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Quel XXIème siècle européen ?

L’Europe est-elle sur le point de tourner la page du XXème siècle ? Le bouleversement politique en France pourrait donner à le penser.

Début 2016 le monde se pâmait encore devant Barack Obama et les succès de la Silicon Valley. L’Europe, par contre inquiétait : engluée dans une fange pessimiste récurrente, les oracles et autres pythies journalistico-politiques lui prédisaient, au mieux une stagnation à la japonaise, au pire un déferlement de l’extrême-droite. Comble du désastre, la Grande-Bretagne redevenait une île.

Deux élections plus tard, la France adopte un nouveau rythme et ce dernier commence à percoler vers l’Union. L’Europe redevient populaire. Au contraire, les mouvements populistes sont sur la défensive. Le Front National convulse entre Nord et Sud, le M5S recule dans l’opinion depuis qu’il « gère » Rome, l’AfD est marginalisée en Allemagne. Réveillés par la piqûre du Brexit, les peuples européens se mettent à aimer à nouveau l’Europe. Par nécessité plus que par passion, peu importe : l’optimisme revient sur la rive Est de l’Atlantique.

Le changement impulsé par la France touche bien entendu d’abord les structures politiques : la césure droite-gauche semble sur le point de laisser place à un nouveau paysage, plus conforme aux attentes de la génération Y.

En effet, plusieurs facteurs démographiques permettent sans doute d’expliquer le renouvellement hexagonal. D’abord aujourd’hui, dans l’Europe de l’Ouest, près de la moitié de la population est titulaire d’un diplôme d’études supérieures. En clair, les administrés ont souvent le même niveau que les dirigeants. Leurs exigences sont plus sophistiquées. Ils retrouvent, statistiques à l’appui, plus facilement un emploi, ont davantage confiance en eux et ne se reconnaissent plus dans la classification chère à feu Georges Marchais des « travailleurs et masses populaires » d’un côté contre « grands patrons » de l’autre. Un diplôme supérieur peut vous transformer en « exploiteur » en très peu de temps. En outre, un niveau d’études similaires ou supérieures à vos dirigeants vous inspire confiance : la nouvelle génération ne considère plus comme « élite » des hommes ou femmes politiques qui furent leurs condisciples à l’université.

Deuxième facteur démographique : qui dit études supérieures dit Erasmus. Cette génération émergente a côtoyé d’autres Européens. Elle sait que partout les citoyens répondent aux mêmes stimuli et craignent les mêmes menaces. La notion d’Europe unie, à la fois forte et diverse lui plaît. Ces nouveaux citoyens ont envie de plus d’Europe et se retrouvent dans la nouvelle attitude française. Bien sûr, cette nouvelle génération n’est pas (encore) majoritaire. Pourquoi tenir compte de son opinion ? Rappelons dès lors la phrase de l’ingénieur Cornelis Lely (initiateur des grands travaux d’assèchement des Pays-Bas) : « un pays qui vit construit pour son avenir ». En clair, les actes posés aujourd’hui détermineront la société de nos enfants. Il serait dès lors contradictoire, voire cynique de gouverner en fonction de la catégorie, toujours plus nombreuse, des retraités. Nous sommes donc face à une nouvelle tectonique sociale où la plaque des « millennials » heurte celle des « baby boomers ». L’élection présidentielle française illustre davantage ces nouvelles lignes de faille sociales. La confrontation gauche-droite émane du XIXe siècle et ne correspond plus aux réalités ni aux aspirations des populations actuelles.

Sur le plan purement politique, la dispersion, façon puzzle, des partis établis ne peut être considérée que de manière positive par l’opinion publique. En effet, trop longtemps la démocratie occidentale se résumait à un ensemble de particraties. Au lieu de représenter les intérêts des citoyens, les états-majors des partis définissaient leurs agendas et il incombait à l’homme de la rue d’approuver ou de sanctionner les programmes (lesquels, convenons-en, étaient rarement respectés). En clair, la démocratie faisait le poirier. Le fait d’être, en moins de deux ans, capable de créer un mouvement (au lieu d’un parti) et de conquérir le pouvoir indique aussi une lassitude de la population face aux particraties et une volonté de réappropriation de son destin.

Reste à transformer l’essai : si la séduction d’un chef d’État jeune et déterminé sur le public constitue un facteur enthousiasmant, voire dynamisant, la partie difficile du travail commence à peine. Dans le domaine du renouvellement économique, l’Europe fait pâle figure, comparée à l’autre rive de l’Atlantique. Parmi les GAFA, seul Google fut créé au siècle dernier (1998). L’économie dynamique de la côte ouest a généré SpaceX en 2002, Facebook et Tesla en 2004, Whatsapp et Instagram en 2010, Snapchat en 2011. Pendant ce temps-là, en Europe… on ne trouve aucune société majeure du 21e siècle, ni dans le CAC40, ni dans les trente valeurs du DAX allemand. On en déduirait presque que le choix d’un président très « neuf » traduit la frustration d’un peuple désireux d’insuffler une sérieuse dose de dynamisme dans la société, la comparaison avec le reste du monde devenant insupportable. Il incombe donc au nouveau président de passer outre certains diktats financiers et d’impulser de nouveaux projets, à la fois stratégiques et fédérateurs. Pour rappel, les derniers grands chantiers européens furent Airbus et Arianespace.

Mais à l’impossible nul n’est tenu et les contingences opérationnelles prennent le pas sur la stratégie. La composition du gouvernement apparaît très classique, peu en adéquation avec les attentes ci-dessus. A dessein, semble-t-il : l’objectif est d’abord d’obtenir une majorité aux législatives avant de partir inventer le XXIème siècle. L’urgent prime sur l’important. Ici, le parallèle avec l’Union européenne est à nouveau flagrant.

Au départ de la Commission actuelle, l’Europe dans son ensemble souhaitait une véritable cure de jouvence après 10 ans de stagnation sous la houlette d’un futur cadre de Goldman Sach. Sa présidence se résuma, pour l’Union, en un coma profond. Arrive son successeur et la promesse d’un nouveau printemps.eu. En fait, ici non plus, du changement, point trop n’en fallait. Les responsables s’appellent toujours des Commissaires (voilà un branding bien senti, qui va les rendre populaires), leurs attributions sont toujours aussi obscures et les sites web toujours aussi inabordables pour le vulgum pecus. Le premier vice-président, par exemple est responsable de « l’amélioration de la réglementation, des relations interinstitutionnelles, état de droit et charte des droits fondamentaux ». Je ne savais pas que les relations interinstitutionnelles étaient importantes au point de les confier au premier vice-président. Quant à la charte des droits fondamentaux, le premier vice-président n’a peut-être pas entendu parler de la Pologne ni de la Hongrie. On pourrait continuer longtemps comme ça mais le but est de se montrer créatif et en harmonie avec son époque.

L’UE, à l’époque des 28, dépensait environ 600Mds de dollars (oui, l’énergie s’achète encore en dollars) par an en achat d’énergies fossiles. Nous avons bien un vice-président à l’union de l’énergie mais personne à l’autonomie énergétique. Par contre nous avons en plus du vice-président, un commissaire au climat et à l’énergie. Bref, tout ceci sent le saupoudrage, les exercices de funambule politique afin de satisfaire tout le monde et son père.

Or cette Commission doit encore rester en place pendant deux ans. Ensuite, nous citoyens européens, nous aimerions vraiment que notre Union entre, elle aussi, au XXIème siècle.

A titre personnel, j’aimerais voir un responsable aux technologies de l’information et de la communication (pas un commissaire au marché unique numérique). Les geeks européens pleurent encore sur le cimetière des développements réalisés en Europe et rachetés par les « majors » américaines. Qui se souvient qu’au départ Open Office était européen (Star Office). Aujourd’hui, son petit fils est à nouveau domicilié à Berlin (Document Foundation). Mais quelle institution européenne a décidé de passer à LibreOffice ? Quelle institution a décidé d’acheter européen? Aucune.

C’est un Finlandais qui a écrit Linux. La réception en Europe fut telle que Linus Torvald a pris la nationalité américaine. Même histoire pour la base de données MySQL, écrite par un Suédois, aujourd’hui propriété d’Oracle.

Toujours dans cette Commission future, plaidons pour un Commissaire (il faudra vraiment trouver un autre nom, ça sent les vieux Simenon) à l’autonomie énergétique de l’Union. Un seul, sans saupoudrage, mais de haut format.

Ensuite, rappelons que l’Union a mis le paquet, dans le septième programme-cadre sur la cartographie du cerveau. Où donc est passé le responsable aux bio- et neurosciences ?

Enfin, comment juge-t-on la performance des excellences en charge des maroquins ? Nous avons écrit plus haut que les cadres de la génération Y ont souvent fréquenté les mêmes hautes écoles. Dans le privé, eux sont jugés sur des critères de performance, chiffrés et définis à l’avance. Comme ils sont capables de s’en sortir, leurs anciens condisciples devraient l’être aussi.

Dans un des Etats les plus importants d’Europe, un nouveau président nous donne à penser que le XXème siècle se termine enfin. D’abord par l’image conférée sur le plan national mais aussi par les effets de vagues qui éclaboussent les pays voisins. En Européens convaincus, nous aimerions que les essais soient transformés. L’Europe a besoin d’une nouvelle impulsion, d’une nouvelle vision, d’une stratégie tournée résolument vers l’avenir. Produire des voitures et des avions ne suffira bientôt plus. Le changement vers le nouveau siècle ne pourra s’opérer que si nous sommes, ce jour, capables de penser nos structures, nos organisations et nos investissements en fonction des besoins de 2050.

À propos de l'Auteur

Jean-Luc Ensch est président de Methods Son blog: https://zeskyiszelimite.com

À propos Sauvons lEurope

Sauvons l’Europe, association pro-européenne et progressiste qui s’engage pour une Europe démocratique et solidaire
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