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Une leçon allemande de social-démocratie

L’Allemagne, avec retard, voit poindre des difficultés similaires aux nôtres. Le plein emploi ne permet pas de résorber la pauvreté et l’extrême-droite fait son grand retour sur la scène politique, générant une forte instabilité. Le SPD social-démocrate allemand a enregistré avec 20% des voix ce qui passe Outre-Rhin pour une déroute électorale, et est très divisé sur la participation au pouvoir.

Il s’agit d’abord d’une rupture de fond du système politique allemand. Le Bundestag est élu à la proportionnelle sans prime majoritaire, ce qui ne peut aboutir à une majorité parlementaire que si un parti et ses alliés remportent la majorité des voix, c’est à dire dans un monde politique à deux coalitions droite et gauche. La montée des extrêmes interdit ce schéma, plus personne n’ayant seul la majorité et avec 30% seulement des voix (!!) Merkel est incapable depuis quatre mois de constituer un gouvernement. Ceci aboutit à enchaîner des Groko, coalitions droite-gauche qui rendent la démocratie peu lisible. Le parlement européen souffre des mêmes maux.

Que faire donc quand on est social-démocrate et minoritaire? Se réfugier dans l’opposition pour ne pas assumer une politique qui sera conduite majoritairement à droite, ou infléchir la ligne gouvernementale ce qui est souvent un marché de dupes? La première ligne a prédominé un temps, mais il n’existe pas de majorité de rechange. Une tentative d’accord avec les libéraux et les Verts a volé en éclats sur les questions écologiques et européennes. Le SPD explore donc en ce moment la seconde ligne, après un scrutin interne qui l’a littéralement coupé en deux.

Afin d’éviter une prise en otage sur la durée du Gouvernement, le SPD recherche essentiellement un accord sur deux points: une réforme profonde du système des CDD allemands qui crée du travail en miettes, avec les 1 euro jobs, et une évolution égalitaire de l’assurance-santé. Cette nuit, aucun accord n’a toujours été enregistré, et les heures prochaines sont incertaines.

On peut s’amuser de ce que Martin Schulz parvient toujours à négocier des places pour son parti, qu’il représente assez naturellement. Mais la question de fond est centrale: quel est l’impact d’un parti minoritaire dans un monde de coalitions centrales où le pouvoir se négocie? Car une fois encore, ce qui se passe aujourd’hui en Allemagne pourrait bien préfigurer les questions qui se poseront au sein du prochain Parlement européen.

Mais la sociale-démocratie, et on l’oublie souvent en France, c’est d’abord les syndicats. Si la passion française est de s’éparpiller en groupuscules, les syndicats Allemands ont su conserver essentiellement deux centrales: IG Metall, hégémonique dans l’industrie, et Verdi dans les services. Or IG Metall a démarré une série de grèves dans le cadre des négociations avec les entreprises allemandes, sur le sujet du temps de travail. Un accord s’est fait très rapidement sur les rémunération, avec une hausse de 4,3% des salaires, ce qui est assez élevé en période d’inflation nulle. Mais ce que souhaitait IG Metall, c’est la semaine de… 28h. Avec compensation au moins partielle de la baisse de salaires. Les entreprises qui connaissent de fortes difficultés pour recruter y étaient absolument opposées, mais un compromis a finalement été trouvé: pas de compensation de salaire (ils viennent d’augmenter par ailleurs), nécessité pour passer aux 28h à titre individuel de pouvoir prétendre avoir une personne à charge (enfant, parent, cochon d’inde) et en échange droit individuel à faire des heures sup jusqu’à 40h, ce qui était auparavant interdit par les accords. Soit dit en passant, ceux qui critiquent la rigidité des 35h en France devraient jeter un coup d’oeil aux normes allemandes sur le temps de travail, avec lesquelles leur industrie nous a taillé des croupières…

Tout ceci est assez cohérent: les syndicats et le SPD se sont mobilisés en même temps sur des sujets de rémunération, d’encadrement de la durée du travail et de sécurité sociale, avec pour l’instant quelques succès. Et en France?

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
  • André Landesman

    Dit d’une autre manière, IG Metall connait il la Charte d’Amiens ?

  • Beaugeard F.

    Bref, ils reviennent au modèle plus social a la française (sauf pour les 35 heures « rigides ») ….

  • Gerard Vernier

    Est-cela qu’on appelle un « Groko Deal » ?

  • Babar

    Tres bon ce Groko deal.

    Cela dit rappelons que l’ Allemagne donne une leçon de démocratie, une leçon par l’exemple :
    un des grands principes de la pratique parlementaire allemande est la recherche de compromis d’action gouvernementale; compromis qui peuvent durer des mois, et qui ne portent pas prioritairement sur une simple répartition des postes (le seul truc qui intéressent les journalistes).
    L’autre grand principe est celui de du vote de défiance constructif (konstruktives Misstrauensvotum, l’opposition ne peut renverser l’executif que si elle est capable de former une majorité stable de gouvernement). Ceci permettant d’éviter ces votes de défiance foutraques a la française résultant d’alliances totalement improbables entre fractions qui n’ont aucune intention de former un gouvernement de substitution.

    Une autre remarque : Sauvons l’ Europe s’intéresse au sort des Socialistes allemands et a l’avenir de la Social Démocratie Européenne. Ce qui est parfaitement légitime. Cela dit j’aurais aimé lire dans « sauvons l’ Europe » un article sur l’accord prealable du …GroKodeal », un texte de 28 pages : fait remarquable LE TOUT PREMIER ARTICLE DE L’ACCORD NE PORTE PAS SUR DES QUESTIONS INTERNES GERMANO-ALLEMANDES MAIS SUR L’ AVENIR DE EUROPE ET LES ACTIONS CONJOINTES AVEC LA FRANCE.

    L’avenir de l’ Europe devient ainsi la priorité no 1. Il évoque d’ailleurs par quatre fois les actions communes a mener avec la France, et le plus remarquable est que ce texte répond en très large part aux souhaits exprimés par Macron lors de son fameux discours de la Sorbonne, s’il on excepte la création d’un Ministre des finances et d’un Parlement de la zone Euro, deux propositions de Macron qui, bien que ne figurant pas dans l’accord, n’apparaissent pas rejetées pour autant.

    extraits de l’accord de coalition :

    « Article I- L’Union européenne est une institution historique importante

    L’Union européenne est et doit rester un projet historique unique de paix et de réussite. Il combine l’ intégration économique et le bien-être avec la liberté, la démocratie et la justice sociale. Le coeur de cette vision européenne est que l’UE utilise sa puissance politique et économique commune pour construire la paix à l’ extérieur et la sécurité et la prospérité à l’intérieur. L’Allemagne est indéfiniment endettée envers l’Europe. C’est une autre raison pour laquelle nous nous engageons à son succès. Pour l’Allemagne, une Europe forte et unie est la meilleure garantie d’un avenir prospère dans la paix, la liberté et la prospérité.

    L’équilibre mondial du pouvoir a fondamentalement changé ces dernières années – politiquement, économiquement et militairement. De nouvelles priorités pour les États-Unis, la force de la Chine et la politique russe montrent clairement que l’Europe doit plus que jamais prendre son destin en main. Ce n’est qu’ensemble que l’UE pourra s’affirmer dans ce monde et faire valoir ses intérêts communs. Ce n’est qu’ ensemble que nous pourrons défendre nos valeurs et notre modèle social de solidarité, qui est lié à l’économie sociale de marché. »

  • Babar

    La nomination d’Olaf Scholz en remplacement de Wolfgang Schäuble devrait remplir d’aise les amsi de Sauvons l’ Europe
    https://www.lesechos.fr/monde/europe/0301265770512-qui-est-olaf-scholz-le-futur-ministre-des-finances-allemand-2151643.php

  • pierre-michel

    Les sociaux démocrates sont placés devant un dilemme. Soit refuser toute coalition et sembler irresponsables. Soit accepter et perdre des électeurs sur leur gauche. Leur score a été historiquement bas lors des dernières élections, ne l’oublions pas, alors qu’ils étaient dans la coalition. Equation impossible : mener une campagne contre Merkel en sortant d’une coalition avec elle…. Et il reste tout de même une étape, que les 464.000 adhérents du SPD valident le compromis. Les jeunes socialistes et leur responsable y étant hostiles. Je n’ai pas d’avis tranché sur la question. Mais le défi pour la gauche est dans ce type de coalition de préserver son identité.

  • jlcatalan

    lorsque les modérés s’allient, les extrêmes montent.
    La chance de Macron tient en deux occurences
    – la reconstitution de LR et de PS pour repousser FN et FI
    – réussir ….

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