Accueil » Actualités » Alexis Bachelay : La renégociation du TSCG n’est pas la mère des batailles

Alexis Bachelay : La renégociation du TSCG n’est pas la mère des batailles

Né le 19 août 1973 à Saint-Maur-des-Fossés, Alexis Bachelay a été élu conseiller municipal de Colombes (92) en 2008. Il a exercé la fonction d’adjoint au maire chargé du développement durable, des transports et du stationnement jusqu’en 2012 et son élection en tant que député de la première circonscription des Hauts-de-Seine. Membre de la commission du Développement durable et de l’aménagement du territoire à l’Assemblée nationale, il a également été co-rapporteur de la mission de contrôle sur l’application de la loi sur le Grand Paris. Lors du dernier congrès du Parti socialiste, il fut l’un des animateurs principaux de la motion « La fabrique socialiste ». Il a accepté de répondre aux questions de Sauvons l’Europe.

Avant d’aborder les questions européennes, parlons de l’un des points chauds du débat politique français, comment expliquez-vous que le gouvernement ait commencé le quinquennat dans l’optique d’accorder le droit de vote aux étrangers pour finir par proposer la déchéance de nationalité pour les Français binationaux ?

Certaines décisions sont explicables, d’autres non. En l’occurrence, celle-ci est tout simplement inexplicable, et n’étant pas dans la tête du Premier ministre ni dans celle du Président, je ne pourrai vous livrer d’explication. Personne ne sous-estime l’ampleur du choc lié aux attentats de l’année 2015 et la menace qui plane sur notre pays. Cependant, cette mesure n’apportera ni sécurité ni unité face à la menace.

Maintenant, comme l’a dit le Président, la balle est dans le camp du Parlement. A titre personnel, je voterai contre la déchéance de nationalité. Je ne me suis en effet pas engagé en politique pour voter de telles mesures. L’unité nationale n’est pas la fusion idéologique. J’ai bien peur que le Président et le Premier ministre soient en train de souscrire à un pacte faustien : nous nous abandonnons à des propositions et à des actes qui contreviennent parfaitement à ce que nous sommes et à notre histoire.

L’autre point chaud du débat porte sur l’organisation d’une éventuelle primaire pour désigner le candidat de la gauche à la prochaine élection présidentielle, quelle est votre position sur le sujet ?

Tout d’abord si cette primaire concernait seulement le PS comme certains semblent le suggérer, je n’y vois pas la moindre utilité.

En 2011, le Parti socialiste a innové en proposant des primaires ouvertes à tous pour désigner son candidat à l’élection présidentielle. Il s’agit d’un processus démocratique qui a amélioré la participation citoyenne. Je suis donc favorable à l’organisation d’une primaire pour désigner le candidat de toute la gauche et des écologistes pour 2017. On ne peut pas suspendre un processus démocratique sous prétexte que les circonstances politiques ont changé: les hommes doivent s’adapter aux institutions et non l’inverse. C’est l’occasion de faire converger toute la gauche et de montrer que nous ne sommes pas uniquement dans le bon vouloir du Prince.

En revanche, je plaide pour que le seul candidat soutenu par le Parti socialiste dans le cadre de cette primaire de toute la gauche soit François Hollande. Il est le Président sortant et de ce fait le candidat légitime; le parti ne peut le désavouer en présentant un autre candidat face à lui. Cependant, il serait normal que le parti communiste ou les écologistes présentent un candidat. Le débat pourra ainsi vivre à gauche tout en légitimant le candidat victorieux. Il ne s’agit donc pas d’un piège tendu à François Hollande car cela ne fait pas partie de ma conception de ce processus démocratique.

Abordons maintenant le sujet européen, rétrospectivement, comment jugez-vous la décision d’adopter le TSCG en début de mandature alors qu’il avait été initialement promis de le renégocier durant la campagne présidentielle de 2012 ?

Le Président Hollande n’a pas voulu débuter le quinquennat par une remise en cause de la parole de la France. Nicolas Sarkozy avait, en tant que Président de la république, négocié et signé le traité. Il ne restait plus que l’étape de ratification par le parlement. Avant sa victoire, le candidat Hollande voulait surtout établir un rapport de force politique avec Mme Merkel. Cependant, à elle seule, l’élection de 2012 ne suffit pas pour complètement renverser le rapport de force à l’échelle de l’Europe sur les questions économiques. Toutefois, cette promesse de renégocier le TSCG était un marqueur fort du refus de l’austérité en Europe. Le message était donc plus important que la réalisation précise de la promesse.

Mais est-ce que l’adoption du TSCG dès le début du quinquennat n’a pas grevé les marges de manœuvre budgétaire du pays ?

Je ne le pense pas et on le comprend facilement en revenant à l’histoire récente de la construction européenne. Les critères de Maastricht qui datent de 1992 n’ont jamais été respectés et n’ont jamais empêché la France de vivre au-dessus de ses moyens. Notre pays n’a pas toujours respecté les critères de Maastricht sur le plan budgétaire, à savoir un déficit annuel inférieur à 3% du PIB et un endettement inférieur à 60% du PIB. La politique n’est pas une simple question juridique. C’est pourquoi, le Président Hollande a considéré qu’il n’était pas pertinent de consacrer le début de son quinquennat à la renégociation du TSCG. Cela aurait pu provoquer un blocage des institutions européennes, une grave crise diplomatique et in fine aurait ajouté de la crise à la crise. D’après moi, la renégociation du TSCG n’est pas la mère des batailles, et de loin.

Mais n’y-a-t-il pas une contradiction entre le discours porté par le PS sur l’Europe, à savoir un discours anti-austérité, et sur le plan intérieur, qui promeut la rigueur budgétaire ? On l’a notamment constaté lors de la campagne de 2014 sur les élections européennes…

Vous avez raison sur ce point, mais il s’agit là du carnaval politique habituel auquel on assiste trop souvent dans notre pays. A ce niveau, force est de constater que le spectacle qu’offrent les hommes politiques que ce soit en campagne ou hors période électorale est pitoyable!

Ce problème ne concerne pas le PS mais l’ensemble de notre système politique et a des causes profondes : nous élisons tous les 5 ans un quasi-monarque qui passe le temps de la campagne à établir des projets irréalisables – droite et gauche confondues – et derrière ce n’est que reniement, retour à la réalité et pour finir déception. Nous réélisons systématiquement les mêmes depuis toujours, ce qui est un signe certain de notre crise démocratique. En outre, on a l’impression que plus nous devenons nains, plus nous gesticulons sur la scène internationale. C’est malheureusement un grave problème que celui de nos institutions qui demeurent très jacobines et centralisées.

Cela fait longtemps que la France vit au-dessus de ses moyens et l’Europe n’y est pour rien. La question budgétaire n’est pas un problème européen mais un sujet qui concerne la France et les Français de près ! Il y a des chantiers énormes à mener en matière de réforme de l’état. Notre pays ne peut rester immobile face à la mondialisation et nous n’allons pas suffisamment au bout des choses lorsque nous réformons. Les réformes sont à moitié faites ou mal faites. Nous sommes confrontés à une succession de crises externes qui s’accumulent avec nos crises internes et c’est comme cela que nous arrivons à un pays qui met le Front National en tête des élections.

C’est pour toutes ces raisons que je plaide pour une vision de gauche en matière de changement, dans laquelle nous aurions le courage de nous adapter toute en réaffirmant que simplifier ce n’est pas forcément libéraliser.

Vous êtes relativement actif sur les questions de politique étrangère. Vous êtes membre des groupes d’amitié France/Qatar et France/Algérie. On vous a également vu actif sur la question Israélo-palestinienne. Pourquoi cet activisme ?

Vous abordez là plusieurs sujets différents. J’appartiens au groupe d’amitié France/Qatar car ce dernier pays a suscité mon intérêt, notamment de par ses investissements en France et au Paris Saint-Germain. Mon implication auprès du groupe d’amitié France/Algérie repose sur l’idée que nous avons besoin de nous réconcilier, de passer outre la guerre d’Algérie qui est encore un tabou dans les deux sociétés et d’avancer ensemble sur un pied d’égalité; c’est ma conviction d’homme de gauche.

Pour ce qui est du conflit israélo-palestinien c’est pour moi une question géopolitique très importante dont la résolution favorisera la paix au Proche-Orient mais aussi en Europe. Je constate d’ailleurs que sur le sujet du marquage des produits issus des colonies, l’Europe a eu le courage que les Etats n’ont pas eu. Cela aurait dû être fait depuis longtemps et je m’en félicite !

Propos recueillis par Aïssa Ghalmi et Mehdi Mahammedi-Bouzina

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
x

Check Also

La coupe d’Europe du Président

A peine la fierté et l’émotion de la victoire passée se dessine ...