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DonkeyHotey
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Le problème démocratique Britannique – et le nôtre

Hier, le Premier Ministre Britannique, Theresa May, a accusé les responsables et fonctionnaires européens d’ingérence dans les élections législatives anticipées qu’elle a déclenché. L’affaire semble grave! Même si avec un sens consommé de la diplomatie l’ambassade russe exprime son amusement:

De quoi s’agit-il? Theresa May a dissous la Chambre des communes en demandant aux électeurs de lui donner une majorité forte pour la négociation du Brexit. Dans ce contexte, différents responsables européens, dont Juncker, ont réaffirmé publiquement les positions de négociation de l’UE et que les lignes rouges étaient intangibles. Il semble que ce niveau de contradiction publique soit désormais insupportable dans une démocratie « moderne ».

Ce qui est en jeu, c’est en quelque sorte le monopole de la parole à destination des citoyens. Des institutions outre-manche sont-elles légitimes pour adresser un message aux électeurs? Où même doivent-elles avoir un devoir de réserve quand aux informations qu’elles mettent en circulation pendant une période électorale, et que les électeurs pourraient parvenir à entendre par inadvertance?

Cela semble absurde? Ca l’est. Mais de fait, c’est notre pratique depuis des années.

Au nom du respect des indépendances nationales au sein de l’Union, les institutions et les autres gouvernements se sont soigneusement tenus à une politique d’autocensure. Les seules exceptions ont été les élections dont l’enjeu est directement européen, tel que le référendum Grec sur l’austérité, et il faut voir les cris de rage qui ont accueilli l’expression des « étrangers ». Ne devrions-nous pas au contraire considérer que les électeurs gagneraient à connaitre l’opinion de toutes les parties impliquées au moment de voter?

Nous vivons dans un provincialisme démocratique qui est incompatible avec la construction d’une Europe des citoyens telle que nous la souhaitons. Derrière les beaux mots de souveraineté et l’étendard d’un scrutin qui ne serait pas souillé par une voix étrangère, les gouvernements et partis nationaux cherchent tout simplement à verrouiller les termes du débat qu’ils souhaitent mener, à jouer la partition qu’ils se répartissent dans une bulle de réalité alternative nationale.

Il s’agit purement et simplement d’une fraude électorale. Remontons au-delà du Brexit et restons sur la Grande Ile. Les dernières élections européennes avaient vocation à désigner le Président de la Commission européenne. Mais le Gouvernement Anglais y était farouchement opposé et a fait blocus. Les conservateurs, en dehors du Parti du Peuple Européen, n’avaient pas de candidat. Les travaillistes n’ont pas fait campagne sur leur candidat et les médias ont été d’un silence remarquable. Si ce premier essai a été mitigé partout en Europe, avec moins d’un quart des électeurs ayant compris l’enjeu du vote, la Grande-Bretagne a littéralement voté sous cloche. Les citoyens ont découvert le vainqueur de l’élection, Jean-Claude Juncker dans les semaines suivantes sur l’air de « Qui c’est ce type? ». Peut-on dire que la démocratie a été respectée? Et au bout de plusieurs années de ce régime, comment s’étonner que le débat du Brexit ait été un lit de mensonges que plus personne ne parvient à contester? Là aussi, faut-il se féliciter que les électeurs aient été trompés, tant qu’ils ont été préservé de toute influence « étrangère »?

Nos démocraties se meurent de ce jeu mortifère, qui voit depuis des décennies les hommes politiques de chaque pays se décharger de toutes leurs décisions impopulaires sur « Bruxelles ». Comment s’étonner ensuite que les citoyens les considèrent comme des pantins et se sentent vivre dans une tyrannie technocratique? L’effondrement que nous avons vécu au cours de cette présidentielle est un signal d’alarme net: la mise sous cloche fait respirer à nos démocraties un air vicié.

Il est temps de rompre avec cette pratique. Il faut reconnaître un droit d’ingérence de tous les européens dans les débats nationaux des autres pays européens. Nous avons un Parlement européen élu, nous créons un Gouvernement européen démocratique, ils n’auraient que le droit de se taire? Nous sommes tous les citoyens d’un même ensemble et les affaires des autres pays sont aussi nos affaires. La remise en cause de la démocratie et des libertés en Hongrie et Pologne sont nos affaires parce que nous sommes ensemble des citoyens européens, la situation sociale dans les pays qui ont souffert de l’austérité est notre affaire parce que nous sommes ensemble des citoyens européens, les questions existentielles que se posent les Britanniques sont nos affaires parce que nous sommes ensemble des citoyens européens!

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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