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Elections en Pologne : bérézina de la gauche et PIS quoi encore ?

C’est donc une forte réussite électorale pour le PIS, parti pudiquement qualifié de conservateur, en Pologne. Il est arrivé largement en tête devant la droite libérale du PO, au pouvoir depuis 10 ans alors que la gauche sera absente du Parlement. Pourquoi ? Après tout, la Pologne est relativement épargnée par la crise et continue à être en croissance, le déficit public n’a pas explosé et le pays ne devrait donc pas être secoué par une vague de refus de l’austérité alors que celle-ci, toutes proportions gardées, a été limitée.

Bien sûr, la droite libérale au pouvoir s’est décrédibilisée, à force de scandales. Et bien sûr il existe un fort mécontentement devant la montée de la précarité pour les plus jeunes, qui continuent à quitter le pays petit à petit. Mais on aurait pu attendre que la gauche recueille en partie ce mécontentement, comme au sud de l’Europe. Point. Le sujet n’est pas seulement sa division ou le spectre communiste qui plane encore, mais la question européenne. Les partis de gauche sont pro-européens, et la crise des migrants vient se surimposer à un certain creusement des inégalités malgré la croissance, inégalités que le PIS a réussi à attribuer à l’Europe.

Il y aurait pourtant à dire. On évoque souvent les aides européennes, près de 15 milliards d’euros par an soit plus de 10% du budget national. On évoque également l’aide diplomatique face à la Russie. On évoque encore la capacité des Polonais à aller travailler librement ailleurs en Europe. Rien n’y fait. la peur et la colère de voir Bruxelles dicter l’arrivée de migrants recouvrent tout, qui plus est avec le sentiment d’une perte d’efficacité du modèle social. L’Europe en est-elle responsable ? Ou bien est-ce la transition vers une économie de services en cours, alors même que la base industrielle n’a pas été abandonnée? La souffrance des campagnes, malgré les fonds de la PAC, malgré l’excédent agricole de la Pologne envers le reste de l’Europe ? Et pour voir plus large, il suffit de regarder l’Ukraine, relativement proche économiquement et socialement de la Pologne à l’écroulement de l’URSS pour se convaincre. La volonté des Ukrainiens de se rapprocher de l’Europe tient à ce qu’ils se comparent à la Pologne.

La Pologne est en train de devenir une économie moderne, convergeant vers l’Europe de l’ouest. elle découvre les problèmes qui sont les nôtres, avec une plus grande faiblesse des taux de productivité. Et ce ne sont pas des ultra-conservateurs qui l’aideront, mais il serait peut être temps de bâtir une gauche solide en Pologne.

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • Burlet Roger

    La peur! La peur instrumentalisée, la peur de l’autre consciencieusement travaillée par la droite et l’Eglise, la peur de la revanche de Poitiers, la peur qu’une religion chasse l’autre, la peur cultivée grâce à la pression catholique, cette peur nous conduira tous, nous Européens, au désastre.
    La Pologne se replie sur elle-même, la Hongrie aussi… Que fait le Vatican? François approuve-t-il ces replis? Veut-il sa Saint-Barthélemy des urnes?
    Quand sortirons-nous de la politique dictée par les fois?
    Quand deviendrons-nous adultes?

    • La peur de l’islam est certainement une des principales causes de ce vote. Mais il est injuste d’accuser l’Église d’être derrière ce vote. Certes l’Église polonaise est rétro et tradi en diable – si je puis dire – mais le refus des immigrés musulmans monte partout, et pas seulement en Pologne: en Hongrie, en Slovaquie, où l’Église n’a pas le 1/100e de l’influence qu’elle a en Pologne, c’est aussi un refus massif de ces immigrés. Et il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que le Pape François a été le premier à dénoncer le sort réservé aux immigrés en se rendant à Lampedusa, deux ans avant que la photo du petit Aidan bouleverse les consciences en Europe. Quant à la France, la montée du refus de l’immigration ne touche pas que les catholiques, très loin de là et au contraire.

  • Depauw

    Mais l’Europe est aussi et surtout de droite ! Elle a étouffé la Grèce progressiste, elle tolère les discours et agissements hongrois, elle a choisi un président luxembourgeois défenseur en son temps de son paradis fiscal … et aujourd’hui elle baissera culotte devant le gouvernement polonais !

  • Jean-Paul

    On se demande bien pourquoi la Pologne a peur de « l’immigration musulmane ». Elle a accueilli à peine quelques milliers de réfugiés syriens, dont elle n’est même pas la destination, et ses frontières ne sont pas assiégées comme c’est le cas pour la Croatie par exemple. Je pense que les scandales ont d’avantage joué un rôle pour discréditer le PO.

    • Sauvons l’Europe

      Oui, les scandales ont joué en « négatif », mais une partie de l’adhésion au PIS est sur un terreau anti-européen, que le sujet des migrants a très fortement nourri.

  • Dughera

    La majorité des Polonais ne connaît pas la solidarité. Pourquoi continuerions nous a être solidaires de ces gens la ? Qu’on les sorte de l’Europe eux et leurs émules fascistes hongrois ! Et qu’on reserve les fonds structurels aux pays qui sont dans une logique de valeurs partagées et vraiement europ hiles
    L’instrumentalisation de l’Europe par les adeptes du tout marche assez dure
    Oui a l’écosse non a l’Angleterre !

  • gerard vernier

    Attention de ne pas généraliser certaines déviances sous des étiquettes superficiellement apposées: ne négligeons donc pas les catholiques sans christianisme… ils sont loin d’être une minorité ! Christine Boutin en est un exemple éloquent.

  • Serge Collard

    Je suis toujours sidéré des commentaires qui se formulent au départ d’un fait politique! Dans la hiérarchie des « valeurs », l’Europe et tous les citoyens devraient placer la DEMOCRATIE en tête de liste. Dès lors qu’un peuple ne vote pas comme certains l’espèrent, il est traité de tous les maux (manipulé, fascisant, peu solidaire, crypto-catho, etc…)!
    Il serait temps de réfléchir rationnellement aux questions suivantes:
    1″n’y a t’il aucun problème ni économique ni social à accueillir un ou deux millions de réfugiés, à court, moyen et à long terme? »
    2″l’impact sur nos sociétés de l’arrivée massive de musulmans sera-t-il nul? En est-on certain? »

    Doit-on considérer que 20 millions de Polonais, ajoutés aux 10 millions de Suisses et autant de Hongrois et …..autres français ne sont autres qu’un ramassis de débiles qu’il conviendrait de rééduquer afin qu’ils votent « correctement »!
    Cette démarche de rééducation, Lénine et après lui Staline l’ont mise en place…..car eux seuls savaient ce qui était bon pour le peuple

    • Sauvons l’Europe

      La démocratie n’abolit pas la critique. Un peuple qui élirait des fascistes (ce n’est pas le cas du PIS) émet un vote fasciste. Le dire n’est pas critiquer la démocratie. Je suis toujours très étonné au contraire de cette idée que le peuple a par définition toujours raison quand il s’est exprimé. Il a décidé, ça ne signifie pas qu’il ait « raison » ou « tort » ou que ce vote soit conforme aux valeurs que nous défendons ou pas. Disons simplement que pour l’instant le peuple polonais est pour la solidarité quand il al reçoit.

      Arthur Colin

      • Serge Collard

        Excellente réflexion! Je n’avais pas perçu que le peuple, par son vote pouvait ne pas avoir raison….. par définition!
        Rien de tel que quelques camps de rééducation pour lui faire entendre raison!
        A mon avis, ce serait la solution car (entre nous) les médias tant audiovisuels que la presse écrite ne semblent pas obtenir une inflexion d’une opinion publique largement hostile à l’arrivée des réfugiés malgré une débauche d’articles et d’émissions basés sur l’émotion et des contre vérités!

    • Sauvons l’Europe

      Message de Serge Collard bouffé par la technique:
      Excellente réflexion! Je n’avais pas perçu que le peuple, par son vote pouvait ne pas avoir raison….. par définition!
      Rien de tel que quelques camps de rééducation pour lui faire entendre raison!
      A mon avis, ce serait la solution car (entre nous) les médias tant audiovisuels que la presse écrite ne semblent pas obtenir une inflexion d’une opinion publique largement hostile à l’arrivée des réfugiés malgré une débauche d’articles et d’émissions basés sur l’émotion et des contre vérités!

    • Sauvons l’Europe

      Je ne suis pas certain de comprendre votre insistance sur les camps de rééducation? On voit que vous n’avez jamais vécu sous une dictature…

      Quant aux réfugiés, la question est d’abord matérielle. Ils arrivent que nous le voulions ou non, parce qu’ils fuient une guerre. Le sujet est de savoir comment nous faisons face à la situation.

  • Danielle Foucaut

    Je vous signale que l’on a eu des élections au Portugal où j’habite, mais que personne n’en parle alors que les 52% que représentent les trois partis de gauche se sont vu presque muselés par la coalitiion majoritaire de droite… Mais il y aura motion de censure et tout est à recommencer. La faute au Préseident de lamRépublique qui défend bec et ongles son parti (PSD).

    Pourriez-vous faire de l’information à ce sujet. Bientôt l’Espagne va voter… Ça bouge là aussi

    • Sauvons l’Europe

      Oui, nous allons en parler !

  • B. Zenski

    Sauvons l’Europe comme une certaine gauche démocratique et sociale devrait faire une analyse fouillée des programmes politiques de ces partis euro-sceptiques et des droites conservatrices qui commencent à sévir partout en Europe pour en démontrer le caractère fondamentalement anachronique et rétrograde y compris sur le plan économique et social et pour y identifier le fond profondément démagogique et réactionnaire. Il y a bien des contradictions à mettre en évidence en particulier dans le cas de la Pologne (forte émigration à l’étranger dans le passé versus replis sur soi actuel). Le rôle d’une certaine presse nationaliste et catholique est à dénoncer aussi comme l’influence de certains groupes de pression de l’ultra-droite activiste. Il y a des journalistes bien informés qui peuvent faire ce genre d’analyse et aider à nous apporter des arguments politiques convaincants et … percutants de nature à confondre ces adversaires en Europe.

  • Dominique Mareau

    Comme très bien dit plus haut, beaucoup sont pour la solidarité mais seulement dans le sens de leur bénéfice.

    L’Europe est encore en construction et donc ce n’est pas son aboutissement qu’il faut critiquer mais son évolution.

    Cette évolution se fait en fonction des majorités consolidées. Actuellement l’Europe est plutôt à droite. Mais il faut faire attention aux valeurs absolues. Il faut voir que la droite européenne est relativement plus à gauche que la droite américaine et globalement plus humaine que la droite régnant sur les grands continents.

    Je suis plutôt à gauche mais je pense que la bonne gestion de la politique doit être le résultat d’une dualité équilibrée. La symétrie est mère de sagesse.

    Pour défendre nos avancées sociétales, il faut remplacer nos pulsions primaires (rejeter l’autre) par l’union européenne renforcée.

    Cependant, pour ce faire, il conviendrait de revoir la dynamique de l’ensemble. Les règles sont bien connues : quantité = inertie. La solution vient d’elle même.

    Proposer un renforcement démocratique en fédérant plus. Matérialiser la réticence des pays de l’est (ou autres) par un statut de « moindre participation ». Ce statut fera que les pays réticents couteront moins cher à l’Europe. C’est juste un comportement responsable. On a pas besoin de frein mais de moteur, pour avancer !

    En gros, faire une Europe fédérale à 10 ou 12 avec une participation édulcorée, proposée aux pays réticents. Une telle Europe serait plus dynamique et son PIB consolidé serait le plus élevé du monde.

    Quand je dis que le côté « humain » est plus respecté en Europe, cela ne veut pas dire que nous sommes meilleurs. Cela veut juste dire que c’est la situation actuelle, inscrite dans les grands mouvements historiques du monde.

    L’évolution des humains sur cette petite planète va dans le sens du renforcement des échanges. Faire des murs n’y changera rien. Alors groupons nous et défendons nos points de vue communs qui sont, en Europe, relativement proches en regard de ceux des autres continents.

    Le mieux possible se fera dans une confrontation politique. Son absence (en regardant ailleurs) amènera forcément une confrontation guerrière.

  • double pensée bourgeois-bohême

    Quand le jobard de la politique burlesque sortira-t-il de chez lui sans avoir les foies? Car vous verrouillez bien la porte derrière vous, quand vous quittez votre domicile, Roger (?)
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    Ah «la peur! La peur instrumentalisée, la peur de l’autre consciencieusement travaillée» par cet esprit petit-bourgeois-bohême d’une fausse gauche (ou la vraie?) qui est si généreuse de l’ouverture d’autrui, à l’étranger, mais applaudit à toutes les lois de surveillance & Renseignement…

  • le « progressisme » est maintenant à droite,depuis que le socialisme est devenu « conservateur »

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