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Pourquoi, malgré tout, je fais le choix de l’Europe

Pas facile, par les temps qui courent, de prendre le parti de l’Europe. Depuis toujours bouc émissaire facile des politiques nationaux, elle le devient encore plus quand le temps est à la houle et que les vents se déchaînent. Alors que les européosceptiques sont vent derrière, et mettent à la voile, il faut aux europartisans naviguer contre le vent, au plus près, et prendre des bords.

Le 25 mai, jour des élections européennes, le choix sera entre :

– les listes hostiles à l’idée même d’Europe, ou qui se réfugient derrière un rideau de fumée d’une « autre Europe » ;

– les listes formellement pro-européennes de l’UMP et du PS, mais en réalité bien tièdes sur les choix européens ;

– les listes clairement engagées en faveur de l’Union européenne.

La liste Europe écologie est clairement de celles-ci et m’a sollicité au titre de membre fondateur de Sauvons l’Europe, mouvement qui s’était constitué suite à l’appel que nous avions lancé, Jean-Pierre Mignard et moi-même, au lendemain du tragique échec du référendum de 2005. Et j’ai accepté avec enthousiasme de figurer dans leurs rangs, en Ile-de-France, car c’est là, que l’engagement européen est le plus ancien, grâce notamment à l’action de Dany Cohn-Bendit, le plus ardent et le plus durable, en raison de la nature même des propositions portées par Europe écologie.

Les diktats de la troïka

Au moment où notre gouvernement s’en va clamant sur tous les toits qu’il veut obtenir de Bruxelles davantage de latitude (sous-entendu : Bruxelles ce sont les méchants eurocrates, qui mettent la France à genoux ; si j’échoue ce sera leur faute et non la mienne), le choix européen est d’une importance cruciale.

Il faut bien dire que cette Europe tant décriée ne se montre guère sous son meilleur jour, et n’est pas très aimée, faute d’être aimable :

– pacte de stabilité qui ressemble à une cure d’austérité,

– euro fort qui pénalise les exportations européennes,

– poids prépondérant de l’Europe intergouvernementale par rapport à l’Europe communautaire…

Cette Europe qui se résume trop souvent à des diktats de la troïka (FMI, BCE et Commission européenne) est peu présente dans l’amélioration du quotidien des européens, à l’exception de l’édiction de normes qualitatives exigeantes en matière environnementale, alimentaire et plus généralement de sécurité des produits de grande consommation, ce qui n’est certes pas rien.

Un budget inconséquent

A vrai dire, ce n’est pas tant ce que l’Europe fait qui est critiquable, que ce qu’elle ne fait pas : transition énergétique, innovation et recherche, éducation et politique étrangère commune. L’euro a permis aux pays membres de la zone euro de traverser la tempête de la crise des subprimes puis de celle entraînée par la quasi-faillite de la Grèce, sans trop y laisser de plumes (même les Grecs qui ont dû avaler la potion la plus amère, n’envisagent pas de sortir de l’euro).

L’invention du Mécanisme européen de stabilité représente un outil utile pour les Etats membres et permet enfin à L’Europe de jouer le rôle de prêteur en dernier ressort qui aurait dû être le sien depuis longtemps. Et après tout, les dettes grecque, portugaise, espagnole et française sont de la responsabilité de leurs gouvernements respectifs, bien avant d’être celle de l’Europe. Pas étonnant qu’au moment de leur venir en aide de diverses manières, l’Europe s’assure d’un minimum de garanties.

En revanche, l’Europe pèche par une politique notoirement insuffisante en matière d’investissement, faute d’un budget européen conséquent. C’est la frilosité européenne, à savoir la frilosité de l’engagement européen des exécutifs nationaux qui est le problème.

A la dimension de la transition énergétique

La transition énergétique est le premier et le principal chantier de ce que devrait-être une politique européenne ambitieuse. Nous ne pourrons pas à la fois réduire nos émissions de gaz à effet de serre afin de stabiliser le réchauffement climatique, limiter la consommation d’énergies fossiles (pétrole, houille et gaz) non renouvelables, réduire significativement la part du nucléaire dans notre production énergétique, et diminuer notre dépendance envers des importations coûteuses qui nous fragilisent politiquement (cf. la dépendance de nombreux pays européens envers le gaz russe), sans une programmation extrêmement ambitieuse de la recherche d’énergies alternatives et renouvelables, le perfectionnement des méthodes d’exploitation du solaire et de l’éolien, la mise au point de techniques de stockage de l’électricité.

Seule l’Europe a la dimension nécessaire pour impulser une telle recherche et les investissements industriels qui vont avec, ce qui pourra demain constituer le moteur de la croissance. C’est un chantier aussi important que le fut en son temps celui de la Communauté économique du charbon et de l’acier (Ceca). Ne serions-nous pas capables d’une ambition analogue à celle qui anima les pères fondateurs de l’Europe il y a cinquante ans ?

Dans ce secteur comme dans tant d’autres (les technologies de l’information et de la communication, la construction, pour laquelle la recherche de matériaux et de technologies écologiques est en enjeu majeur, les transports, etc.) nous avons besoin d’entreprises innovantes adossées à un effort européen de recherche et développement. Faisons de la possibilité d’emprunt européen le moyen de cette politique d’investissement.

Construire la zone de paix qu’est l’Europe

Développons enfin la politique européenne de formation, sur le modèle de la politique de soutien à la mobilité étudiante qu’a su développer le programme Erasmus. Rendons possible l’expérience européenne à tous les jeunes, par un ambitieux programme de formation pour tous les niveaux de qualification et pour toutes les orientations professionnelles.

Enfin, l’Europe manque d’une politique étrangère commune. Les ministres des Affaires étrangères de la Pologne, de l’Allemagne et de la France, avec le soutien de Catherine Ashton, avaient pourtant donné un signal positif au cours de la crise ukrainienne, en garantissant, en présence du représentant de la Russie, un processus de transition que la fuite de président Ianoukovitch a rendu caduc.

Mais il faut, aujourd’hui face à la politique agressive russe, demain avec la Russie, construire la zone de paix qu’est l’Europe. Il faut aussi que son influence se fasse sentir à l’extérieur, par une action résolue en faveur des droits de l’homme, en Afrique et en Syrie. Cela exige une diplomatie commune associée à une force d’intervention commune elle aussi. L’Europe ne peut s’en remettre pour son action extérieure aux Etats-Unis, en se contentant de fournir parfois un peu d’intendance, comme elle le fait auprès de l’autorité palestinienne. Les Européens doivent être autonomes et, vis-à-vis des Américains, ni vassaux, ni rebelles, mais loyaux.

N’oublions jamais que le choix de l’Europe, depuis le début, a été celui d’un engagement dans un collectif pluraliste, qui ne nie pas les Etats-nations, mais les relativise. L’Europe exige que l’on compose et que l’on compare. Elle est une école du compromis et parfois l’occasion d’éclairages nouveaux qui n’entrent pas dans nos schémas traditionnels. Il nous faut donc non une autre Europe, ce qui ne veut rien dire, mais plus d’Europe et mieux d’Europe.

 

Joël Roman est co-fondateur de Sauvons l’Europe

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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