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Unis par la Différence

Frantz Dhers vit actuellement en Grèce et s’intéresse particulièrement aux nationalismes et à la problématique de conciliation des différences culturelles avec la mondialisation. Il nous explique que les différences entre les nations sont une richesse. Implicitement, il met ainsi en garde contre la volonté de créer un citoyen européen de toute pièce et un fédéralisme trop unificateur. Ce texte est une ode à l’exception culturelle, pas seulement pour la France, mais pour chaque pays européen. Par sa culture, ses valeurs, chaque pays peut s’adapter plus ou moins rapidement aux circonstances. Frantz Dhers nous fournit des bases théoriques pour rappeler qu’on ne peut pas exiger de chaque pays d’aller vers un point unique.

 

Tous les peuples, toutes les nations aujourd’hui, représentés par le cas brutal et médiatique des grecs, font face à deux choix, à deux voies à prendre après trois siècles de relativisme, de perte du lien entre sociétés et individus, et de globalisation. La première voie serait celle de l’acceptation d’une certaine standardisation des sociétés comme des individus, avec la création d’un « citoyen du monde » sans aucune base si ce n’est celle de sa propre individualité. La seconde voie elle, en réaction extrême à ce processus déjà extrême, serait le retour à des radicalismes nationaux et religieux, synonymes d’opposition et non d’évolution.

Ainsi, le peuple grec est aujourd’hui à un carrefour de sa propre Histoire, mais aussi de l’Histoire de l’Europe, voire à un point crucial de l’Histoire de l’Humanité tout entière: oui, ici, et aujourd’hui, ce qui est en jeu est la conception même de l’être humain en société. En effet, non seulement la Grèce, mais tous les peuples et individus européens, semblent désormais avoir à choisir entre un radicalisme qui standardise et un radicalisme qui divise. Et c’est pour cette raison qu’il est crucial de créer, tant qu’il est encore temps, de nouvelles idéologies comme de nouveaux idéaux qui seraient situés entre les deux voies extrêmes exprimées plus haut.
Longue vie aux différences entre nations!

L’un des challenges de notre génération sera ainsi celui de la conciliation entre globalisation et respect des différences nationales. Et nous avons donc aujourd’hui deux immenses responsabilités vis à vis des générations futures. La première est de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter que nos filles et fils vivent dans un monde de violence, de guerre, vivent dans cette « jungle » de Rousseau, dans un monde sans base ni repère, et d’opposition de chacun contre chacun donc, tout comme pour leur éviter de vivre dans un monde de racisme et de rejet de l’autre par sa différence. A ce sujet, il est grand temps d’avouer et d’assumer enfin que la voie prise par l’actuelle globalisation est loin d’être la solution. Notre seconde énorme responsabilité est ainsi de mettre tout en oeuvre afin de protéger les différences culturelles entre les diverses sociétés, et ce non pas parce que nous n’aimons pas l’étranger, mais parce que justement nous l’aimons de par sa différence. Nous n’avons pas besoin d’être tous identiques pour se sentir proches, nous pouvons être différents et frères! Permettons aux futures générations d’accéder à ces mêmes différences culturelles dont nous jouissons aujourd’hui! Et pour cela, ne « mixons » pas et ne détruisons pas toutes ces richesses sur les autels de la globalisation, de la liberté individuelle, et du « progrès ».

Il est nécessaire de nos jours de se battre pour les différences entre les peuples, et non plus pour notre propre différence. Il est nécessaire de nos jours de protéger la différence et la souveraineté des autres comme nous protégeons nos propres différence et souveraineté. Le véritable Humaniste aujourd’hui est celui qui a compris que « différence » peut rapidement devenir synonyme d' »exclusion », et ainsi que ce concept doit être utilisé avec grande précaution. Mais l’Humaniste de demain doit avoir aussi compris que l’Être humain a besoin de bases, racines et d’amour propre pour être capable de progresser. Aimer le genre humain signifie en effet aussi comprendre que ce dernier a besoin de racines, tel un arbre, pour vivre et se développer. Un peuple mondial standardisé ne peut exister en tant que peuple, tout comme un même citoyen du monde en tant que citoyen: tout peuple existe car il est au contact d’autres peuples, tous hommes et femmes existent de par leurs différences avec les autres. Longue vie aux différences entre les nations, longue vie aux différences entre les peuples!

Donnons aux futures générations la possibilité d’accéder à cette richesse que représentent les différences entre les sociétés, donnons à nos filles et fils la chance d’atteindre ainsi ce petit éclat de différence qui se trouve en chacun de nous, qui nous guide, et qui nous permet de nous développer. Ainsi, je vous en conjure, ne tuez pas les différences au nom, justement, de ces mêmes différences, en ne souhaitant protéger les particularités qu’à un niveau simplement et purement individuel. Particularités individuelles qui, ne l’oublions pas tout d’abord, et rappelons le, sont le fruit de ces différences entre les diverses sociétés et cultures, que nous sommes elles, cependant, en train d’éradiquer: cherchez l’erreur. En effet, il est temps de prendre conscience que les individus, en tant qu’individus à part entière, ayant comme seule base donc leur propre individualité, sont en ce sens identiques quelque soit les différentes sociétés dont ils font partie. Ainsi, se baser uniquement sur la protection de la particularité de ces derniers sera donc synonyme à long terme de la fin des différences nationales par une « individualisation globalisée » en quelque sorte, et, paradoxalement, sera synonyme donc de la fin des bases et repères individuels dont l’existence était intimement liée aux différences entre sociétés. Ne tuons pas l’Être humain au nom de l’individu, tout simplement.

 

Soyons prudents: chaque nation évolue différemment

L’universalité de l’Être humain a pourtant créée une multitude de différences entre les sociétés, c’est un fait indéniable. L’une de ces différences est ce que nous appellerons la « variable différentielle d’ajustement », ou le fait pour chaque société et individu d’évoluer différemment. Tout d’abord, cette variable parait être propre à chaque individu et à chaque société. D’un autre coté, l’évolution des sociétés tout au long de l’Histoire compromet plutôt facilement une vision purement cyclique de l’Histoire: en effet, la répétition du cycle est par définition contraire à toute évolution. Toutefois, nous pouvons avancer ici l’idée que tout groupe humain évolue selon un processus d’ « adaptation », adaptation vis à vis d’un environnement social donné, des expériences passées (une sorte de version sociale de la théorie de l’évolution de Darwin en quelque sorte). Nous pouvons alors noter que, historiquement, les « adaptations » aussi bien que les évolutions, ont été différentes et propres à chaque société: cette variable d’ajustement propre à chacun entraînerait donc chaque société vers telle ou telle voie. Et cette variable nous permettrait surtout de comprendre que les différences entre sociétés ne sont pas une question de progrès ou de retard de l’une ou de l’autre, mais d’environnement. Et qu’il est ainsi crucial que chaque société aujourd’hui ne tende pas vers un point qui n’est pas le sien.

Ainsi, si nous étudions de façon scientifique l’évolution des sociétés, en les abordant comme des faits quasi « naturels » d’adaptation, cette variable d’ajustement pourrait être définie en Sciences Sociales comme « la faculté d’adaptation d’une société envers son passé ». Je veux dire « adaptation » et évolution au sens d’une prise de conscience: apprendre des erreurs et des fautes du passé par un groupe d’individus, afin d’avoir une vue globale de leur propre situation actuelle et ainsi évoluer. C’est pour cela, aux vues des expériences variées vécues par les différentes sociétés sur notre planète, que chaque individu et société aurait ainsi sa propre variable d’ajustement, et évoluerait donc différemment. L’historien grec Polybe disait bien que « l’Histoire était un capital d’expériences, d’exemples et de leçons qui permet aux futures générations de ne pas répéter les erreurs du passé ». Théoriquement ici donc, le passé étant une donnée tangible que l’on peut étudier, on pourrait presque prévoir le futur, ou du moins le prévenir.

Surtout, en ces temps difficiles, aborder de la sorte les problèmes actuels pourrait nous permettre de prendre le recul nécessaire, afin de ne plus seulement réagir face à la globalisation, en l’acceptant à outrance comme en la rejetant de façon extrême, mais afin de la dominer, d’y trouver un équilibre et donc enfin, d’évoluer.

 

Frantz Dhers

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