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UE-USA: Traité par communiqué de presse?

Jean-Claude Juncker et Donald Trump se sont donc rencontrés pour discuter de la guerre commerciale en cours, pour un résultat un peu déroutant.

Le fougueux américain a mis en place des droits de douane sur l’acier, et l’Europe a répondu par des taxes sur les Harley, les Levis et le Bourbon. Juncker a assuré que nous pouvions aussi être stupides, ce qui est rassurant.

A l’heure où Trump menaçait de frapper les importations automobiles, il devenait utile de calmer le jeu, ce qui est une spécialité de Juncker qui a toujours su tituber entre les obstacles.

Mais stupéfaction: à la sortie de l’entrevue ce n’est pas une déclaration de bonne volonté mais une ébauche de traité commercial ! En substance, les taxes restent en place pour l’instant et en échange de l’absence de droits de douane sur l’automobile l’Europe va importer beaucoup de soja américain.

On ne sait pas très bien quoi faire de cette déclaration, l’Europe n’étant pas une économie dirigée qui décide ce que les acteurs économiques achètent. Depuis un accord UE-USA de 1993, l’Europe ne produit quasiment pas de soja et importe les quatre cinquième de sa consommation. Les agriculteurs doivent-ils consommer plus de soja? Cesser d’en acheter au Brésil pour se fournir aux USA ? Acheter plus d’OGM dont leurs consommateurs ne veulent pas ? ça n’a aucun sens… On comprend bien que Trump a besoin de rassurer ses agriculteurs touchés par sa propre guerre commerciale, la Chine ayant mis un droit de douane de 25 % sur le soja. Tout de même…

Moins folklorique, le passage relatif à l’énergie et au gaz est un appel codé à ne pas mettre en place les infrastructures permettant d’importer du gaz russe. Là aussi, les Européens souhaiteront n’être prisonniers de personne.

Par ailleurs, l’état présent des sanctions et contre-sanctions n’est pas égal: les USA ont imposé 15 milliards de dollars sur l’acier, les européens moins de 3 milliards dans une première phase. Il n’y aura donc pas de seconde phase: le conflit est gelé au bénéfice des USA sous la menace d’un tour de vis supplémentaire contre l’industrie automobile allemande. Juncker avait-il mandat pour cela ? De qui ? Les règles européennes dictent des négociations communes, avec des mandats qui sont lents à élaborer mais solides. Que vaut le fait accompli solitaire par le Président de la Commission? Le pragmatisme va sans doute l’emporter mais ceci va laisser des traces, et notamment entre Etats.

Surtout, le communiqué acte le retour du processus du TTIP, qui s’était totalement enlisé. Partant de l’idée que UE et USA représentent la moitié du commerce mondial, un espace de normes commun est plus qu’une zone de libre-échange: c’est de facto la maîtrise des normes mondiales sur les biens industriels. L’échec de la négociation était du à des divergences trop importantes, notamment sur la finance, l’agriculture et l’internet. Elles reprennent sous la menace: le seul élément industriel exclu des négociations est la production automobile.

Une polémique inattendue s’est donc dégagée dans les journées ayant suivi la rencontre: les américaines indiquent que Juncker s’est engagé à discuter des subventions à l’agriculture et donc à supprimer la PAC, les européens que jamais le sujet n’a été abordé. ça commence bien.

Suit une description du processus retenu: c’est un groupe de travail exécutif de proches des deux dirigeants qui va travailler à réduire les obstacles tarifaires (les droits de douanes, il n’y en a plus) et non tarifaires (les normes). On est très loin du mode de gouvernance de l’Union européenne et ceci n’a pas la moindre chance d’advenir.

Pour l’heure, le communiqué a en réalité deux impacts: une pause dans l’escalade de la guerre commerciale au profit actuel des USA, et une relance du processus du TTIP dont on peine à voir comment il va aboutir dans le climat de méfiance présent, Macron ayant déjà annoncé qu’il n’en voulait pas.

 

Déclaration conjointe des États-Unis et de l’UE à la suite de la visite du président Juncker à la Maison Blanche

Washington, le 25 juillet 2018

Nous nous sommes rencontrés aujourd’hui à Washington DC, pour lancer une nouvelle phase de la relation entre les Etats-Unis et l’Union européenne — une phase d’amitié étroite, de solides relations commerciales qui nous permettront à tous les deux d’être gagnants, de mieux travailler ensemble pour la sécurité et la prospérité à l’échelle mondiale et de lutter ensemble contre le terrorisme.

Au total, les États-Unis et l’Union européenne comptent plus de 830 millions de citoyens et représentent plus de 50 % du PIB mondial. Si nous unissons nos forces, nous pouvons faire de notre planète un endroit meilleur, plus sûr et plus prospère.

Aujourd’hui déjà, les États-Unis et l’Union européenne ont noué une relation commerciale bilatérale de 1 trilliards  de dollars, ce qui constitue la plus grande relation économique mondiale. Nous voulons renforcer davantage cette relation commerciale au bénéfice de tous les citoyens américains et européens.

C’est la raison pour laquelle nous sommes convenus aujourd’hui, tout d’abord, de travailler ensemble à la suppression totale des droits de douane, des barrières non tarifaires et des subventions pour les biens industriels non automobiles. Nous nous emploierons également à réduire les obstacles pour accroître le commerce de services, de produits chimiques, de produits pharmaceutiques, de produits médicaux et du soja.

Cela permettra d’ouvrir les marchés aux agriculteurs et aux travailleurs, d’accroître les investissements et d’accroître la prospérité tant aux États-Unis qu’au sein de l’Union européenne. Cela rendra également les échanges plus équitables et plus réciproques.

Deuxièmement, nous sommes convenus aujourd’hui de renforcer notre coopération stratégique en ce qui concerne l’énergie. L’Union européenne souhaite importer davantage de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis pour diversifier son approvisionnement énergétique.

Troisièmement, nous sommes convenus aujourd’hui de lancer un dialogue étroit sur les normes afin de faciliter les échanges, de réduire les obstacles bureaucratiques et de réduire les coûts.

Quatrièmement, nous sommes convenus aujourd’hui d’unir nos forces pour mieux protéger les entreprises américaines et européennes contre les pratiques commerciales déloyales mondiales. Nous travaillerons donc en étroite collaboration avec des partenaires partageant les mêmes valeurs afin de réformer l’OMC et de s’attaquer aux pratiques commerciales déloyales, notamment en ce qui concerne le vol de propriété intellectuelle, les transferts de technologie forcés, les subventions industrielles, les distorsions créées par les entreprises publiques et la surcapacité.

Nous avons décidé de mettre immédiatement en place un groupe de travail exécutif de nos plus proches conseillers pour faire avancer ce programme commun. Il identifiera également les mesures à court terme visant à faciliter les échanges commerciaux et à évaluer les mesures tarifaires existantes. Alors que nous y travaillons, nous n’allons pas aller à l’encontre de l’esprit du présent accord, à moins que l’une ou l’autre partie ne mette fin aux négociations.

Nous voulons également résoudre les problèmes de tarification de l’acier et de l’aluminium, ainsi que les tarifs de rétorsion.

 

 

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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