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Pediga, es reicht ! Pediga ça suffit !

Deux mois de progression de Pediga

Pendant le dernier trimestre un vent mauvais s’est levé à Dresde avec les initiatives de Pédiga, littéralement « les patriotes européens contre l’islamisation de l’occident » : ils appellent à manifester tous les lundis (participation en progression jusqu’à 18.000 personnes le 5 janvier). Ils imitent, en le dénaturant, les rassemblements qui ont précédé la chute du mur dans l’ex RDA, et reprennent même leur slogan « nous sommes le peuple »… Mais de quel peuple parle-t-il ? faut-il leur rétorquer… Pédiga tente d’essaimer vers d’autres lieux en Allemagne et nous verrons plus loin, mais pas du tout avec le même « succès ». Si l’extrême-droite est évidemment bien représentée parmi les meneurs, il faut reconnaître qu’ils entraînent des gens (en majorité des hommes, pour la plupart retraités, mais aussi des très jeunes), tous tentés, comme dans d’autres pays européens, par le repli sur soi, le rejet de l’étranger et des élites politiques et intellectuelles, bref un mélange de populisme et de racisme bien connu en France avec le FN. Ce n’est pas par hasard si l’est de l’Allemagne est plus touché : plus de problème économique, une réflexion sur le passé occultée par l’ex RDA et une découverte récente du multiculturalisme. Mais là aussi les contre-feux sont mis, par exemple à Rostock où les anti-Pediga étaient plus nombreux et même depuis peu à Dresde où le 10 janvier les anti étaient 35.000 décuplant les premiers opposants du 5 janvier (3.000).

Les eurosceptiques tentés par le soutien à Pediga

Comment se positionnent les eurosceptiques de l’AFD (Alternativ für Deutschland), nouveau parti politique type « droite dure », créé notamment par un économiste, un ancien responsable du patronat et un dissident conservateur ? Ces souverainistes, qui prônent le retour au mark, avaient échoué à franchir en 2013 la barre des 5% nécessaires pour entrer au Bundestag ; ils ont atteint 7% aux élections européennes de 2014. Leurs revendications semblaient plus économiques que culturelles. Ils se divisent par rapport à Pédiga et aussi pour des questions de leadership. Après avoir soutenu le mouvement anti-immigration, ils semblent aux dernières nouvelles prendre davantage leurs distances ? Sans doute la réprobation qu’engendre Pediga et les contre-manifestations n’y sont pas pour rien…

Une réflexion : est-ce que, compte tenu de l’histoire de l’Europe, tout mouvement de repli sur les états nations, invoqués pour des raisons économiques ou autres, ne conduit pas irrésistiblement vers le refus de la différence et de l’étranger?

La riposte citoyenne s’organise

Devant la montée en nombre de Pediga, de nombreux citoyens allemands ont évalué le danger et commencent à réagir fortement en ce début d’année 2015 ; des appels ont été lancés pendant la période des fêtes, d’abord par des associations locales, suivis d’appels nationaux de diverses personnalités connues. Angela Merkel a clairement mis en garde ses concitoyens contre Pediga dans ses vœux traditionnels à la TV pour la nouvelle année. Le lundi 5 janvier, qui a vu des manifestations opposées à Pediga se développer dans les grandes villes (Cologne, voir ci-dessous, Münster, Stüttgart, Berlin, Hambourg …), marque un tournant.

Vivant à la fois à Paris et Cologne, où travaille mon épouse allemande, je suis fier de m’y être associé à la manifestation contre Pediga qui s’est tenue dans cette ville et peux vous la raconter. Trois associations locales, venues de la société civile, d’artistes ou du secteur social, par exemple l’association « Köln stellt sich quer » (Cologne se met en travers), appelaient à manifester contre « Ködiga » (avatar local de Pediga). Une soixantaine d’organisations diverses ont suivi l’appel, les syndicats comme Verdi ou I.G. Metal, les partis politiques (SPD, CDU, Grünen, Linke,…), des associations culturelles et sociales et surtout de nombreux citoyens venus individuellement avec leurs pancartes et slogan appelant à l’ouverture au monde et à l’accueil des réfugiés. Le maire SPD de Cologne s’était joint à l’appel. Les associations organisatrices nous avait invité à nous regrouper en trois points, entre la gare de Deutz (quartier côté rive droite du Rhin) et le Dom (cathédrale de Cologne sur la rive gauche), c’est à dire le parcours que devait emprunter Ködiga. Sans compter ceux qui étaient aux deux autres points, nous nous sommes retrouvés 10.000 contre manifestants sur la place de Deutz, faisant face aux 300 manifestants de Ködiga, avec autour un grand nombre de policiers. De fait, comme dit le Kölner Stadt-Anzeiger dans ses colonnes (Ködiga bleibt in Deutz – Ködiga est resté coincé à Deutz), les xénophobes ont été immobilisés par notre présence massive et ainsi contraints de renoncer à leur marche : une première victoire et tout un symbole ! Le lendemain ils ont d’ailleurs annoncé leur intention de privilégier la prochaine fois la ville voisine de Düsseldorf. Aux dernières nouvelles ils devraient y rencontrer le même accueil glacial, les citoyens ayant annoncé dans le Westdeutsch Zeitung qu’ils se mobiliseraient tout autant contre Dügida, autre avatar local de Pediga…

En ce 5 janvier il faisait bien froid et, après être sûr que Ködiga ne défilerait pas, nous avons tous marché vers l’autre rive du Rhin… nous avons été bien contents de trouver sur Heumarkt, dans les derniers kiosques du marché de Noël, sur Altermark, un bon vin chaud !

Cologne ville ouverte s’opposant à l’extrême droite

Signalons l’autre mot d’ordre original qu’avaient fait circuler à Cologne les organisateurs de notre contre-manifestation du 5 janvier: éteindre les lumières des immeubles et édifices publics au passage de Ködiga. Même si ceux-ci n’ont pas pu défiler, le Dom a symboliquement été plongé dans le noir ce lundi soir, les responsables religieux de toute obédience ayant tenu à marquer leur opposition à la stigmatisation des musulmans.

Rappelons que la construction d’une des plus grandes mosquées d’Europe s’achève à Cologne ; la ville tient à son image de ville ouverte ; nous avions déjà eu à nous opposer à « Pro Köln », un parti politique local qui s’opposait à cette construction. Rappelons enfin qu’en juin dernier, à Mulheim autre quartier de Cologne, s’est tenue une fête interculturelle germano-turque, nommé Birlikte (Ensemble), organisée par la mairie et les grandes associations culturelles de Cologne, avec la participation de musiciens très connus et du président de la République Joachim Gauck. C’était en souvenir des 10 ans d’un attentat anti-musulman, connu sous le nom d’attentat de Keupstrasse, qui avait provoqué des dizaines de blessés et est attribué à un groupuscule néonazi (NSU). Leur procès est en cours ; on leur attribue aussi l’assassinat en 2007 assassiné d’une policière à Heilbronn.

Les luttes contre Pediga et les attentats en France se rejoignent

Depuis ce 5 janvier 2015 sont intervenus les événements dramatiques en France contre Charlie Hebdo et dans le super marché de la Porte de Vincennes. Ces événements ont suscité une grande émotion en Allemagne et ont été suivis en direct par les grandes chaînes TV publiques et par les journaux reprenant le « Je suis Charlie » (un d’eux a d’ailleurs subi à Hambourg une tentative d’incendie ce 10 janvier); ces chaînes TV et des journaux ont reproduits les caricatures de Charlie et fait les portraits de nos dessinateurs Charb, Cabu etc. morts pour la liberté d’expression.

C’est le moment de rappeler que la lutte, en Allemagne et en France, contre Pediga et pour Charlie, pour la liberté d’expression, contre l’antisémitisme (Cf. les 4 juifs assassinées dans le supermarché) et les actes anti-musulmans, sont les deux faces d’un même combat. Sauvons l’Europe combat l’intolérance et les fanatismes,  car les extrémismes des uns et des autres alimentent les tensions de façon symétrique.

Mais nous sommes optimistes : l’immense mobilisation citoyenne en France, dont les 10 et 11 janvier sont l’apothéose, ne fera que renforcer la détermination des citoyens allemands à éteindre le feu qui s’est allumé à Dresde. La manifestation du 10 à Dresde en faveur du multiculturalisme a déjà connu un nouvel élan à la lutte contre la xénophobie; on y a vu aussi fleurir les pancartes « Je suis Charlie », comme le 11 à Berlin, Stuttgart et dans d’autres regroupements en Allemagne, en écho à ce qui se passe en France.

Les Pediga veulent bien sût prendre prétexte des attentats en France pour agiter le spectre de « l’invasion musulmane », à la manière du FN en France. Il va falloir continuer de se mobiliser, à Cologne et ailleurs, contre la xénophobie et pour l’accueil des immigrés et réfugiés (l’Allemagne accueille d’ailleurs plus de syriens que la France). Faisons confiance à nos amis allemands, impressionnés comme nous-même par le sursaut citoyen français (la chaîne de télévision ZDF qualifiait le 11 au soir Paris de capitale de la solidarité pour l’Europe !), pour prendre d’autres initiatives. L’Allemagne, la France et l’Europe ont les ressources suffisantes pour défendre leurs valeurs communes et leurs systèmes démocratiques, il faut simplement savoir les mobiliser.

Et pour ce qui concerne mon épouse et moi, après Cologne, nous avons marché à Paris entre République et Nation ce 11 janvier, une seconde fois durant cette semaine folle.

Guy Morvan le 12 janvier 2015

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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