations ni sans intérêts et ambitions contradictoires, ni même « une utopie imposant ses propres valeurs au monde extérieur ». L’UE ne vise pas à supprimer les intérêts nationaux mais à organiser leur confrontation pour le bien commun et pour cela, il lui faut un honnête courtier. Tel est le rôle de la Commission européenne, comme l’ont souhaité les « anciens » qui, à la lumière de l’expérience historique, ont tourné le dos aux visions internationales dépassées. Nous ne pouvons pas revenir à la Société des Nations qui a fait faillite si tristement entre les deux guerres mondiales. Si nous voulons relever les défis d’un monde globalisé, un meilleur partage de la souveraineté est nécessaire, pas un retour aux souverainetés nationales.

Une utopie de l’Europe, c’est une vision de bon sens où les décisions sont prises sous contrôle démocratique ordinaire, où les règles économiques sont destinées à assurer le bien-être des peuples, et sont décidées selon un double principe de souveraineté partagée, par une assemblée des États membres et une assemblée représentant les citoyens. Ceci est vraiment la démocratie traditionnelle et le meilleur système à ce jour pour assurer que les politiques sont justes et efficaces. Il faudra peut-être du temps pour construire une « Union toujours plus étroite », mais personne ne doit renoncer à cette vision. Les débats sémantiques, fédération ou non, n’y ont pas leur place.

Julie Chicotte

 

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