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Un budget européen contre l’Europe

 

 

Pour la première fois dans l’histoire de l’Union européenne, les chefs d’Etat européens ont décidé de baisser le budget européen pour la période 2014-2020. Quel beau symbole politique, quelle belle récompense pour le prix Nobel !

Nous sommes perdus. Si la réponse à la crise que nous vivons (et qui s’éternise) passe par l’Europe, pourquoi la doter d’un budget si insignifiant ? Les beaux discours pro-européens de nos dirigeants ne semblent pas peser bien lourd face aux marchandages d’épiciers… Prenons-en acte, mais dans ce cas, par pitié, ne nous étonnons pas ensuite de renforcer les discours populistes et nationalistes qui se développent chaque jour en Europe. Faire des économie sur le budget européen, n’est-ce pas leur fournir la preuce que l’Europe de Bruxelles est inefficace voire inutile ?

Ainsi, jusqu’en 2020, ce budget européen sera limité à 260 euros par an et par habitant de l’Union, soit 22 fois moins que ce que consacre le budget de l’Etat français à ses habitants (5 690 euros). La politique agricole commune, premier poste budgétaire, représente toujours près de 40 % des crédits planifiés sur la période. Cependant, ce que nous remettons en cause, ce ne sont pas les montants consacrés à la PAC ou à la ceux de l’indispensable cohésion territoriale (35 % du budget), mais le montant famélique des sommes allouées aux défis du XXIème siècle. La jeunesse ? Sacrifiée ! La transition écologique ? Niée ! L’innovation ? Des miettes avec uniquement 15 % des crédits soit 39 euros par an et par habitant ! Mais du moment que le chèque britannique ou les intérêts des agriculteurs de la Beauce et de la Brie sont préservés…

Dès lors, comment s’étonner de l’absence de grandes politiques dont l’Europe à besoin ? Prenons un exemple : le budget pour l’insertion professionnelle des jeunes est de 6 milliards d’euros alors que le chômage des 18/35 ans coûte 150 milliards par an en Europe. A-t-on besoin de faire un long développement pour expliquer le caractère aberrant de la situation ? Existe-t-il un responsable politique dont la vision ne s’arrête pas à la date de fin de son mandat ? L’intérêt général européen a été sacrifié sur l’autel des revendications nationales à court terme. L’Europe n’a clairement pas aujourd’hui les moyens de ses ambitions, pour peu qu’il reste des ambitions.

Un espoir cependant, ceux qui représentent les intérêts du peuple européen dans le triptyque institutionnel, le Parlement européen. En effet, les traités européens – bien que courageusement combattus par les défenseurs autoproclamés des faibles et des opprimés – prévoient que le budget ne peut désormais être adopté sans l’accord du Parlement.

Le premier signal positif n’a guère tardé, les chefs des quatre principaux groupes politiques du Parlement européen (conservateurs, socialistes, libéraux et Verts) ayant annoncé qu’ils refuseraient d’accepter « en l’état » le budget pluriannuel européen qui, selon eux, « ne renforcera pas la compétitivité de l’économie européenne ». Mercredi 13 mars, le Parlement européen a adopté une résolution rejetant le compromis trouvé le 8 février par les chefs d’Etat. Cette résolution, adoptée par 506 voix contre 161, indique que le Parlement « rejette sous sa forme actuelle » le projet de budget préparé par le Conseil européen. Il déplore le « fossé entre les engagements politiques de l’Union européenne et ses moyens budgétaires ».

En effet, au-delà de simples, ou plutôt de complexes questions budgétaires, c’est le sens du projet européen qui est aujourd’hui en question. Soyons honnêtes, si une stabilisation ou une légère progression du budget européen aurait eu valeur d’un autre symbole, cela n’aurait fait guère de différences dans la vie quotidienne des 500 millions de citoyens européens. On se demande même si cette baisse du budget n’est pas un mal pour un bien et pourrait servir d’électrochoc.

A quoi sert l’Europe ? Elle n’avance pas alors que la peur du lendemain se dresse comme un horizon commun. On la regarde désormais comme un agent de précarisation des conditions de vie et de travail, cheval de Troie de l’austérité aveugle et du libéralisme sauvage. Pour répondre à ces inquiétudes, les initiatives européennes sont bien trop timides et relèvent le plus souvent de la basse négociation intergouvernementale ou de la confection techniciste. Il manque une vision, une politique d’ensemble et d’avenir. C’est pour servir celle-ci que l’Union européenne a besoin d’un autre budget. Un budget, rappelons-le, c’est un moyen, pas une fin !

Le budget de l’Union européenne correspond à environ 1 % de la richesse produite en Europe. Pour mener des politiques réellement ambitieuses, il faut faire comprendre aux européens et à leurs responsables politiques qu’il serait nécessaire de multiplier ces montants par 6 ou 7, ce qui est parfaitement possible comme l’a démontré Roosevelt avec le budget fédéral américain lors du « new deal ».

Débattons donc, partout en Europe, des manières d’obtenir l’accroissement nécessaire du budget européen. Cela permettra de consolider l’Europe de la politique qui s’échafaude et de renforcer le sentiment d’appartenance des citoyens à l’Union européenne. Inventons des mécanismes inédits et nous verrons sans nul doute, à l’occasion de cette dispute démocratique, s’opposer deux visions de l’Europe. Celle d’une Europe du marchandage entre États, limitée à une zone de libre-échange, et celle d’une Europe des citoyens, capable de mettre en place des régulations politiques, économiques et sociales.

Cette Europe des solidarités et des protections que nous souhaitons, nous sommes assez réalistes pour bien savoir que sans augmentation de ses ressources propres, ses projets resteront au stade d’un prêchi-prêcha militant. En ce sens, le budget européen qu’on nous propose est bien un budget contre l’Europe et ses idéaux.
Fabien Chevalier

Ce texte est paru initialement dans le numéro de septembre de la Revue de l’Union européenne

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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