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Usurpateurs ?

Au fil des années, des symboles ont été choisis pour caractériser l’Union Européenne.

– Le drapeau aux 12 étoiles est le drapeau européen depuis 1986. Il symbolise l’union dans la perfection (le cercle) et, suivant une idée très ancienne, le chiffre 12 représente le mouvement dans la stabilité.

– L’Hymne à la Joie devient hymne officiel en 1985, il n’est jamais chanté. Il doit transmettre les idéaux de paix et de solidarité.

– La monnaie officielle est l’Euro depuis le1er janvier 1999, elle est un lien tangible entre les divers peuples de l’Union et est appelée à être la monnaie commune des 28 États la composant.

– La Journée de l’Europe, le 9 mai, a été décidée à Milan en 1985, elle commémore la déclaration Schuman de 1950 qui a donné le départ de la construction européenne.

– La devise « Unie dans la diversité », choisie en 1999, dans un lieu hautement symbolique – le Mémorial de Caen – n’apparaît officiellement qu’au moment de la rédaction du projet de traité constitutionnel en 2003. À titre indicatif, il y a 24 langues officielles en Europe… quelle diversité !

Le Conseil de l’Europe avait ouvert la voie à ces symboles puisque le drapeau était son emblème depuis 1955 et l’hymne à la Joie, son hymne depuis 1972.

Deux parlementaires européens, français de surcroît, l’un, plus tourné vers l’économie – Alain Lamassoure, l’autre, juriste renommé – Olivier Duhamel, ont obtenu que ces éléments de souveraineté soient inscrits dans le projet de traité constitutionnel de 2003.

Après l’échec du projet de traité constitutionnel en 2005, il importe d’apporter à l’Union européenne les nouvelles bases qui lui permettront de continuer à fonctionner sans en rester au funeste traité de Nice. À la suite de discussions byzantines, le Conseil renonce à mentionner les symboles européens dans le corps même du texte qui devient en 2007, le traité de Lisbonne.

Cependant, sous la pression d’un certain nombre d’États, les symboles sont rattachés au Traité par le biais d’une Déclaration commune (n° 52) cosignée par 16 États (Allemagne, Italie, Belgique, Luxembourg, Espagne, Grèce, Bulgarie, Chypre, Lituanie, Hongrie, Malte, Autriche, Portugal, Roumanie, Slovénie, Slovaquie). Ils y réaffirment qu’ils « continueront d’être pour eux les symboles de l’appartenance commune des citoyens à l’Union Européenne et de leur lien avec celle-ci ».

La France, l’un des six pays fondateur de cette Europe, n’est pas signataire de cette déclaration…

Cela pose diverses questions, entre autres :

Les Français sont-ils encore de « vrais » citoyens européens ?

Les 16 pays répondent clairement à cette question : ils considèrent que ces symboles sont le signe de « l’appartenance commune des citoyens à l’Union Européenne et de leur lien avec celle-ci ».

Nos édifices publics peuvent-ils encore arborer des drapeaux européens ?

Oui, mais uniquement, comme on voit fleurir, les drapeaux des régions ou des anciennes provinces de France, c’est-à-dire sans valeur profonde

Nos gouvernants peuvent-ils se présenter publiquement à côté du drapeau européen ?

Il n’y a pas plus de raisons de placer le drapeau européen aux côtés de nos gouvernants que de l’arborer sur les édifices publics.
Au fond, tous ces officiels ne sont que des usurpateurs honteux de l’idée européenne dont ils ne veulent pas véritablement : « unie dans la diversité », cette devise digne de l’Europe fédérale, voulue par les Pères Fondateurs, les choque et rebute leur jacobinisme ancestral.

Posez cette question aux ministres ou aux secrétaires d’État responsables des Affaires Européennes, vous verrez que leur réponse sera toujours la même : « les Français ne le savent pas, ne remuons pas ce problème »…

Toute l’ambiguïté de la position française dans les débats européens peut être mesurée à l’aune de cette non-reconnaissance des symboles européens. Le gouvernement actuel pourrait, sans aucune négociation, ajouter sa signature à cette Déclaration n° 52 et montrer ainsi son attachement aux valeurs européennes. Au besoin, il pourrait profiter d’une révision des Traités, comme il y en a régulièrement ; la dernière, par exemple, concernait la supervision bancaire.

Ce geste serait compris par nos amis européens, dans ces temps de crise identitaire, comme une manifestation importante de confiance et d’adhésion de la France et de ses citoyens à l’Union Européenne et à ses objectifs.

Cessons d’être des usurpateurs, redevenons d’authentiques constructeurs de l’Europe.

 

Dominique Thaury

À propos Arthur

Arthur est vice-président de Sauvons l'Europe, rédacteur en chef du site
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