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UE : pour un imaginaire démocratique commun

Un bras de fer est engagé entre l’Union européenne et le gouvernement polonais « souverainiste » qui a décidé de contrôler les médias et la justice. Mais si l’UE doit garantir la paix, elle doit aussi défendre la démocratie.

Le gouvernement polonais ne peut-il pas mener la politique qu’il souhaite ?

Le gouvernement polonais est issu d’élections démocratiques. Mais ce n’est pas une raison pour qu’il fasse ce qu’il veut, surtout quand il a été désigné sur des promesses de lutte contre l’ingérence du gouvernement dans les postes. Les juges aussi ont une légitimité à appliquer les textes législatifs, votés par le parlement, mais aussi les traités internationaux que la Pologne a accepté. Dans une démocratie, le gouvernement n’est pas le seul dépositaire du pouvoir démocratique.

On rappelle souvent que l’Europe a été créée pour garantir la paix. C’est exact mais il ne faut pas oublier que la défense de la démocratie est aussi un des fondements de l’UE. Dès qu’ils sont sortis de la dictature, des pays comme l’Espagne, le Portugal et la Grèce sont entrés dans la CEE. Il en fut de même pour les pays de l’Est après la chute de l’Union soviétique.

Le pouvoir polonais est-il prêt à engager une confrontation avec l’Union européenne ?

L’Union européenne est déjà en crise avec la Hongrie de Viktor Orban ou la Slovaquie. Il existe cependant de grandes différences entre la Hongrie et la Pologne. Le parti de Viktor Orban appartient au PPE donc à la majorité parlementaire de la Commission européenne, tandis que PiS polonais est dans le groupe des eurosceptiques, donc dans l’opposition. La Hongrie soutient la Russie, ce qui pose de vraies difficultés diplomatiques, tandis que la Pologne a, au contraire, pris la tête d’un mouvement anti-Russe allant même jusqu’à demander le renforcement des bases de l’OTAN sur son territoire. Donc, la Pologne a besoin du soutien de l’UE et des USA. C’est la raison pour laquelle on ne s’achemine sans doute pas vers une crise ouverte mais plutôt vers ce qu’on pourrait appeler une crispation diplomatique forte, en particulier sur la question des réfugiés et des libertés démocratiques.

Comment peut-on expliquer cette droitisation ?

A « Sauvons l’Europe », nous sommes très inquiets de la quasi disparition de la gauche dans les ex-pays de l’Est. Il s’agit de pays qui ont été longtemps sous domination étrangère, et où les habitudes démocratiques sont mal ancrées. Ils ont vécu en isolation, ne connaissent quasiment pas la diversité ethnique et refusent d’accueillir des réfugiés. Ils considèrent cela comme une ingérence et une atteinte à leur souveraineté. Mais l’adhésion à l’UE n’est pas à la carte. Il est urgent de construire un imaginaire européen commun, autour de valeurs partagées pour que cela cesse. La seule méthode pour y parvenir, c’est le jeu démocratique aux élections: les citoyens doivent se sentir représentés par le Parlement européen et la Commission comme par leur gouvernement national. Force est de constater que nous n’y sommes pas encore.

 

Entretien donné par Arthur Colin à Cap Finistère le 29 janvier 2016

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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