Accueil » Actualités » Vive l’Autriche-Hongrie !

Vive l’Autriche-Hongrie !

« Si j’étais né en 17 à [Vienne] sur les ruines d’un champ de bataille » disait ce cher Jean-Jacques Goldman… La situation s’en rapprocherait-elle aujourd’hui ?

Une fois pardonné cet abus historique, la convergence des idées – voire d’idéologie – entre ces deux Etats (Autriche et Hongrie) a de quoi inquiéter. Si nous avons évoqué à plusieurs reprises les violations répétées des droits de l’homme commises par le gouvernement de Viktor Orban, l’Autriche voisine semblait globalement échapper jusqu’à présent au mouvement – paradoxalement européen – de montée des idées xénophobes et eurosceptiques, si l’on met à part la percée de Jörg Haider aux législatives de 1999.

Le présent étant une notion relative à l’instant où l’on se place, celui-ci est révolu et a même la facétie de revenir a minima à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, avec la large victoire d’un candidat d’extrême droite au premier tour d’une élection présidentielle en Autriche. Norbert Hofer, candidat du Parti de la Liberté (FPÖ) a mené campagne sur deux thèmes principaux à l’originalité déconcertante : la lutte contre l’Europe (est-ce encore bien utile de la mentionner ?) et celle contre l’immigration (à peine prend-t-on le temps de préciser « illégale »). Les députés sociaux-démocrates et les chrétiens conservateurs de la majorité au pouvoir, face à cette percée de l’extrême-droite, ont adopté mercredi 27 avril une loi inédite d’ « état d’urgence » migratoire : permis de séjour limité dans le temps pour les réfugiés syriens, afghans ou irakiens, plafonnement du nombre de réfugiés qui seraient accueillis cette année, contrôles aux frontières… La majorité au pouvoir, au-delà d’une démagogie électorale certaine, aurait-elle décidé d’apprendre les leçons hongroises chaque soir pour mieux les réciter le lendemain ?

Six candidats se présentaient à cette élection. Cinq d’entre eux sont âgés de 64 à 74 ans et ont obtenu des scores historiquement bas, notamment les 2 candidats des partis traditionnellement au pouvoir : Rudolf Hundstorfer, candidat du Parti social-démocrate, et le conservateur Andreas Khol, ont ainsi recueilli 11,2 % chacun. Devinez qui est le « petit jeune » de la course qui, du haut de ses 44 ans, a rassemblé près de 40 % des suffrages ? Norbert Hofer, candidat du Parti de la Liberté, affrontera donc Alexander van der Bellen, candidat indépendant soutenu par les Verts dont il est l’ancien chef de file, lors du second tour prévu le dimanche 22 mai. Marine Le Pen a d’ailleurs adressé, sans surprise, ses plus « sincères félicitations à [ses] amis du FPÖ pour ce résultat magnifique », saluant tacitement la politique de dédiabolisation entamée par le parti autrichien, à l’instar du Front National en France. En effet, lors des dernières élections présidentielles, le FPÖ avait présenté une candidate ouvertement proche des milieux néonazis… Certaines bonnes vieilles habitudes ont toutefois la vie dure, et Norbert Hofer se targue de toujours porter une arme avec lui afin de se protéger comme il se doit de l’insécurité engendrée par l’invasion barbare, qu’elle soit syrienne, irakienne, africaine (ce beau pays !) etc.

Difficile de relativiser ou se donner bonne conscience en se masquant derrière un faible taux de participation : les Autrichiens ont été près de 70 % à se rendre aux urnes. Certes, la fonction présidentielle reste essentiellement honorifique dans cet Etat, mais ce résultat n’en constitue pas moins un désaveu criant des politiques actuelles – nationale et européenne – et représente une crise de valeurs que l’on pensait immuables, sur lesquelles l’Union européenne était fondée.

Si l’euroscepticisme n’est pas une donnée nouvelle du côté des nationalistes de tous bords, il l’est en revanche du côté de ceux qui croient en l’Europe telle qu’elle était voulue par ses pères fondateurs : humaine, ouverte et pacifique. Incapacité à gérer la crise des migrants, pourtant peu nombreux au regard de ceux qui attendent au Liban, en Turquie ou en Jordanie, (dés)accord avec la Turquie à un prix inconcevable, qu’il soit financier ou humain (bien que finalement, cela ne coûte pas si cher de renvoyer les migrants en Syrie)… L’Union européenne ne saurait se renier à ce point face à une crise qui, au-delà de la mettre à l’épreuve, est une occasion manifeste pour renforcer la coopération entre les Etats membres tant elle souligne à quel point celle-ci est indispensable.

À propos Solen

Solen est notre chargée de plaidoyer. Ses dadas sont le codéveloppement et les libertés.
x

Check Also

La coupe d’Europe du Président

A peine la fierté et l’émotion de la victoire passée se dessine ...