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Stringer/ Reuters

Schengen: ces gens qui se baladent…

Stringer/ Reuters

 

Nicolas Sarkozy a choisi de remettre la question de l’immigration au coeur de sa campagne électorale, avec sa finesse d’approche habituelle. De fait, les gouvernements conservateurs qui s’étaient aventurés à lui exprimer leur soutien pour éviter que soit posée la question de la renégociation du traité sur l’irresponsabilité budgétaire se trouvent dans une position difficile après sa prise de position forte sur la sortie potentielle de la France des accords de Schengen.

 

Passons sur les moyens nécessaires pour se remettre à contrôler les 80 millions d’entrées annuelles sur le territoire. Glissons sur les incertitudes de nos partenaires, qui doivent se demander sur quel pied danser. N’ironisons pas trop facilement sur des propos de campagne qui, à certains égards, valent ce que valent des propos de bistrot.

 

Mais prenons tout de même un peu au sérieux le fond des choses. L’Europe est donc une forteresse assiégée et il faut pouvoir élever une muraille uniformément solide, sans quoi nous serons submergés. Au sens propre: un mur est en construction entre la Grèce et la Turquie, ce qui est diplomatiquement toujours efficace… Le Président de l’Office français de l’immigration  a pris position pour ce mur, dans un article qu’il serait dommage de laisser inconnu, tant les éléments de langage sont forts:

C’est une initiative grecque : la clôture se trouverait sur le territoire grec. C’est une décision prise par la Grèce souverainement.

Un bloc de fil barbelé a déjà été déposé symboliquement.

Cette démarche n’a rien à voir avec le mur de Berlin : là où ce dernier empêchait les gens de sortir, la clôture grecque empêchera les gens de rentrer.

Le Front national s’est d’ailleurs déclaré contre. Cela montre bien que le Front est dans la gesticulation et pas dans la recherche de solutions au problème.

Qu’est-ce que c’est qu’un mur ? Il peut aussi bien être transparent.

Les mêmes qui crient aujourd’hui au fascisme sont les mêmes qui construisent de grandes barrières pour protéger leur maison de vacances de leurs propres voisins.

C’est que la Grèce est le point faible du système Schengen, dans lequel l’effort est porté par les pays par lesquels entrent les migrants. Or la Grèce a une frontière terrestre avec la Turquie. Résultat: ses autorités sont débordées, et ne peuvent plus traiter dans des conditions décentes (euphémisme) les étrangers entrant sur son territoire. Le constat est officiel depuis la condamnation par la CEDH de la Grèce et de la Belgique il y’a un an, la première pour traitements inhumains et dégradants et la seconde pour lui avoir adressé un étranger entré par sa frontière en connaissant le traitement qui lui serait fait. Tout le monde travaille donc de bon coeur à un réaménagement des procédures Schengen permettant de suspendre la participation de la Grèce en cas de problème.

 

Parallèlement, la Roumanie et la Bulgarie se sont vues sèchement refuser leur entrée dans Schengen par… un veto isolé des Pays-Bas, son gouvernement très droitier en ayant fait une affaire de principe. La Bulgarie tente de convaincre en promettant de construire elle aussi un mur avec la Turquie.

 

Tout ceci nourrit une vision du monde un peu particulière. La Commission européenne a du retirer précipitamment le clip suivant en faveur de l’élargissement:

Si l’on saisit bien le message, l’entrée potentielle de la Serbie dans l’Union est de nature à faire sérieusement réfléchir la Chine et permettra l’avènement d’une paix universelle. Les BRIC on l’air quand même assez mal disposés à notre égard (oui, les BRIC: le barbu représente l’Inde et pas un terroriste arabe, et le noir le Brésil, rien à voir avec les pouilleux africains). Je trouve quand même qu’il manquait un catcheur américain bodybuildé aux dents blanches pour avoir un panoramique complet des menaces (commerciales bien sur) que nous devons affronter dans le monde.

 

Pour en revenir au débat franco-français, on notera que la France ne s’oppose pas à l’entrée de la Roumanie dans Schengen alors que Pierre Lellouche, ministre des affaires européennes, avait déclaré que le renvoi des roms en Roumanie était le sujet le plus important de son ministère (en pleine crise de la zone euro). De même, la réforme en cours de Schengen s’est faite en l’absence physique de Claude Guéant, mobilisé ailleurs sur la question de l’abattage halal. Moyennant quoi la modification – en cours de finalisation – des procédures Schengen est devenu urgente, impérative, et non négociable, cocorico.

 

Henri Guaino, dont on ose plus dire qu’il est conseiller social, se livre à un exercice de déni assez impressionnant:

On peut parfaitement suspendre les accords de Schengen jusqu’à ce que ceux-ci aient été réformés : il y a bien des pays d’Europe qui ne sont pas dans Schengen. Cela veut dire que l’on n’acceptera plus automatiquement tous les immigrés que les autres pays membres acceptent chez eux. On n’a pas besoin de remettre des douaniers aux frontières. Ça, c’est de la caricature.

On avait cru comprendre que justement, Schengen c’était la sous-traitance de la surveillance des frontières aux autres pays membres. Comment ne plus accepter les immigrés sans remettre des douaniers? Et de même, cela signifie que tous les immigrés en situation régulière dans un autre pays ne pourrons plus pénétrer en France? Ne jouons pas les surpris, avec les Roms c’était déjà le cas pour les citoyens européens…

 

Rappelons simplement que pour la deuxième année consécutive, la meilleure apprentie de France est Rom et sans-papier. Aucune volonté d’intégration, vraiment, chez « ces gens-là »? Que sur les 180.000 immigrés légaux que Nicolas Sarkozy souhaite réduire à 90.000, il y’a plus de 50.000 européens. Que les premières causes d’entrée en France sont les mariages mixtes et les études. Allons nous interdire les mariages? Fermer Erasmus?

 

Dans le même temps, la crise se traduit par des mouvements forts en Europe. L’Espagne est redevenue une terre d’émigration, avec près de 600.000 personnes qui l’ont quittée en 2011. Ils partent notamment en Amérique Latine, apparemment peu convaincus par leur futur dans l’Europe mortellement rigoureuse. Construisons des murs vite! Pour empêcher les gens d’entrer, pas de sortir. Bien sûr.

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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